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« Ne craignez rien, M. le maire, nous sommes avec vous »…

Collectif Solidarité Claude Hoarau

Témoignages.re / 9 décembre 2011

Le 25 octobre dernier, Claude Hoarau subissait une garde à vue. En cause, l’octroi en 2009 de l’aide d’urgence prévue par la loi aux citoyens les plus pauvres, qualifiée « d’achat de voix » par l’institution judiciaire. Réunis au sein du “Collectif Solidarité Claude Hoarau”, des Saint-Louisiens, tous bénéficiaires de l’aide, ont exprimé hier leur solidarité envers le maire de Saint-Louis. Invité pour l’occasion, Claude Hoarau est revenu sur les accusations portées contre lui.

Ils étaient près de 50, rassemblés hier matin dans la salle d’un restaurant saint-louisien, derrière le stade Théophile Hoarau. Des citoyennes et des citoyens de Saint-Louis, des hommes, et surtout des femmes, de ces mères de famille qui, dans la situation de crise sociale et économique aiguë qui frappe notre île, sont les premières exposées aux difficultés. Toutes et tous ont eu, un jour, besoin d’aide. « D’aide », rappellent-ils, non de charité ou d’assistance. Tout naturellement, ils se sont tournés vers le maire, Claude Hoarau, afin de pourvoir à leurs besoins élémentaires.

« Ce dossier m’a l’air bien vide »

Cette aide, ont-ils rappelé, a été octroyée dans un cadre républicain, via le CCAS de Saint-Louis : ceux qui y étaient éligibles en ont bénéficié, sans distinction d’origine ou d’opinion. « C’est le travail d’un maire d’aider sa population, non ? », déclare Mme Coupaman, qui ajoute que « le maire Claude Hoarau a toujours reçu tout le monde. On ne peut pas dire qu’il a donné à un et qu’il n’a pas donné à l’autre. On ne peut pas dire qu’il a fait des préférences ». Une justice dans l’aide aux personnes en détresse qui n’est même pas contestée par l’opposition. « Bien sûr que nous avons aidé aussi des gens qui ne sont pas de notre bord politique », se souvient le maire de Saint-Louis. « D’ailleurs, précise-t-il, j’ai moi-même demandé aux gendarmes : quelqu’un est-il venu vous dire qu’on lui aurait demandé sa voix, en échange d’une aide d’urgence ? Ou même qu’on lui aurait dit : “b’lie pa nou an ka si i ar’vote”… Ils m’ont répondu : « non, monsieur Hoarau, on ne nous a rien dit de la sorte »… Et ils ont, semble-t-il, entendu près de 150 personnes, parmi lesquelles, je vous l’assure, il n’y a pas que des partisans de Claude Hoarau. Ce dossier m’a l’air bien vide… ». Plusieurs membres du collectif présents hier disent avoir été eux aussi heurtés par l’accusation d’achat de voix. « Nous avons des difficultés, mais nous ne sommes pas à vendre », affirme cette dame, venue soutenir celui qu’elle appelle « son maire ». « Lui, il donne à tous autant qu’il peut, il y a tellement de malheureux… pas comme d’autres, qui ne recevaient pas la population, n’aidaient personne sauf leurs amis ».

Le devoir d’un élu

« C’est sans doute la première fois qu’un maire est directement atteint de la sorte, en plein cœur de son travail républicain », s’indigne Claude Hoarau, invité par les membres du Collectif. « On me dit : vous avez donné 400 euros à untel, mais êtes-vous certain que ce untel les méritait vraiment ? Êtes-vous certain que cette personne que vous avez aidée était suffisamment dans le besoin ? Je ne peux ni entendre, ni comprendre cet argument. Il y aurait donc, au-dessus du maire, une instance suprême, qui a le pouvoir de dire qui est suffisamment indigent et qui ne l’est pas ? ». Le premier magistrat saint-louisien a pointé les contradictions que comporte l’accusation d’achat de voix elle-même.

« Il n’y a pas de demi-maire »

Celle-ci repose, a-t-il rappelé, sur la proximité entre l’aide apportée à la population et la tenue d’élections futures… elles-mêmes soumises, à l’époque des faits, au succès d’un recours en annulation du scrutin qui, en 2008, avait porté Claude Hoarau à la fonction municipale. « Si je comprends bien la justice, j’aurais dû m’abstenir de toute action en tant que maire, c’est à dire ne rien faire, en anticipant l’annulation de ma propre élection », résume Claude Hoarau. Un argument qui, affirme ce vétéran de la politique, ne tient guère la route, rappelant les cas anciens ou récents — dont le scrutin de Sainte-Rose, en 2008 — où le Conseil d’État n’avait pas confirmé le jugement de première instance. Et de rappeler, non sans ironie, « qu’au cours de cette même période, on me demandait de terminer une caserne de gendarmerie. Alors, comme cela, je serais assez maire pour installer des gendarmes, mais pas assez maire pour aider la population, dans l’une des villes réunionnaises les plus touchées par la crise. Eh bien non, cela ne marche pas comme cela, personne dans une République ne peut faire d’un maire un demi-maire. Pas même un juge. Et je continuerai de me battre pour ceux qui souffrent, quoique l’on fasse contre moi ».

« C’est le gouvernement »

« N’ayez pas peur, M. le maire, nous sommes avec vous », lance une femme de l’assistance avec émotion, tandis que des « on ira au tribunal avec vous », « on vous défendra, on est prêts » fusent dans la grande salle. « Akoz i koz ryink su Sin-Lui ? Akoz i acharne su Claude Hoarau ? », se demande un homme au troisième rang. « Ou domand aou poukoué ? Ou domand aou ankor ? », lui répond malicieusement Mme Florenci, l’une des porte-parole du Collectif. « I fo néna in nafèr derrière »… En écho à ces propos, des remarques s’élèvent du public contre la politique du gouvernement. « C’est encore ce gouvernement »… « Sarkozy veut casser la gauche »… « On ne les laissera pas faire, on s’est toujours battus pour vous parce que vous êtes un Juste, et on se battra encore », déclare Mme Ethève, impliquée dans l’animation du Collectif. « La révolte est légitime, face à l’injustice », a déclaré Claude Hoarau, paraphrasant les célèbres propos de la Constitution de 1793, la plus démocratique de l’histoire républicaine. « Les conseilleurs ne sont pas les payeurs, les donneurs de leçons ont le ventre plein », a conclu le maire de Saint-Louis, qui affirme lui aussi sa volonté de « continuer le combat ».

Patrick Saint-Alme


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