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Manifestation pour l’emploi : l’État choisit la répression

Alors que la municipalité du Port avait tenté de renouer le dialogue avec les jeunes

Manuel Marchal / 19 février 2013

Conformément aux engagements pris la semaine dernière, une délégation de la Mairie du Port conduite par Jean-Yves Langenier a rencontré les jeunes de Cœur Saignant et de La Rivière des Galets. Mais dans un climat d’urgence sociale, les foyers de tension se sont multipliés et intensifiés. Pendant toute la journée, des jeunes de La Rivière des Galets ont barré la route, paralysant la circulation sur la 4 voies pendant une bonne partie de l’après-midi. L’État a fait le choix de la répression alors qu’il a d’autres moyens à sa disposition pour apporter des solutions au problème de l’emploi, cela ne va pas dans le sens de la sérénité.

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Face à la protestation, l’État réprime. (photo Toniox)

Jeudi et vendredi dernier, des jeunes du Cœur Saignant et de La Rivière des Galets ont manifesté pour demander un emploi tout de suite. Pour se faire entendre, ils ont barré la route. Jean-Yves Langenier est venu à leur rencontre. À chaque fois, les élus ont tenu un langage de vérité : il n’est pas possible de distribuer des contrats. La médiatisation des signatures des premiers emplois d’avenir a pu donner l’impression que ces contrats étaient à portée de main. Mais il n’en est rien, car le respect des procédures impose un délai qui n’est pas celui de l’urgence.
Si les jeunes prennent leurs responsabilités en proposant des projets, alors la commune assumera les siennes en les accompagnant, ce qui permettra de pouvoir créer des emplois.
Pour faciliter cette dynamique, la municipalité a proposé la création de groupes de travail. La journée d’hier devait donc être celle du début de la mise en œuvre des décisions prises jeudi et vendredi.

Le langage de vérité

Mais dans un pays où officiellement 23.000 jeunes de moins de 25 ans sont au chômage, soit un taux de 60%, la tension est extrême. Alors que la municipalité avait lancé à Cœur Saignant son cycle de discussions avec les jeunes, d’autres de La Rivière des Galets avaient décidé de barrer la route. Le mouvement a ensuite touché plusieurs quartiers. À la ZUP, des jeunes sont venus à la mairie annexe demander du travail.
Dans le quartier de la Rivière des Galets, le mouvement s’est durci, quand des jeunes ont décidé d’aller bloquer la circulation sur la 4 voies. Aussitôt, les conséquences se sont fait sentir de Saint-Denis à Saint-Paul : tout l’Ouest était paralysé par l’embouteillage.
Alors que ce geste traduisait une brusque montée de tension, la municipalité ne s’est pas démontée, et elle est partie dialoguer avec les jeunes. En fin d’après-midi, une délégation conduite par Jean-Yves Langenier a rencontré ces jeunes à la mairie annexe, comme cela était prévu depuis vendredi. Comme jeudi et vendredi, la discussion n’a pas permis de répondre à la revendication immédiate, ce n’était pas son but. C’est le langage de la responsabilité qui a de nouveau été employé. La commune accompagnera sur la base de projets, mais elle ne distribuera pas de contrats. Et elle est prête à continuer à discuter sereinement avec tous ceux qui sont prêts à s’investir dans la création d’activités.

L’État doit faire autrement

Si des jeunes ont adhéré à ce discours, d’autres sont soumis à une telle urgence qu’ils ne sont pas encore prêts à sortir d’une vision au jour le jour. Ces derniers ont donc décidé de maintenir le blocage. C’est là que l’État est intervenu.
Pour que chacun comprenne son rôle, il est important de savoir que dans la perspective des réunions de lundi, Jean-Yves Langenier avait eu un entretien téléphonique samedi avec la sous-préfète de Saint-Paul. Le maire du Port a rappelé que la dotation en contrats aidés de la commune avait lourdement baissé par rapport à l’an passé, tandis que la situation sociale s’est dégradée.
Rappelons que l’État a la compétence de l’emploi.
48 heures après cet échange, ce sont les forces de répression qui ont été engagées pour dégager les barrages. Les jeunes ont été soumis à des tirs de grenades lacrymogènes et ils ont été chargés. Ils ont riposté en lançant des galets sur les forces de répression.
Hier soir à l’heure où nous mettions sous presse, des scènes de guérilla urbaine secouaient la Rivière des Galets, avec les policiers qui poursuivaient les jeunes et investissaient des cours d’immeuble.
Cette répression ne va pas favoriser le retour de la sérénité. Car ce qui s’est passé hier au Port peut se produire n’importe où à La Réunion, les barrages à Saint-Pierre et au Tampon hier après-midi l’ont rappelé. Dans toute l’île, les jeunes sont la cible de la violence du chômage, et ils n’en peuvent plus d’attendre.

Manuel Marchal

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Hier après-midi, les jeunes bloquent la route nationale, tout l’Ouest est pris dans l’embouteillage. (photo Toniox)

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La nuit tombée, les policiers ont investi la Rivière des Galets. (photo Toniox)



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Messages






  • Les jeunes se révoltent. C’était prévisible et ils ont raison.
    Ils ont conscience de la manipulation de leur situation précaire par les élus.
    Il n’y a plus de contrat qu’ils leur disent ! (…)
    Les contrats servent de chantage à l’emploi lors des campagnes électorales, surtout lors des municipales. Donc ils les cumulent pour les distribuer lors de leurs portes à portes.
    (…)
    Les jours à venir seront terribles pour les élus. (…)
    Que fait la presse, les médias en général ?

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