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« Mettre l’usager au centre »

Le Conseil général et son projet de syndicat mixte des transports

Geoffroy Géraud-Legros / 24 mai 2011

Un an après la suppression du chemin de fer par la majorité UMP, le Département s’engage en faveur des usagers en poursuivant son projet de syndicat mixte des transports. Une volonté qui semble enfin trouver un écho du côté de la pyramide inversée…

Que ceux qui craignent ou ont un peu vite anticipé un « changement de braquet » dans la politique du Département se rassurent : « l’action de la collectivité s’inscrit dans une continuité ». C’est en ces termes que Pierre Vergès, 4ème Vice-président du Conseil général délégué aux Transports et à l’Agriculture, a inauguré la conférence de presse qui s’est tenue hier matin au Palais de la Source, avant la rencontre prévue l’après-midi à la Région entre la représentante du Conseil régional chargé des Transports et une délégation du Département. Des propos auxquels a fait écho Michel Dennemont, investi de longue date de cette compétence au sein de la collectivité. Clignant de l’œil à la rumeur, l’élu avironnais a rappelé l’étendue du chantier et la nécessité d’un travail collectif pour régler la décisive question des transports. Le contenu de cette continuité ? « Mettre l’usager au centre », martèle Pierre Vergès.

« Eviter le pilotage à vue »

Entrés dans le vif du sujet, Pierre Vergès, Axel Vienne, Michel Dennemont et Mme Gonçalvès, responsable administrative, ont tour à tour évoqué l’objet du rendez-vous de l’après-midi : la création d’un syndicat de transports associant les collectivités. Michel Dennemont a rappelé qu’une structure comparable avait été envisagée dès 2006. « On parlait de syndicat unique de transports. Mais on avait dans la ligne de mire 2014, c’est-à-dire le tram-train. Il était logique que le tram-train soit l’ossature d’un syndicat de transports. Un deuxième cercle aurait été les réseaux cars jaunes, et un troisième, les réseaux urbains ». Or, le tram-train a disparu. « Le rail est pourtant incontournable », affirme Michel Dennemont. Pierre Vergès se félicite, pour sa part, de ce que la Direction de la Région a fini par concéder que la « solution ferroviaire n’était pas abandonnée, mais seulement différée pour des raisons d’opportunité. Dont acte. Mais à quand sera reporté réellement le projet ? En l’absence de délais clairs, on pourrait penser qu’il y a ajournement sine die. On voudrait savoir où on va, et éviter le pilotage à vue ».

« Un syndicat de transport, oui, et vite ! »

Mais aujourd’hui ne peut attendre, dit en substance l’ancien vice-président de la Région, architecte du projet Tram-train. Il y a urgence à constituer un syndicat mixte, même si les fameux 2.000 bus, rappelle Michel Dennemont, « n’ont toujours pas vu le jour ». « Un syndicat de transports, oui, et vite ! », demande Pierre Vergès, balayant l’incrimination « d’obstruction » régulièrement invoquée pour justifier les retards du Trans-Eco-Express… projet dont Pierre Vergès regrette lui aussi de ne toujours pas pouvoir cerner les contours avec précision.
C’est un dossier dans lequel le vice-président du Conseil général appelle à tourner définitivement la page de la campagne électorale. « On ne sait toujours pas de combien de bus il s’agit ». « Qu’on nous dise : d’accord, c’était un chiffre proféré en campagne, mais il n’est plus d’actualité. Mais que l’on sache ». Quoi qu’il en soit, l’heure est « à la dynamique », affirme Pierre Vergès, qui témoigne de l’engagement du Département à « organiser l’intermodalité avec ce qui existe ». « Aujourd’hui, on n’entend plus parler des 2.000 bus », renchérit Axel Vienne. Les AOT seraient chargées de les acheter, avec une aide de la Région. Eh bien, le Département est prêt à jouer le jeu ». Mais, rappelle-t-il, « le Département à la compétence. La Région ne l’a pas. Elle l’a en termes de réseau ferré ». Sur les projets réalisés, « il y aurait une centrale de mobilité à l’échelle de l’île, avec une AMO (Aide à la maîtrise d’œuvre) nécessaire, dans un délai de 8 mois. Coût : 130.000 euros ». Surtout, le conseiller général propose une « enquête dans toute l’île », permettant une « photographie de l’ensemble des déplacements des Réunionnais, dans un délai de 2 ans ». Une recherche de premier ordre qui pourrait mobiliser jusqu’à « 250 enquêteurs » dans toute l’île, et obtenir le contrôle et la validation du CERTU.

Nécessaires clarifications

L’une des questions majeures est celle du financement des aménagements routiers : « il est nécessaire d’améliorer la fluidité, de traiter les blocages aux entrées de villes. Ce qui doit être fait aux jonctions de routes nationales et départementales », rappelle Pierre Vergès. Le Département pourrait-il bénéficier du « traitement de faveur accordé aux villes, dans le cas des entrées de villes [routes nationales] » ?
Dans le but de « faciliter les transports collectifs », il faudrait aussi « que la Région puisse associer les institutions qui ont la charge des transports, qui pourraient avoir leur mot à dire sur les entrées de villes, comme à Gillot, et que le Département puisse être lui aussi impliqué dans la gestion de ces points noirs ». Les financements concernant les bus « devraient faire l’objet de précisions supplémentaires de la part de la Région ». Citant en exemple les contradictions de la politique du logement, Pierre Vergès souhaite que les modes de financement ne « viennent pas contrecarrer les dispositifs de défiscalisation, ce qui conduirait à neutraliser une opportunité dont les contributions financières relèvent de l’État. Il ne faudrait pas que la Région se substitue à l’État ». « L’enquête mentionnée par Axel Vienne n’est pas anodine, puisqu’elle doit aboutir à une certification “CERTU”. Ce qui veut dire que n’importe quelle autorité peut s’appuyer dessus pour favoriser toute initiative incitative en matière de transport collectif. Ne pourrait-elle pas être portée par le syndicat mixte… placée dans la corbeille de la mariée syndicat mixte ? ».
Le Département, répète Pierre Vergès en écho à Michel Dennemont et à Axel Vienne, est historiquement à l’origine du syndicat mixte. Pour les élus, il constitue clairement un moyen de « cohérence, de progression des intermodalités, d’évolution » vers des avancées telles que « la tarification unique »… nécessaires en attendant le chemin de fer. Pierre Vergès en revient encore à « l’usager », qui doit être « au centre de ces démarches ». A 11 heures passées, la balle était plus clairement que jamais dans le camp de la Région, du côté de laquelle, déplore Michel Dennemont, existait jusque-là une certaine « difficulté relationnelle ».

Geoffroy Géraud Legros 


Des avancées pour les usagers

Amorce d’un changement d’attitude à la pyramide inversée ? La rencontre qui s’y est tenue hier après-midi aura à tout le moins recréé un « relationnel » plus rationnel… et validé certaines initiatives du Conseil général. L’entrevue entre Pierre Vergès, accompagné de Mme Gonçalvès, responsable des Voiries au Département, avec l’élue chargée des Transports aura permis un accord sur les propositions départementales en vue de traiter les points les plus noirs à l’entrée des villes. La question des financements des bus a reçu un commencement de clarification ; le projet de syndicat mixte porté par le Département est désormais clairement sur la rampe de lancement. Il fera l’objet à la mi-juin d’une nouvelle rencontre, en vue de sa validation politique…


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