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Mesure la plus négative depuis la suppression du chemin de fer

"Matignon 2" prévoit de supprimer le tram-train de Saint-Benoît à Saint-Joseph

Manuel Marchal / 14 octobre 2010

Une décision plus grave que la suppression du chemin de fer en 1963 : c’est en ces termes que l’Alliance qualifie la suppression du tram-train de Saint-Benoît à Saint-Joseph que prévoit "Matignon 2" qui doit être signé aujourd’hui à Paris par Didier Robert et François Fillon. Cette condamnation de la reconstruction du réseau ferré est la fin de toute stratégie de développement durable pour notre pays

Hier, l’Alliance a donné sa position sur "Matignon 2", un accord de financement de plusieurs chantiers qui doit être signé aujourd’hui à Paris par Didier Robert et François Fillon.
D’après les informations qui ont filtré jusqu’à présent, le montant total de l’enveloppe accordée pour les investissements ne sera pas réévalué par rapport à l’accord de Matignon signé en 2007. Ce sera donc 2,2 milliards d’euros, soit une somme ne permettant pas de financer autant d’investissements qu’il y a 3 ans. Depuis 2007, l’inflation est particulièrement importante dans tout ce qui touche au BTP : prix des carburants, coût du fret, augmentation des prix des matières premières en particulier.
Ceci étant, le contenu de "Matignon 2" prévoit la suppression du tram-train de Saint-Benoît à Saint-Joseph, et son remplacement par un trans-éco-express impossible à réaliser selon Philippe Berne.

Des milliers d’emplois perdus

C’est une décision plus grave que la suppression du chemin de fer en 1963, dit en substance Paul Vergès. Le président de l’Alliance précise qu’il n’existe plus aujourd’hui de marges de manœuvre comme il pouvait encore en avoir voici 47 ans.
Avec tous les jours 130.000 véhicules qui entrent dans Saint-Denis, la capitale est au bord du coma circulatoire. Le tram-train aurait permis de soulager cette pression du tout-automobile qui transforme les rues de Saint-Denis en des parkings. La perspective, c’est le million d’habitants, et donc l’accroissement considérable du parc automobile si aucune solution alternative crédible n’est mise en place. Or, c’est cette alternative qui est enterrée par "Matignon 2". Avec l’accord qui sera signé aujourd’hui, c’est donc « l’étouffement de toute vie urbaine » qui est à prévoir pour Saint-Denis.
Un autre aspect plus immédiat de la suppression du tram-train est l’impossibilité pour La Réunion de créer des milliers d’emplois pour répondre en partie à l’urgence sociale. Financé pour sa première partie entre Sainte-Marie et Saint-Paul, le tram-train de Saint-Benoît à Saint-Joseph permettait des milliers d’emplois entre 2010 et 2025, c’est-à-dire au moment où La Réunion va connaître la plus importante croissance de sa population active de son Histoire. D’ailleurs, tous les maires concernés par ce tracé, c’est-à-dire ceux des 16 communes allant de Saint-Benoît à Sainte-Rose, ainsi que les intercommunalités et le Conseil général avaient fait part de leur soutien public à ce projet. Lors de la signature de l’accord de Matignon en janvier 2007, tout l’éventail politique de La Réunion était représenté, rappelle Paul Vergès.

« Coup décisif au développement durable »

À la place de cet investissement de 1,6 milliard d’euros, "Matignon 2" propose donc la mise en place d’un trans-eco-express de 350 millions d’euros. Quid des 2.000 bus ? Et dans quels délais seront lancés les premiers chantiers d’aménagement des entrées de ville ? Philippe Berne cite une période incompressible de 4 à 5 ans pour régler toutes les questions préalables au premier coup de pioche pour ce type d’investissement multiplié dans chaque ville.
À l’heure de la conclusion, l’Alliance constate que le principal enseignement, c’est qu’à la différence du chemin de fer, la demande de suppression n’est pas venue de Paris qui l’a ensuite fait appliquer ici par des élus aux ordres, mais cette fois-ci, ce sont des élus réunionnais qui ont pris l’initiative de demander le démantèlement d’une infrastructure de cette importance. Car c’est à partir du tram-train que s’organise tout l’aménagement du territoire de La Réunion du 21ème siècle.
C’est donc une décision sans précédent, lourde de conséquences car il ne reste plus rien du socle du développement pour lequel tous les candidats à la présidentielle ont donné leur accord.
« C’est un coup décisif porté au développement durable de La Réunion », souligne Paul Vergès, car la ligne qui a conduit à l’impasse du tout automobile est de nouveau en pratique dans "Matignon 2".
Le président de l’Alliance conclut en précisant qu’un changement politique national dans moins de 18 mois peut tout remettre en cause, et donc relancer le tram-train et le développement durable de La Réunion.

Manuel Marchal


Route du littoral : qui paiera ?

La plus grande partie des fonds prévus dans "Matignon 2" seront affectés à la nouvelle route du littoral. Le président de la Région a annoncé 1,6 milliard. Or, cette somme ne correspond pas à la réalité du chantier. Car le projet a été modifié par le nouveau Conseil régional, et le montant ne peut plus être celui d’une estimation passée.
La nouvelle route devrait être à 6 voies sans bandes d’arrêt d’urgences, remplacées par des couloirs de bus susceptibles plus tard de supporter un train. La somme minimale pour un tel projet de 12 kilomètres, c’est 1,7 milliard d’euros. Qui financera l’inévitable dépassement ? "Matignon 1" prévoyait une répartition du dépassement entre l’État et la Région en fonction de leur engagement initial. Or, comme "Matignon 2" transfère 415 millions d’euros de la Région sur la nouvelle route du littoral, la part de la Région augmente donc de manière considérable dans la somme de départ.
De plus, Philippe Berne rappelle que le financement de la nouvelle route est lié au respect des orientations du Grenelle de l’environnement. L’élargissement à six voies signifie la mort du ban de corail des Lataniers au large de La Possession, et des dégâts irréversibles infligés à la riche faune et flore au large de la Pointe du Gouffre. Que dira la Direction régionale de l’Environnement ?


La jeunesse demandera des comptes

Béatrice Leperlier invite les jeunes à noter très précisément ce qui est en train de se faire aujourd’hui. Car aujourd’hui, « on paie les conséquences de choix faits par des dirigeants politiques il y a 50 ans ». Ce sont par exemple les embouteillages résultant de la décision de supprimer le chemin de fer.
« La jeunesse s’organise et demandera à chacun de prendre ses responsabilités », ajoute la conseillère régionale. La suppression du tram-train est d’ailleurs une décision qui n’est pas étonnante, de la part d’« un président de Région qui condamne 62% des jeunes d’aujourd’hui au minimum vieillesse » en votant pour la réforme des retraites.


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