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Mondialisation ultra-libérale : faire entendre la voix réunionnaise

Geoffroy Géraud-Legros / 22 juillet 2010

S’ils ne sont pas réellement identifiés par l’opinion, les effets de la mondialisation libérale n’en sont pas moins bien présents dans notre réalité. Avec l’entrée en vigueur des Accords de partenariat économique (APE) signés le 29 août 2009 à Maurice, La Réunion va être soumise sans préparation à la pression d’une concurrence de plus en plus insoutenable. Un enjeu néanmoins ignoré par la grande majorité des acteurs politiques et économiques, à l’exception du député européen Élie Hoarau. Face à l’urgence, celui-ci appelle à l’union la plus large pour saisir la dernière chance offerte aux Réunionnais de résister à l’ouragan de la mondialisation capitaliste.

Tous les jours, les Réunionnais entendent parler de « mondialisation », de « globalisation », de « liberté de circulation », de « marchés libres et non faussés »… Des termes omniprésents dans les journaux, les émissions de radio et de télévision, mais dont la plupart d’entre nous auraient bien du mal à identifier le contenu concret. Car au miroir de nos média, la mondialisation a des allures de « zistoir déor ». Un feuilleton télévisé quotidien mais lointain, où l’on envoie en Inde ou en Chine usines et activités, ou l’on parle pêle-mêle milliards, rigueur, crédits, ajustements structurels, plans sociaux…mais dont on nous fait sentir qu’il ne nous « touche » pas, au pays de l’Octroi de mer et de la surrémunération.

La mondialisation libérale : déjà une réalité réunionnaise…

Et pourtant : comme toutes les économies de la planète, l’économie réunionnaise est connectée au système global. S’ils ne sont pas perçus ni montrés, les effets de la mondialisation agissent de plus en plus fortement sur notre réalité. Une grande transformation dont témoigne aujourd’hui la disparition complète des sucriers réunionnais : avec le rachat par la multinationale Téréos des deux dernières usines encore en activité, c’est tout un pan de l’histoire réunionnaise qui disparaît… et c’est tout le rapport de force entre l’usinier et le planteur qui s’en trouve affecté, dans un sens qui n’est évidemment pas favorable à ces derniers.

… devenue menace avec les APE

C’est encore dans le quasi-silence des média que la mondialisation libérale a pris une dimension inégalée jusqu’àlors dans notre espace géographique, avec la signature à Grand Baie, le 29 août dernier, des Accords de partenariat économique (APE) intermédiaires. Cette convention entre, d’une part, l’Union européenne et d’autre part, un groupe d’États comprenant Madagascar, Maurice, les Seychelles, les Comores, la Zambie et le Zimbabwe vise, à terme, à établir une zone de libre-échange entre ces territoires et l’Europe. En clair : des produits fabriqués par des travailleurs bien moins rémunérés vont désormais concurrencer les productions réunionnaises, ruinant les producteurs locaux. De plus, l’Accord final s’applique aux services, laissant donc entrevoir des délocalisations de ces activités dans les pays voisins.
La Réunion a été défavorisée dès le stade de la négociation de ces Accords : alors que les États ont pu négocier des aménagements et des tempéraments, les Réunionnais n’ont tout simplement pas eu voix au chapitre, les autorités françaises ayant délégué la représentation de leurs intérêts à la commissaire au Commerce Extérieur d’alors, la baronne Catherine Ashton.

Élie Hoarau mène le combat

Méconnaissance de l’enjeu, silence volontaire… pour diverses raisons, la plupart des acteurs politiques, économiques et sociaux de notre île n’ont pas réagi à ce déficit de représentation des intérêts réunionnais. Élu député européen en 2009, Élie Hoarau a jusqu’ici mené seul, la bataille pour la connaissance par les Réunionnais de cette irruption dans notre pays du capitalisme mondialisé et pour la reconnaissance de leur droit à y faire entendre leur voix.

Rappeler l’Europe à ses principes

Une démarche qui exige avant toute chose que l’Europe applique les règles de bonne gouvernance dont elle se réclame, et engage un dialogue direct avec ceux qui feront les premiers les frais de sa politique dans la zone. Attirer l’attention des sommets de l’UE sur les problèmes d’une périphérie extrême, dont tous les territoires mis ensemble rassemblent tout juste 1% de la population européenne : la chose était loin d’aller de soi. En concertation avec les autres élus des Régions ultrapériphériques (RUP), notre représentant est pourtant parvenu à interpeller le dirigeant de la commission européenne en personne, José Manuel Barroso. But : obtenir la compensation pour les déficits actuels et à venir, consécutifs à l’application des APE et faire réaliser des études d’impact sur leurs conséquences à venir.

Saisir la dernière chance

Autant d’éléments essentiels pour amener la compréhension, la prise de conscience et la mobilisation des énergies réunionnaises. Un réveil collectif indispensable pour que notre pays ne finisse pas réduit au rang de victime impuissante de la tornade ultralibérale. Car de l’aveu de Manuel Barroso lui-même, une carte reste à jouer : les APE conclus dans notre zone sont encore à l’état intermédiaire. Ce qui laisse une étroite mais réelle ouverture pour arracher des compensations, des ajustements, des délais… en un mot, un respect minimal de nos spécificités.

Geoffroy Géraud-Legros


Les Réunionnais bénéficieront-ils des principes de bonne gouvernance ?

Réunis les 14 et 15 juillet derniers aux Seychelles, les participants à la réunion de l’Assemblée parlementaire paritaire entre l’Union européenne et les pays ACP ont réaffirmé les exigences minimales dans le processus des APE : transparence, association des élus à tous les stades d’élaboration et de mise en œuvre des Accords…

« Comme le prévoit clairement l’accord de Cotonou tel que révisé en 2010 à cet égard, la réunion régionale insiste sur la nécessité pour les parlementaires de surveiller de près la négociation, la conclusion et la mise en oeuvre des APE, afin d’évaluer constamment leurs répercussions sur les économies nationales, sur les moyens de subsistances des peuples et sur les priorités du développement, mais aussi pour veiller à ce que les APE contribuent à la consolidation des efforts d’intégrations existantes ».

… adaptation aux circonstances actuelles, marquées par la dépression de l’économie mondiale

« Les parlementaires insistent sur le fait que PUE devrait, lors des négociations en cours, faire en sorte que les APE contribuent à renforcer les processus d’intégration régionale et devraient être flexibles du fait de l’impact économique de la crise ».

(Extrait du communiqué final de la 5ème réunion régionale de l’Assemblée parlementaire paritaire ACP-UE)


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