Actualités

Martine Aubry : la nouvelle voix des frondeurs

La ministre de la loi des 35 heures et ancienne première secrétaire du PS prend rendez-vous pour 2017

Témoignages.re / 21 octobre 2014

Après sa rencontre avec le Premier ministre, Manuel Valls, Martine Aubry a répondu aux questions du Journal du dimanche, dans lequel elle demande à François Hollande et Manuel Valls, d’engager une « réorientation de la politique économique » dans un sens plus favorable à la croissance.

JPEG - 35.4 ko
Martine Aubry.

L’ancienne rivale de François Hollande à la primaire socialiste a tiré à boulet rouge contre la politique gouvernementale, assurant que le chef de l’exécutif doit « emprunter le bon chemin dans les deux ans qui viennent », auquel cas, la gauche va “échouer” en 2017, lors des prochaines présidentielles.

Des propositions présentées à Manuel Valls

« La politique menée depuis deux ans en France, comme presque partout ailleurs en Europe, s’est faite au détriment de la croissance. Les déficits ne se sont pas résorbés et le chômage augmente », a assuré cette dernière dans le JDD, du 19 octobre. L’ancienne ministre du Travail est certaine que les difficultés actuelles de l’économie sont dues à une absence de cap : « on ne mobilise pas un pays sur la seule gestion financière, on doit donner la destination du voyage ».
« Il nous faut trouver au plus vite les bons réglages des politiques économiques qui permettront de sortir la France de la crise », a-t-elle assuré. Cette dernière a dénoncé la politique de l’offre mise en place par François Hollande. Pour cette dernière, celle-ci repose sur des baisses de charges et de fiscalité des entreprises. A contrario, la maire de Lille préconise de soutenir la demande, celle des ménages et des collectivités locales. Parmi ses propositions, elle met en avant la nécessité de cibler les aides uniquement sur les entreprises exposées à la concurrence internationale ou qui investissent et embauchent.
Cette mesure pourrait selon elle libérer 20 milliards d’euros sur les 41 milliards prévus par le Pacte de responsabilité. Cette somme servirait alors à soutenir le pouvoir d’achat des ménages et l’investissement des collectivités locales, dont les budgets sont réduits par la baisse des dotations de l’État.

Pour résorber le chômage de masse, Martine Aubry propose de créer davantage d’emplois aidés en attendant le retour de la croissance. Cette dernière a dénoncé l’extension du travail dominical, qualifié de “mirage”, car cela ne créera pas d’emploi. Même jugement sur le pouvoir d’achat, qui « ne va pas s’accroître par miracle parce que l’on consomme un jour de plus », selon elle, toute réforme en ce sens se ferait « au détriment du petit commerce (...) et donc, in fine, aussi de l’emploi ». Concernant la modification des règles de l’assurance chômage, « pour moi, la réforme doit être synonyme de progrès. Il faut en finir avec les vieilles recettes libérales », a-t-elle assuré.

Soutien aux frondeurs PS

Martine Aubry s’est exprimée pour la première fois après deux ans et demi de silence. Cependant cette dernière aurait été derrière certains frondeurs qui ont signé et coécrit en avril 2014, le « Contrat de Majorité », destiné à faire pencher à gauche la politique de François Hollande. A cette période, des observateurs ont assuré que « Martine Aubry est silencieuse, mais son ombre plane derrière une partie de la fronde des députés » (RFI).

Assurant également que d’ailleurs que cette dernière est « très en colère de la déroute des socialistes aux municipales, mais aussi de la nomination de Manuel Valls ». Cet entretien est un rapport de force supplémentaire, connaissant ses amitiés avec certains frondeurs, dont elle a assuré publiquement « partager leurs propositions » économiques. « J’espère que la prise de conscience sera là, que le débat aura lieu. En tout cas, plus on sera nombreux à le dire à gauche plus on aura une chance d’être entendus », a-t-elle averti.

Martine Aubry propose la création d’une nouvelle sociale-démocratie. « Je défends un État qui donne toute sa place aux pouvoirs locaux, un État qui régule la mondialisation », a-t-elle insisté. Cette dernière a déploré que les multinationales « imposent leur loi aux États et « le marché a tout envahi (...) tout se marchande jusqu’à nos corps. Il faut remettre des règles qui défendent la coopération avant la compétition, le bien-être avant le tout-avoir, la préservation de l’avenir avant le profit immédiat ».


Kanalreunion.com