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« Mettre fin à l’incinération des déchets »

450 associations se mobilisent en France

Céline Tabou / 10 avril 2012

450 associations de France se sont constituées en coordination nationale pour réclamer la fin de l’incinération des déchets, qu’elles qualifient de coûteuse et préjudiciable à la santé et à l’environnement.

Roger Anglaret, a présenté la coordination et expliqué lors d’une conférence de presse, samedi 7 avril, que la France possède « un des taux de recyclage les plus bas d’Europe et le plus grand parc d’incinérateurs où sont brûlés près de la moitié des déchets ménagers ». Créée le 6 avril, l’objectif de la coordination nationale est de remplacer l’incinération des déchets par des modes de traitement alternatifs.

1ère place européenne des incinérateurs

La France possède 130 incinérateurs et rejette annuellement environ 5 millions de tonnes de CO2, soit l’équivalent de 2,3 millions de voitures. Le pays est la première place européenne dans le domaine. D’après Greenpeace, 30% de ce qui est brûlé se retrouve sous forme de mâchefers, mis en décharge ou utilisés pour la construction de routes. La coordination nationale affirme dans un manifeste que l’incinérateur « brûle ce qui pourrait être recyclé », alors que les coûts des matières premières s’envolent, et produit des rejets « hautement toxiques », tels que métaux lourds, dioxines, furanes ou refiom (résidus d’épuration des fumées).
Les différentes associations faisant partie de cette coordination dénoncent une technologie rigide et un véritable « aspirateur à déchets » qui est un frein au développement de filières alternatives performantes telles que le recyclage, le compostage. Les associations souhaitent la mise en place de politiques efficaces de réduction des déchets. D’autant plus que la gestion des déchets possède plusieurs enjeux écologiques, avec la raréfaction des ressources naturelles et les changements climatiques.
L’énergie issue des incinérateurs est d’origine fossile, provenant notamment des plastiques produits à partir de pétrole. Contrairement à ce que prétendent les industriels, l’incinération n’est pas une source d’énergie renouvelable car quelle que soit l’utilisation de cette énergie (électricité et/ou chaleur), les émissions dues à l’incinération contribuent à l’effet de serre, en plus des pollutions chimiques qu’elles génèrent, d’où son impact sur l’environnement et le réchauffement climatique.

Néfaste pour la santé et l’environnement

« L’incinérateur est une fabrique de poisons », a indiqué lors de la conférence de presse, le docteur Alain Laffont, porte-parole d’un collectif de 534 médecins. Selon une étude de l’Institut de veille sanitaire publiée en 2008, le nombre de cancers a augmenté chez les personnes vivant à proximité d’incinérateurs. En dépit des restrictions et des normes émises par l’Union européenne, « rien ne permet de garantir l’innocuité des fumées sur la santé humaine », a indiqué le Dr Laffont.
Les inquiétudes portent en grande partie sur les différents polluants émis par l’incinération qui se retrouvent dans l’environnement. Une partie de ces substances chimiques est "bio-accumulée", c’est-à-dire qu’elles sont intégrées en l’état par les éléments naturels pouvant devenir des sources de contamination potentielle pour l’homme, a expliqué sur son site le Centre National d’Information Indépendante sur les Déchets.
Pour certains polluants, comme les dioxines, plusieurs scientifiques insistent sur le fait que ce n’est pas « la dose qui fait le poison », mais la durée de l’exposition. De plus, les incinérateurs s’avèrent être nocifs pour l’environnement, car ils produisent des molécules toxiques, du CO2 et aussi des mâchefers « qui polluent le sol et l’eau, une fois mis en sous-couche routière », ont souligné les membres du CNCIDM.
Les coûts d’investissement élevés et les coûts d’exploitation grevés notamment par le traitement des fumées, dont la filtration des poussières chargées en molécules toxiques, neutralisation des fumées acides sont considérables, alors que des alternatives écologiques sont possibles.

Céline Tabou

Le recyclage crée 10 fois plus d’emplois que l’incinération

Le CNCIDM a expliqué qu’il était possible de produire moins de déchets, avec des produits qui durent plus longtemps et à emballages réduits, d’améliorer le tri, de composter ou de méthaniser les déchets organiques. Sébastien Lapeyre, directeur du Centre national d’information indépendante sur les déchets a affirmé que « si la France connaissait le taux de recyclage de l’Allemagne, on pourrait fermer la moitié des incinérateurs et des décharges », d’autant plus que le recyclage crée dix fois plus d’emplois que l’incinération.

Le Centre national d’information indépendante sur les déchets a publié une série de propositions pour mettre fin à l’incinération des déchets, afin d’engager la France dans « une nouvelle politique de gestions des déchets, ambitieuse et vertueuse à la hauteur des défis climatiques et environnementaux d’aujourd’hui ». À travers quatre axes : réduire à la source les déchets, détourner les déchets du stockage et de l’incinération, réformer la fiscalité « déchets » et améliorer la gouvernance et la transparence.


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