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Marie-Luce Penchard au pied du mur

Visite annoncée la semaine prochaine

Geoffroy Géraud-Legros / 23 novembre 2010

Marie-Luce Penchard se rendra dans notre île le 29 novembre prochain. Première membre de l’exécutif à se rendre dans notre pays après le remaniement ministériel de la semaine dernière, Mme Penchard arrive dans un contexte tendu à l’extrême. Confirmée à son poste, elle va devoir répondre des conséquences désastreuses de la politique menée par le gouvernement et par ses relais à La Réunion.

Catastrophe sociale et développement interrompu

La réforme des retraites heurte plus encore les intérêts des Réunionnais que celle des citoyens de l’Hexagone. Dans un contexte où (voir plus bas) le chômage atteint un taux record, où plus de la moitié de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté, et où la précarité se généralise, la loi sur les retraites condamne au moins la moitié des jeunes d’aujourd’hui à terminer leurs jours au minimum vieillesse.

Un déclin économique volontaire

Le pourcentage de Réunionnais sans emploi atteint désormais presque 30%. Les jeunes sont de loin les plus touchés, avec un taux de 55,30%. L’aggravation du chômage n’a rien de surprenant : nombre d’observateurs et d’acteurs de la vie politique de La Réunion, dont les élu-e-s et les responsables PCR, ont régulièrement averti les pouvoirs publics…
Sans succès, et même, sans réponse. Preuve que le pouvoir n’a en rien l’intention de remédier au mal qui ronge La Réunion… et que les déclarations répétées de l’exécutif ne sont que poudre aux yeux. Selon le Pôle emploi, le chômage aurait augmenté de plus de 15% en une seule année dans notre pays. Cette explosion n’est pas seulement imputable, comme voudraient le faire croire les représentants du parti présidentiel dans notre île, aux effets de la crise générale. Elle est largement due à l’effondrement du secteur du BTP, lui-même déclenché par l’arrêt des grands chantiers, décidé par la majorité UMP de la Région Réunion, au profit de projets sans contenu – les fumeux 2.000 bus - et repoussés aux calendes grecques – la nouvelle route du Littoral.

Et le Grenelle de l’environnement ?

Le 25 mai dernier, Mme Penchard avait rappelé que les projets de la majorité UMP qui viendraient en remplacement du Tram-train et de la route littorale devaient respecter les prescriptions du Grenelle de l’environnement. Bénéficiaire du remaniement, elle devra préciser si cette prise de position est toujours d’actualité. Et expliquer si des bus grands consommateurs d’hydrocarbures, et une route à pylônes construite dans une zone très sensible sur le plan écologique répondent aux conditions qu’elle a elle-même énoncées.

Geoffroy Géraud-Legros


Raidissement idéologique de la majorité

Dirigée contre les travailleurs et contre les pauvres, la politique de la Région met aussi en cause des règles fondamentales de la vie démocratique. Récemment, sa direction a gravement porté atteinte à l’autonomie du savoir, en privant de l’allocation doctorale, les étudiants dont les sujets et les directeurs de thèses ne lui plaisaient pas. L’un des sujets a été recalé parce qu’il portait sur l’"identité". Voilà qui devrait interroger Mme Penchard, dont la nomination à l’exécutif avait été présentée comme un acte fort de reconnaissance envers des identités ultramarines, dont les mouvements de la Guadeloupe, de la Martinique et de La Réunion avaient montré le bouillonnement… et le désir d’exister.


CIOM : que va dire Madame Penchard ?

Il y a un peu plus d’un an, le 6 novembre 2009, Nicolas Sarkozy donnait publiquement lecture des conclusions du Conseil interministériel de l’Outre-mer (CIOM).
Fortement déficitaire sur le plan social, le document intégrait des mesures de développement et des réformes imposées à l’agenda gouvernemental par les mouvements sociaux de l’Outre-mer.
Mesures phares du CIOM : la priorité des Ultramarins dans l’emploi public, l’aménagement de la mobilité des fonctionnaires en fonction des spécificités.
Pour La Réunion, des grands projets tels que la géothermie étaient validés.
A l’issue d’une cérémonie solennelle, en présence de tous les membres de l’exécutif et d’une assemblée composée de plusieurs centaines de représentants des Outre-mers, le Chef de l’État s’engageait à les mettre en œuvre dans les plus brefs délais.
Marie-Luce Penchard était spécialement nommée en remplacement d’Yves Jégo, afin d’appliquer les résolutions annoncées sous les ors élyséens. Deux semaines plus tard, Luc Chatel était le premier membre du gouvernement à se déplacer dans notre île. Un voyage inutile : le ministre de l’Éducation se contenta d’envoyer aux jeunes venus à sa rencontre un conseiller ignorant des dossiers, épaulé par des fonctionnaires rétifs du rectorat.


Un autre voyage pour rien ?

Après la visite de Chatel, le déplacement de Nicolas Sarkozy lui-même dans la palmeraie de Didier Robert, n’a apporté aucune précision supplémentaire relative au CIOM. L’UMP parvenue au pouvoir à la faveur de la triangulaire de mars 2010, le bal des ministres et secrétaires d’État a continué de plus belle, sans qu’aucun des engagements pris à l’Elysée ne reçoive le moindre commencement de mise en œuvre. En revanche, les relais locaux du parti présidentiel ont mis à mal les programmes pourtant arrêtés par le CIOM, dont la géothermie. Au lieu d’exécuter les engagements souscrits par l’Exécutif, ces visites se sont limitées à des exercices d’affirmation arrogante de la politique anti-sociale du gouvernement. Georges Tron, l’un des derniers à s’être rendu dans notre île, a ainsi blâmé les maires, qui selon lui, « recourent trop à l’emploi public ». Prompt à tancer les maires, celui qui était alors secrétaire d’État à la fonction publique ne s’est pas préoccupé d’appliquer les importantes mesures du CIOM qui relevaient de sa compétence. Marie-Luce Penchard fera-t-elle mieux ?


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