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Marchés de la route en mer : un ex vice-président de la Région Réunion en garde à vue

Le scandale s’amplifie autour du chantier de la « route la plus chère du monde »

Manuel Marchal / 21 juin 2017

Des personnes impliquées dans l’attribution d’un marché public de 1,2 milliard d’euros ont été entendues hier par des enquêteurs du Parquet national financiers à la caserne Vérines à Saint-Denis. Quatre personnes ont été placées en garde à vue dont Dominique Fournel, ancien vice-président de la Région Réunion et actuellement conseiller régional en charge des « Grands travaux ». À l’heure où nous mettons sous presse, l’élu était toujours retenu.

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L’enquête du Parquet national financier sur l’attribution d’un marché de 1,2 milliard d’euros à Bouygues et Vinci connaît une nouvelle accélération. Hier, Dominique Fournel, élu de la Région délégué aux « Grands travaux » a été placé en garde à vue en compagnie de trois autres personnes à la caserne Vérines à Saint-Denis.

Ce marché est le morceau essentiel d’un projet pharaonique voulu par la majorité actuelle du Conseil régional : une route en mer à 6 voies de 12 kilomètres entre Saint-Denis et La Possession. Le coût initial annoncé en 2010 était de 1,6 milliard d’euros. Cela a valu au projet de la Région Réunion la distinction singulière de « route la plus chère du monde » décerné par une équipe de reporters de France 2. L’enquête porte sur un lot composé d’un viaduc et d’une digue, attribué à un consortium composé de Bouygues et de Vinci. Un représentant d’Eiffages, le concurrent malheureux, a d’ailleurs été entendu également hier par les enquêteurs.

Projet mal engagé

L’arrivée des limiers du PNF a été précédée par un important tir de barrage de la Région Réunion et de ses soutiens. Une importante opération de communication a eu lieu en présence de journalistes triés sur le volet pour bien montrer que le chantier continue d’avancer. Aux difficultés liées à l’enquête judiciaire s’ajoute un problème dépendant des lois de la physique. Il est prévu sur près de la moitié du tracé une digue de plusieurs kilomètres devant s’élever à plus de 15 mètres au-dessus des flots afin de supporter une chaussée à 6 voies.

Or, les matériaux nécessaires à cet ouvrage n’ont toujours pas été trouvés. Ceux des carrières actuelles ne suffisent pas et les projets d’ouverture de nouvelles suscitent de vives oppositions. Les contraintes environnementales sont en effet importantes. Face à la pénurie de galets, il a fallu faire venir des roches de Madagascar pour protéger le chantier en prévision de la saison cyclonique. Cela ne sera pas sans conséquence sur le coût prévisionnel. Une première rallonge de 250 millions d’euros a été votée la semaine dernière à titre de provision.

Fait surprenant : à en croire le député Thierry Robert entendu hier au titre de témoin, le président de la Région Réunion n’a toujours pas signé l’ordre de service pour lancer les travaux de la fameuse digue. Que cache donc ce peu d’empressement à prendre une décision capitale pour la poursuite d’un chantier aussi médiatique ?

Début des auditions

En 2015, Paul Vergès avait d’ailleurs annoncé la présence d’enquêteurs venus de Paris pour faire la lumière sur les circonstances troubles de l’attribution de ce marché. Quelques semaines plus tard, une vague de perquisitions retentissantes ont visé le domicile et le bureau de Didier Robert, président de la Région Réunion, ainsi que de plusieurs élus. Les gendarmes sont également venus à plusieurs reprises à l’hôtel de Région saisir des documents. À cette époque, la stratégie de la Région Réunion était d’affirmer que l’intérêt du Parquet national financier était somme toute normale étant donnée l’importance des fonds publics engagés. L’évolution de l’enquête a contredit cette affirmation.

C’est en effet une pièce maîtresse de la majorité régionale qui est en garde à vue. Hier, les auditions n’ont fait que débuter, d’autres rebondissements sont à prévoir.

M.M.


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