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Menaces sur le logement social, le pouvoir d’achat, les rémunérations … soyons lucides et responsables et agissons !

Sur le blog de Paul Vergès

Témoignages.re / 7 juin 2011

Nous sommes alimentés quotidiennement par toutes sortes d’informations, relevant du fait divers, du sport, des ladi lafé politiques, tant pour La Réunion qu’ailleurs. Mais il y a parfois, dans tous ces messages délivrés par les radios, les télévisions ou la presse écrite ou autres blogs, une surestimation certaine de telle ou telle information par rapport à sa signification réelle, ne permettant pas de pointer l’essentiel et de mettre en perspective ces informations.

Ainsi, il en va de la visite de la ministre de l’outre-mer, Marie-Luce Penchard. Précédant sa venue, et suite à celle-ci, nous avons vu apparaître de nombreuses annonces, dont les conséquences s’avèrent graves sur l’évolution de la situation à La Réunion.
Le problème le plus grave à La Réunion – et tout le monde s’accorde sur ce point – est sans nul doute la question de l’emploi. Ou plus exactement du manque d’emplois. Le chômage croît de façon inexorable, au fil des années. La ministre a été accueillie, à son arrivée, par des pages publiées dans la presse quotidienne par le syndicat des patrons du BTP. Un événement assez rare méritant d’être souligné.
Cette lettre est un réquisitoire impitoyable dans l’analyse de la situation comme dans celle des mesures annoncées, arrivant à cette conclusion, que malgré de grandes déclarations de la part du gouvernement, la situation n’a jamais été aussi grave, sur le plan social et économique.
La mise en perspective de plusieurs informations éclaire cette analyse (voir encadrés)

La lucidité : préalable à la prise de responsabilité… et au changement

Tout ce que nous venons d’évoquer a fait l’objet de publications dans tous les media, ces derniers jours. Mais il est indispensable de voir quels sont les aspects essentiels et les événements importants parmi toutes les informations diffusées.
Ces informations doivent accompagner une vision globale, donnant tout son sens à la gravité de la situation et permettant de comprendre que cette situation va continuer à se dégrader, sur tous les plans.
Nous avons aujourd’hui la certitude de la dégradation et de l’aggravation de la situation économique et sociale si la même politique se poursuit. Cette même certitude aboutit à l’idée de l’impérieuse nécessité d’un changement.
Si tel n’était pas le cas, on continuera à parler de logement social tout en constatant que le nombre de nouveaux logements construit s’amenuise d’année en année. On continuera à parler de l’emploi en analysant les chiffres croissants du nombre de chômeurs. On continuera à se dire préoccupés par la jeunesse et son avenir, en déplorant la fermeture de classes et de filières.
Jamais La Réunion n’a été confrontée à une telle situation. Celle-ci oblige à la lucidité. Cette lucidité est la condition préalable de la prise de responsabilité par les Réunionnais. Et cette prise de responsabilité est la base sur laquelle ils pourront – nous pourrons – changer notre situation.


Décret sur la défiscalisation : couac ou erreur volontaire augurant du pire ?

Le gouvernement vient de remettre en cause, par décret, le système de défiscalisation destiné à relancer le logement social à La Réunion. Mise au pied du mur, la ministre s’est contentée de répondre qu’il s’agissait là d’une erreur, d’un « couac » et qu’elle veillera à ce que cela soit corrigé.
Imaginerait-elle que les Réunionnais soient suffisamment naïfs pour croire qu’il s’agit d’une simple erreur ? Ce décret a été élaboré par différents ministères et signé par plusieurs ministres. Tous auraient donc fait la même erreur sur un sujet aussi important ? Cela est difficile à croire. Mais cela laisse craindre que l’on doive s’attendre, désormais, au pire.


Le maintien du pouvoir d’achat avec une inflation de 3,7% et sans hausse de revenus ?

L’annonce a été timide : le pouvoir d’achat des Réunionnais s’est maintenu, si l’on en croit le coût du « chariot type ». Une information totalement démentie par le chiffre donné sur le montant de l’inflation pour l’an passé : 3,7%. Une inflation record à La Réunion. Si l’inflation a été de 3,7%, c’est que, obligatoirement, le prix de l’ensemble des produits a augmenté. Et que le pouvoir d’achat des Réunionnais a baissé d’autant, car il n’y a eu aucune augmentation de salaire, de traitements, de revenus… tout du moins dans cette proportion.


Priorité à la jeunesse avec la fermeture de classes et de filières universitaires ?

La lutte contre la suppression de filières littéraires au campus du Tampon s’étend. Plusieurs centaines d’étudiants, en histoire ou géographie, sont concernés par cette suppression. Dans le même temps, à Sainte-Suzanne, Saint-André, Saint-Paul ou Saint-Denis, des parents, des enseignants se mobilisent contre la fermeture de classe dans le premier degré. Mais l’on continue à affirmer que la jeunesse, la formation et l’éducation sont des priorités…


L’énergie thermique des mers présentée comme un projet nouveau ? Il existait depuis des années !

Curieusement, alors que tous les Réunionnaises et Réunionnais ont pu constater la suppression ou la restriction des dispositifs visant à la production et à l’utilisation des énergies renouvelables (comme le photovoltaïque), la ministre de l’outre-mer a choisi de placer sa visite sous le signe du développement des énergies renouvelables. Mais pas de toutes. En effet, une fois de plus, la ministre a évoqué le projet de l’énergie thermique des mers et de la création de cette fameuse centrale. En oubliant de dire que c’est un projet élaboré par l’ancienne mandature, et mis en application depuis des années…


Accélérer les grands chantiers ? Mais quels grands chantiers ?

Le comble, c’est qu’il aura fallu qu’une ministre vienne de Paris jusqu’à La Réunion (10.000 km) pour dire qu’il fallait… accélérer la mise en place des grands chantiers, afin de créer de l’activité et de l’emploi. Et cela, juste au moment où apparaît comme évident l’échec des deux grands chantiers référencés dans la deuxième version du protocole de Matignon.
La Région de Didier Robert a décidé de supprimer le tram train, qui a représenté des années d’études et des millions d’euros pour sa préparation. Cette suppression est intervenue alors que les discussions sur l’aspect financier allaient permettre un démarrage rapide du chantier. Le tram train a été remplacé par le Trans Eco Express (TEE), et l’annonce de l’arrivée sur les routes réunionnaises de 2.000 bus. Ce projet n’existe plus, il est aujourd’hui question d’une subvention pour une centaine de bus affectés aux transports collectifs réguliers des collectivités (Conseil général, Syndicats de communes), mais aussi accordée aux sociétés de transports collectifs du secteur privé.
Il est bien évident que l’arrivée de bus supplémentaires va contribuer à augmenter l’encombrement des routes, le nombre kilomètres étant insuffisant par rapport à la charge que représentent 400.000 voitures et bus.


La priorité des priorités ? Livrée en 2020 !

Le deuxième chantier présenté par l’actuelle équipe de la Région est celui de la nouvelle route du littoral. Celle-ci avait été déclarée « priorité absolue ». L’actuelle équipe du Conseil Régional a sciemment retardé cette priorité, en modifiant un projet prêt à être lancé, et voulant un ouvrage à six voies, dont deux réservées uniquement aux transports en commun. Si ce projet aboutit, il pourrait être livré vers… 2020 ! C’est-à-dire 6 ans après la fin du mandat de l’actuelle équipe de la Région. Et trois ans après la date qui avait été fixée pour la livraison de la nouvelle route, par la mandature précédente. Bravo pour la priorité absolue !


La sur-rémunération ? Supprimée après les présidentielles de 2012 !

La ministre a également procédé à des annonces sur un sujet capital, mais apparemment tabou : la sur-rémunération des agents de la fonction publique d’Etat. Une suppression qui devrait s’opérer au lendemain des élections présidentielles de mai 2012. Autrement dit dans moins d’un an. Cette suppression se ferait sans concertation avec les syndicats. Comment peut-on, de cette façon aborder, cette question centrale pour l’économie et la société réunionnaise ? Comment oser affirmer que ce dispositif qui existe depuis 60 ans sera tranché de cette manière ? Il s’agit, dans ces conditions, d’un véritable coup de force contre toute l’économie réunionnaise. En agissant de la sorte, sans concertation, sans discussion, sans information, l’attitude du gouvernement ressemble à celle d’un éléphant dans un magasin de porcelaine.


Les « niches fiscales » ? Elles pourraient disparaître dans le budget 2012 !

Le responsable d’une organisation de patrons d’outre-mer met en garde contre la suppression prévue des niches fiscales liées à l’outre-mer. C’est ce qu’il ressort des discussions précédant l’élaboration du budget de l’Etat – et de l’outre-mer – pour l’année 2012. Ce budget sera présenté à l’Assemblée nationale et au Sénat dans les mois qui viennent.


La progression démographique ? Pas de prise en compte !

Toutes ces menaces ne sont pas prises en compte. Pas plus que n’est prise en compte la question de la progression démographique. Entre mars 2010 et mars 2011, La Réunion compte 10.000 habitants supplémentaires. En 2020, date de l’éventuelle livraison de cette « priorité des priorités » qu’était la nouvelle route du littoral, La Réunion comptera plus de 900.000 habitants. Comment l’actuelle équipe dirigeante de la Région tient-elle compte de cette évolution ?


Le développement du tourisme ? Au bénéfice de qui ?

L’actuelle équipe régionale a fait du développement du tourisme son autre priorité. Force est de constater, chiffres de l’INSEE à l’appui, que le nombre de touristes a baissé entre 2010 et 2009. Mais à entendre la responsable d’une structure touristique, ce n’est pas un problème, puisque « la qualité » du touriste est plus importante que le nombre de touristes ! Le tourisme « affinitaire » n’étant pas, semble-t-il, un tourisme de qualité ! En revanche, on entend l’équipe régionale actuelle se réjouir de la politique commerciale menée par Air Mauritius qui va baisser le prix des billets d’avion pendant les vacances entre les deux îles. Cela va se traduire par un afflux massif de touristes réunionnais à Maurice. Mais combien de Mauriciens viendront en vacances à La Réunion ?


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