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Nassimah Dindar : « Je ne regrette rien »

La présidente sortante du Conseil général

Témoignages.re / 19 mars 2011

Arrivée à la tête du Conseil général grâce à une majorité PS, PCR, Modem, Droite sociale, Nassimah Dindar confie « ne rien regretter » des choix faits en 2008. Même si cette majorité a dû surmonter certaines « crises » durant ces 3 dernières années, la présidente de la collectivité juge son bilan « positif ». A quelques jours des élections cantonales qui auront lieu les 20 et 27 mars prochain, Nassimah Dindar fait le point sur la mandature qui s’achève et évoque son avenir politique. L’élue ne cache pas sa volonté de briguer une nouvelle fois la présidence du Département. Et si elle n’est pas élue, « je resterai au poste de conseillère générale et je travaillerai avec la même passion », assure-t-elle. Quant aux Sénatoriales, elle dit vouloir « porter la voix de La Réunion au niveau national », mais affirme ne pas être « obnubilée » par cela. Entretien.

Votre mandature se termine. Vous avez été élue présidente en 2008 grâce à une alliance avec le PS, le PCR et le Modem. Vous le regrettez aujourd’hui ?

— Je n’ai absolument aucun regret. Si c’était à refaire, je le referais. Cet épisode m’a fait gagner en force.

En 2008, vous étiez présidente sortante d’une majorité de droite. Vos alliés politiques d’alors vous ont écartée, sans raison, disiez-vous à l’époque, de votre candidature à votre propre succession. Avez-vous obtenu finalement des explications à leur prise de position ?

— Je n’ai jamais obtenu d’explication, ni de la part des responsables nationaux de l’UMP ou de l’Élysée, et sur le plan local, encore moins.

Vous tenez rigueur à la droite réunionnaise ?

— J’ai un avantage extraordinaire, c’est celui de ne jamais tenir rigueur à qui que ce soit. Néanmoins, j’ai de la mémoire. Je trouve l’attitude de Didier Robert décevante. Il est jeune. Il est censé représenter le renouveau politique, et pourtant, je trouve ses attitudes, ses postures bien plus conservatrices, et il est bien plus replié sur lui que d’autres plus anciens avec lesquels j’aime à échanger régulièrement (allusion à Paul Vergès, ancien président de la Région – NDLR). Pour que La Réunion avance, les collectivités ont besoin de construire ensemble. La population a besoin de nous voir pacifier, la population a besoin d’harmonie. La population a besoin de vision. Le travail en commun doit transcender les clivages.

Comment s’est déroulée cette mandature à la tête de cette majorité hétéroclite ?

— Cela n’a pas toujours été simple. Au début, personne ne pouvait parier sur la réussite d’une telle majorité. Nous avons traversé des crises externes comme celles de l’ARAST ou les élections régionales. Il y a eu des tensions, mais cette majorité a tenu bon et notre engagement n’a pas dévié. Chaque conseiller général de la majorité est aujourd’hui conscient d’être une nouvelle force pour La Réunion.

Pensez-vous avoir été le ciment de cette alliance ?

— J’ai réussi à fédérer tout le monde, oui, j’ai privilégié le dialogue. Travailler au sein d’une majorité plurielle oblige à une concertation permanente. Cette démarche nous a permis de faire avancer nos projets dans le cadre d’une bonne gouvernance. Notre majorité termine donc ce mandat dans l’esprit d’un bilan d’action cohérent et solidaire. Cette majorité est déterminée à se renforcer pour maintenir le Conseil général dans le camp du progrès.

L’accord signé entre le PS et le PCR dans le cadre de ces Cantonales ne comprend pas la droite sociale dont vous êtes l’une des représentantes. Vous sentez-vous exclue par vos alliés de la majorité actuelle ?

— Je ne me sens aucunement exclue. Nous sommes partenaires au sein de cette majorité, et depuis 2008, nous n’avons rien formalisé ni avec le PS, ni avec l’Alliance, ni avec le Modem. Notre engagement est intact, puisque je me suis moi-même engagée dans la campagne, sur le terrain, avec chacun des candidats sortants de cette majorité.

Songez-vous à la présidence du Département pour la prochaine mandature ?

— Je n’exclus pas d’être présidente. Ce serait hypocrite de dire le contraire. Il y a encore tant de choses à améliorer. Mais on ne sait pas de quoi sera fait demain. Je ne veux pas anticiper sur quoi que ce soit. Il y a un premier tour et un second tour. A l’issue du scrutin, il reviendra aux conseillers généraux de décider de la future présidence. Si je ne suis pas présidente, je resterai au poste de conseillère générale et je travaillerai avec la même passion.

« Il y a tant de choses à améliorer », dites-vous. À quoi faites-vous allusion ?

— Au cours de mes deux mandatures, j’ai pris le temps de comprendre comment fonctionne la collectivité et je me suis rendu compte qu’il y a beaucoup de complexités administratives qui pourrissent la vie des gens. Il existe par exemple 5 prestations différentes pour les personnes handicapées. Et si on ajoute la problématique de l’illettrisme, les gens ne s’en sortent pas. Je me suis aussi toujours battue pour que le minimum vieillesse soit versé en début du mois. Et je sais que, tôt ou tard, le gouvernement s’alignera sur cette position. C’est un vrai challenge pour un élu d’organiser le territoire afin d’apporter les réponses appropriées à la population.

Qu’en est-il de ces « réponses appropriées » ?

— Nous avons fait beaucoup au cours de ce dernier mandat, mais nous sommes déterminés à aller encore plus loin ensemble et nous élever comme le rempart qui fait front contre des décisions pénalisantes pour La Réunion. Nous travaillons sur de nouvelles mesures pour adapter nos aides à une situation sociale inédite suite à la crise économique qui a frappé un grand nombre de familles réunionnaises.

Si vous êtes à nouveau présidente lors de la prochaine mandature, quels seront les grands axes de votre politique ?

— Nous aurons, notamment, à mettre en place des moyens pour traiter deux grandes questions : la priorité de l’emploi des Réunionnais et le traitement de l’urgence sociale. Nous voulons faire de l’emploi des Réunionnais une grande priorité de la prochaine mandature. Le parcours d’insertion professionnelle par l’activité et le parcours résidentiel — le logement, les déplacements — seront les deux piliers de notre prochaine action. Vous l’aurez compris, pour nous, l’emploi et le logement ne sont pas des slogans, ces secteurs sont basés sur des actions concrètes destinées aux familles réunionnaises.

Vous évoquiez aussi l’urgence sociale

— Une consultation populaire sera proposée pour permettre aux Réunionnais de prendre en main leur avenir. Si la majorité actuelle est confortée, à l’issue des élections, je proposerai à mes collègues conseillers généraux d’organiser les Assises de l’urgence sociale avant mai 2011. Les acteurs de terrain confrontés à ces situations difficiles et qui sont démunis face aux nombreuses problématiques de précarité et d’exclusion rencontrées au quotidien seront les contributeurs de nos propositions. À l’issue de nos travaux, un "cahier de doléances" sera établi et présenté aux candidats à l’élection présidentielle de 2012 comme étant la priorité réunionnaise : "Traiter l’urgence sociale" est une grande cause réunionnaise.

Allez-vous briguer le poste de sénatrice si vous n’êtes pas élue présidente du Conseil général ?

— Lorsqu’on a porté la voix des Réunionnais au niveau local, on pourrait aspirer à un moment à porter la voix de La Réunion au niveau national. Mais je ne suis pas obnubilée par cela. Je n’ai rien négocié. Je ne suis allée voir personne pour dire que je voulais être sénatrice.

Est-ce que vos alliés du Conseil général vous ont proposé de devenir sénatrice ?

— Ils ne me doivent rien et je n’ai pas négocié un poste de sénatrice avec qui que ce soit.

Quel bilan faites-vous de votre mandature qui s’achève ?

— La majorité a mis en place un projet de mandature autour de 5 axes prioritaires : la petite enfance, le logement social, l’éducation, l’aide aux personnes vulnérables et le développement durable. Nous avons pu contribuer à une meilleure cohésion sociale et aider ceux qui en ont le moins à accéder à une meilleure égalité des chances. Je tire donc un bilan positif de ces 3 dernières années. Jamais autant de mesures concrètes n’ont été mises en œuvre ou renforcées que durant ces dernières années. Le Conseil général a assumé sa mission de "bouclier social" tant auprès des précaires, des publics fragiles ou en difficulté. La crise qui nous frappe nous incite à ouvrir davantage nos interventions en particulier en direction des travailleurs qui ne s’en sortent plus.

Vous aviez fait de l’aide aux personnes vulnérables l’une de vos principales priorités. Quelles actions ont été mises en place ?

— Il est vrai que l’aide aux personnes âgées et aux personnes handicapées a été une priorité majeure de cette mandature. Nous avons reconduit le dispositif de Chèque santé qui a été largement utilisé au cours des 3 dernières années. Nous comptons aujourd’hui près de 20.000 bénéficiaires. Nous avons augmenté le nombre de places pour les personnes âgées et handicapées dans les centres d’accueil. Nous avons permis aux personnes âgées d’emprunter le bus gratuitement. Nous avons également doté les CCAS de véhicules utilitaires pour déplacer les personnes âgées. Nous avons aussi mis en place les Pass transport et loisirs pour les personnes porteuses de handicaps.

Ce tableau s’assombrit si on évoque la mise en liquidation judiciaire de l’ARAST (Association régionale d’accompagnement social territorialisé) en novembre 2009…

— L’ARAST était une association loi 1901 intervenant auprès des personnes dépendantes. En 2009, près de 40 millions d’euros d’argent public étaient injectés dans la structure. Elle a été liquidée par le tribunal suite à une mauvaise gestion. Aucun des 1.754 bénéficiaires de l’ARAST n’a subi de contre coup de cette mise en liquidation judiciaire, ni en termes de santé, ni en termes d’accompagnement. D’ailleurs, le Conseil général a continué à payer l’APA (Allocation personnalisée d’autonomie - NDLR) à chacune de ces personnes. Il nous a fallu prendre nos responsabilités et assumer que chaque euro dépensé parvienne directement au bénéficiaire, c’est-à-dire à la personne âgée, ce qui était loin d’être le cas pour l’ARAST, où une grande part de l’argent public était consacrée à des déficits et frais de structures astronomiques.

Vous parlez de 1.754 bénéficiaires alors que le chiffre de 4.000 bénéficiaires circulait lors des manifestations des salariés. Pourquoi un tel écart dans les chiffres ?

— Ce chiffre de 4.000 regroupe les prestations et le mandatement. L’ARAST avait un double rôle. Les salariés réalisaient un travail auprès de la personne vulnérable. Cela concernait ces 1.754 bénéficiaires. Pour le reste, c’était du mandatement. L’association faisait des fiches de paye pour les personnes qui préféraient avoir recours à l’assistance d’un membre de leur famille.

Pourquoi le dossier de l’ARAST peine-t-il tant à se refermer plus d’un an après sa mise en liquidation judiciaire ?

— Ce dossier traîne, car il a été politisé pour attaquer le Conseil général. Sur les 1.200 salariés de l’association, 601 ont retrouvé un travail à la fin 2010. Dans le même temps, 453 salariés bénéficiaient d’une convention de reclassement personnalisée et donc de leur salaire plein. La détresse de ces personnes a été de façon déplorable utilisée à des fins politiciennes. D’ailleurs, aujourd’hui, je crois que bon nombre s’en sont rendus compte. On a cru pouvoir m’éliminer politiquement avec ce dossier. Lorsque je lis la réouverture de l’ARAST comme promesse électorale, je me demande comment des candidats peuvent mentir de façon aussi grossière à la population. Nous devons aujourd’hui travailler en regardant l’avenir. L’avenir, c’est un besoin de 3.000 emplois dans les services à la personne, en phase avec le vieillissement de la population au cours des 5 prochaines années.


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