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Michel Vergoz casse tout, même dans son propre camp

J.B. / 8 juin 2011

Les socialistes se sont fait un point d’honneur de fêter le 30ème anniversaire de l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand, en 1981. Cette victoire mit fin au règne de la droite qui dirigeait la France sans interruption durant une trentaine d’années, après la guerre. A La Réunion, l’actualité sénatoriale nous oblige à rappeler le parcours d’un jeune pharmacien de Sainte-Rose qui glissa opportunément de la jeunesse libérale et giscardienne dans le train du changement. Durant la campagne présidentielle, il arborait encore fièrement les tee-shirts « Giscard à la barre » dans les meetings de soutien à Giscard. De trahison en trahison : 30 ans de division de Michel Vergoz, en 2 illustrations.

La Mairie de Sainte-Rose

En 1983, aux Municipales de Sainte-Rose, il est élu sur la liste conduite par Ary Payet, enseignant et dirigeant du Parti communiste réunionnais. Le Maire, Ary Payet, le nomme au poste de 1er adjoint. Au lieu d’assumer son rôle collectif et d’être solidaire de l’équipe municipale, il n’aura de cesse de contrecarrer les initiatives de son maire. Pour la circonstance, il créa une radio qu’il utilisa pour nourrir la division. Et, en 1988, il trahit le maire et se présenta aux élections cantonales où il fut élu. Ce qui le conduisit naturellement à la tête de la mairie, l’année suivante.

La population avait vite fait de constater ses qualités de gestionnaire, et passé le cap difficile du premier mandat, il fut éconduit en 2001.
Ainsi, soumis à la sanction populaire, il a essuyé un échec personnel alors qu’il était parvenu à s’emparer de la Direction de la Fédération locale du PS. Sa trahison n’a jamais été oubliée par une population qui estime qu’il a humilié Ary Payet, qui était un homme droit et intègre. Depuis cette date, c’est celui qui était jeune directeur de cabinet de la municipalité d’union en 1983 qui lui a ravi les mandats de maire et de conseiller général.

Ses attaques contre le gouvernement Jospin

Après son élection à Sainte-Rose, il s’attaqua à la Direction de la Fédération du PS. Cette démarche somme toute légitime en politique s’appuyait sur une ligne dont l’objectif était de remettre en cause les acquis de l’union des forces de gauche alors que celle-ci avait permis à Lionel Jospin de devenir Premier ministre en 1997. A ce moment, à La Réunion, 4 députés sur 5 appartenaient à la mouvance « majorité présidentielle ». L’autre siège était occupé par André Thien Ah Koon, centriste.

Fait rare dans l’histoire politique de notre île, la droite ultra qui bloquait le progrès social était sévèrement sanctionnée. Le gouvernement socialiste profita de cette embellie historique et proposa un projet de création de 2 départements afin de sortir du blocage institutionnel que constituait la superposition, sur le territoire réunionnais, d’une Région et d’un Département qui généraient de multiples conflits de compétences. En 2000, le projet du gouvernement socialiste est combattu ouvertement par Michel Vergoz qui, au Conseil général, vote avec la droite Virapoullé-Poudroux. Au moment du scrutin, toute La Réunion a pu voir en direct à la télévision avec quelle délectation il brandissait le bulletin “Non”. Le projet ne passa pas cette étape. C’était un cadeau royal fait à la droite ultra qui revenait en force. Cela ressemble fort au cadeau fait à l’UMP à la Région, en 2010. Il joue contre son camp. Par deux fois, c’est lui qui sauve la droite en perdition.

Cette trahison est d’autant plus condamnable que le Premier ministre Jospin est venu en personne expliquer les avancées qui en découleraient. Cet épisode montre que l’homme n’a rien à faire des principes et des enjeux : ce qui compte, c’est lui. Peu importe si le pays n’avance pas et la population sans perspective. Ni son parti, ni le gouvernement issu des élections populaires, ni les alliés ne trouvent grâce à ses yeux.

Cette trahison lui a valu une sanction des instances nationales du Parti socialiste qui n’alla pas jusqu’à son exclusion. Jean-Claude Fruteau avait du mal à se retenir d’user de mots durs en constatant la « ruine » occasionnée par le « traitre » !

Cependant, la vraie sanction est venue du peuple

Il perdit les élections à la Mairie de Sainte-Rose en 2002, suivi du siège de conseiller général. Aujourd’hui, il doit son salut du seul fait qu’il a été placé sur une liste élue au scrutin proportionnel à l’échelle de La Réunion. En mars 2010, le “JIR” publiait un sondage IPSOS faisant apparaître son ancrage populaire : seulement 8% des sondés pensaient qu’il pouvait prétendre à la présidence de la Région alors que le panel des sondés comprenait 26% d’électeurs socialistes. Un mois plus tard, la sanction populaire était nette : 13% des suffrages exprimés. Bien loin des 30% de Paul Vergès qu’il se vantait de dépasser afin d’obtenir l’aval des militants du PS pour qu’il soit tête de liste. Amer après la défaite, il se vengea en provoquant la triangulaire qui aida Didier Robert et l’UMP à commencer l’œuvre de démolition économique et sociale.

Personne n’ose imaginer ce qu’il fera durant 6 ans, si les grands électeurs socialistes lui font confiance en septembre.

J.B.


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