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Manuel Valls au pays de l’apartheid social

Le Premier ministre aujourd’hui à La Réunion

Manuel Marchal / 11 juin 2015

Le Premier ministre arrive aujourd’hui dans une île placée « hors normes » selon ses indicateurs sociaux. Des inégalités institutionnalisées caractérisent un apartheid social dénoncé par le PCR depuis plusieurs années.

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Au 8e congrès du PCR en 2013 à Sainte-Suzanne, un mot d’ordre : en finir avec l’apartheid social. (photo Toniox)

Manuel Valls arrive aujourd’hui en visite à La Réunion. Il conduit une délégation qui séjournera deux jours dans notre île. Le chef du gouvernement va donc poser le pied dans une région qualifiée de « hors normes ». C’était en effet la conclusion d’une étude menée par l’INSEE et le Conseil général en 2013. Ce qualificatif s’appuyait sur des indicateurs sociaux sans commune mesure avec la situation en France.

Depuis 2013, la situation ne s’est pas améliorée. En 2014, l’État a dépensé plus de 200 millions d’euros pour financer des emplois aidés. Les entreprises ont aussi bénéficié d’une aide de 33 millions d’euros au titre du crédit d’impôt compétitivité-emploi. Ces soutiens n’ont pas permis d’enrayer la hausse du chômage. Plus de 175.000 Réunionnais sont inscrits à Pôle emploi, c’est un bien triste record. Ce drame est une illustration d’une crise qui s’accélère car c’est le blocage.

Terre d’inégalités

En France, le Premier ministre avait suscité une vive émotion quand il avait utilisé l’expression « apartheid social » pour décrire les situations d’inégalités en France. À La Réunion, cette expression a encore plus de raison d’être. En effet, les inégalités sont bien plus fortes qu’en France. Elles ont également été renforcées par des décisions des gouvernements. Quand la loi du 19 mars 1946 est promulguée, le texte est très clair : les lois existant en France qui ne sont pas encore appliquées à La Réunion doivent l’être au plus tard au 1er janvier 1947. C’est le principe de l’égalité.

Mais au lieu de le respecter, Paris a introduit une division entre les Réunionnais. Les dirigeants de la France ont choisi d’étendre à tous les fonctionnaires titulaires les avantages du supplément colonial, soit un salaire majoré par rapport à la France. D’un autre côté, c’était le refus d’accorder l’égalité aux autres travailleurs. Cette décision a eu aussi pour effet de créer un marché. Les transferts publics donnés aux agents de l’État ont permis un pouvoir d’achat suffisant pour payer des marchandises produites en France et vendues à La Réunion.

Pendant ce temps, l’économie réunionnaise a périclité, faute d’une politique de développement. Il a fallu que Paul Vergès et Élie Hoarau, les deux députés du PCR, démissionnent, pour que la France applique enfin l’égalité à La Réunion. Le SMIC a été aligné en 1995, le RMI en 2002. Il a fallu 50 ans de luttes.

Parlementaires au pied du mur

La crise risque bien encore de s’accélérer. La filière canne est menacée. C’est l’incertitude sur son avenir après 2017, avec la fin du quota sucrier et du prix garanti. Tous les secteurs devront faire face à la mondialisation. La concurrence se précise. C’est la signature hier d’un traité lançant la création d’une vaste zone de libre-échange, allant de l’Egypte à l’Afrique du Sud, soit plus de 600 millions de personnes y compris tous les pays voisins de La Réunion.

C’est à ce moment que le gouvernement lance le mot d’ordre d’égalité réelle. Mardi, de retour de Paris, Paul Vergès avait donné des précisions. Selon Victorin Lurel, chargé de cette question par le gouvernement, il appartiendra aux parlementaires de l’Outre-mer de définir pour chaque territoire ce qu’ils entendent par « égalité réelle », et de dire en combien de temps ils pensent que cet objectif peut être atteint. Ils devront donc dans les semaines qui viennent présenter des plans de développement.

En visite sur un territoire marqué par les plus grandes inégalités, avec un taux de chômage de 30 % et près de la moitié de la population sous le seuil de pauvreté, Manuel Valls sera donc attendu sur ce point.


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