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Menace sur l’aide sociale des patrons à La Réunion

Les acteurs économiques reçoivent le double du RSA tous les ans, aujourd’hui ils tremblent et lancent un appel désespéré à François Hollande

Témoignages.re / 4 juillet 2015

566,5 millions d’euros pour 77.755 bénéficiaires, c’est la sommes dépensée en 2014 par le Conseil départemental pour le RSA et le RSO. Le conflit entre les organisations patronales et la Commission européenne a permis de révéler que les patrons touchent au bas mot 1 milliard d’euros de fonds publics en subvention ou exonération. Tout comme le RSA, cette somme n’est pas le résultat de l’économie réelle. Autrement dit, les acteurs économiques qui protestent auprès de Paris demandent le maintien d’une assistance qu’ils jugent indispensable. Si les diviseurs n’avaient pas fait perdre l’Alliance en 2010, ces acteurs économiques ne seraient pas obligés de tendre la main 5 ans plus tard, car ils auraient pu être des moteurs d’un projet de développement qui était sur les rails.

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Les entreprises dépendent fortement des aides sociales accordées par la France et contestée par la Commission européenne.

À La Réunion, les abandonnés du système sont souvent stigmatisés par des privilégiés. Ils sont qualifiés d’assistés. Ce terme est lourd de sous-entendu. Il culpabilise les victimes des graves décisions qui ont été commises depuis plus de 70 ans à La Réunion.

C’est par exemple le choix par le gouvernement parisien d’imposer l’inégalité des revenus à La Réunion entre d’une part les agents titulaires des services publics, et d’autre part les salariés du privé. C’est aussi sous la responsabilité des dirigeants de la France qu’a été menée une politique qui a tourné le dos au développement de La Réunion. Le choix d’intégrer l’économie réunionnaise à celle d’un des pays les plus riches du monde a fait disparaître une grande partie de l’industrie, incapable de s’aligner sur les coûts de production des marchandises importées d’Europe. La décision de supprimer le chemin de fer a signifié le chômage pour plus de 1.700 travailleurs et l’importation massive de carburants et de véhicules produits bien loin de notre île. L’adhésion de la France à la Communauté européenne a eu également de lourdes conséquences sur l’agriculture. Le nombre de livreurs de canne est passé de 25.000 à moins de 4.000, celui des usines sucrières d’une dizaine à deux. Les milliers de planteurs de géranium ont été ruinés, ainsi que les producteurs de vétiver, de vanille et de tabac. D’une économie de plein emploi, La Réunion a basculé dans la pénurie d’emplois.

L’assistance au cœur de l’économie

Au lieu de laisser les Réunionnais tenter d’apporter des solutions à la crise, la France a choisi d’organiser l’émigration de masse de la jeunesse réunionnaise pour d’une part répondre à ses besoins de main d’œuvre, et d’autre part pour retirer à La Réunion ses forces vives suspectées d’être la base d’un large mouvement de rassemblement progressiste.

Les conséquences de cette politique ont commencé à se faire sentir en termes d’emploi dès les années 1970, avec près de 25 % de taux de chômage en 1975 selon une étude du Conseil général de l’époque. Faute de mise en œuvre d’une politique adaptée à la démographie et aux besoins de La Réunion, le chômage a continué à se maintenir à un niveau très élevé. Les plus grandes victimes sont les travailleurs rejetés vers le revenu minimum, un droit obtenu par l’égalité sociale gagnée grâce aux communistes.

L’indemnité la plus répandue à ce titre est le RSA, ou RSO quand il est versé à ceux qui s’engagent à renoncer à chercher un emploi. La dernière séance plénière du Conseil départemental, le 29 juillet dernier, a permis d’avoir les données les plus récentes à ce sujet. En 2014, la collectivité a versé 566,5 millions d’euros à 77.755 personnes. Mais ces dernières endurent malheureusement trop souvent le regard culpabilisant d’une partie de la société, qui qualifie les abandonnés non pas de victimes, mais d’assistés.

Or, le mouvement de protestation des organisations patronales vent debout contre un projet de la Commission européenne est très instructif à ce sujet. Il permet d’apprendre que les chefs d’entreprise réunionnais touchent au bas mot un milliard d’euros de transferts publics. Une publicité parue hier dans la presse rappelle que l’assistance versée aux entreprises sont des exonérations fiscales et des aides économiques. Ces mesures ne sont pas le résultat d’une redistribution des richesses au sein de l’économie réunionnaise. Ce sont des aides sociales qui viennent d’un pays éloigné de 10.000 kilomètres.

Le message des patrons est clair. Sans l’argent de ces transferts publics, c’est la ruine, et ils demandent au président de la République, le plus haut sommet de l’État, d’intervenir. Ils veulent que la France se dresse contre la Commission européenne pour défendre le milliard des entreprises réunionnaises. Autrement dit, sans l’assistance, elles sont « menacées de disparition ».

La responsabilité des diviseurs de 2010

Cette situation est la conséquence logique d’un changement politique survenu en 2010. L’ancienne majorité régionale de l’Alliance avait mis en œuvre les briques des fondations d’un plan de développement. Les premiers résultats avaient donné une augmentation du nombre de salariés dans la construction pour répondre aux besoins des grands chantiers et de la politique régionale d’investissements. Le BTP était devenu le moteur de la croissance et de nouveaux projets étaient sur les rails pour continuer cette dynamique.

Mais lors du scrutin de 2010, des diviseurs ont agi pour faire perdre l’Alliance. Le résultat a été d’offrir la présidence à Didier Robert. Le plan de développement a été brutalement stoppé. Il a ruiné le secteur du BTP qui a vu 10.000 de ses travailleurs rejetés vers le chômage. Le coup d’arrêt s’est répercuté dans toute l’économie, ce qui l’a rendue encore plus dépendante des transferts publics. Il suffit aujourd’hui d’une proposition de la Commission européenne pour que les organisations patronales n’hésitent pas à parler de tsunami économique.

Si les diviseurs n’avaient pas atteint leur but en 2010, alors sans doute les patrons ne seraient pas obligés aujourd’hui de tendre la main pour espérer une nouvelle aide de Paris. Ces chefs d’entreprise savent désormais qu’ils peuvent compter sur l’extraordinaire discrétion du président de la Région sur un sujet aussi essentiel.


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