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Ne pas désespérer et ouvrir les voies de l’avenir

Sur le blog de Paul Vergès

Témoignages.re / 5 juillet 2011

Rien de bien rassurant dans les informations distillées au jour le jour dans la presse locale, au contraire !

Avec le retrait du groupe Foucque de la commercialisation des motos et le durcissement des banques vis-à-vis du financement du plan de sauvetage du groupe Caillé, l’image d’entreprises locales actives est mise à mal, et le sort de plusieurs centaines de salariés en suspens.

Coût humain

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Dans un autre domaine, celui du secteur agricole, la fermeture de l’abattoir Grand Matin, à l’entrée de Grand îlet, sonne la régression de l’activité d’élevage. Là encore, outre la menace sur la situation concrète des éleveurs du cirque de Salazie, c’est tout un symbole : cet espace géographique de l’intérieur de l’île était traditionnellement voué à l’agriculture et à l’élevage et sa population disposait d’un savoir-faire transmis de génération en génération. La logique de rentabilité économique de la concentration (une seule structure prévue dans le Sud) peut-elle faire l’impasse sur le sort des travailleurs et de leurs familles ? Quel sera le coût humain ?
Toujours dans le domaine agricole, la CGPER négocie actuellement avec Tereos pour que les planteurs puissent reconquérir en partie ce que les accords de la Fédécanne avaient abandonné aux sucriers en l969 ; leur part, c’était, outre le sucre, leurs droits sur la vente de ce qu’on appelle à tort, vu leur valeur ajoutée, « les sous-produits de la canne », bagasse, rhum… des sous-produits qui ont constamment enrichi depuis les usiniers.

Le recul du capital réunionnais


Dans le secteur industriel, dans le secteur agricole et dans celui de la grande distribution, on constate le recul du capital réunionnais au bénéfice d’un capital extérieur à notre île. Cela signifie un accaparement d’un patrimoine matériel et immatériel produit, accumulé et transmis par les planteurs de canne et les ouvriers d’usine sur plusieurs générations. Ajoutons à cela le capital intellectuel et scientifique constitué par les recherches et expérimentations du CERF concernant de nouvelles variétés de canne à sucre.
Il y a donc un recul du capital réunionnais investi dans des secteurs productifs et une aggravation des conditions du dialogue social quand un des partenaires, lointain, ne se soucie pas des intérêts de La Réunion en tant que collectivité économique et sociale, avec ses atouts et ses contraintes spécifiques.
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Gravité exceptionnelle


L’intransigeance actuelle du MEDEF concernant la prime COSPAR de 50 euros versée à des dizaines de milliers de salariés, négociée en 2009 et applicable jusqu’au 31 décembre 2011, est nécessairement ressentie comme un retour en arrière.
Enfin, la mesure de baisse de la TVA dans le secteur de la restauration n’a pas eu d’effets significatifs sur les salaires et les embauches.
On pourrait continuer ainsi les exemples montrant que loin de sortir, si peu que ce soit, de la crise, La Réunion, s’y installe, s’y enfonce.
Le prochain bilan de l’INSEE donne les éléments chiffrés de cette récession : le produit intérieur brut de La Réunion (PIB) a chuté de 0,2% en 2010. Si on ajoute le chiffre de 147.000 personnes soit inscrites au Pôle emploi (118 000) soit n’ayant eu que des emplois précaires, on voit que la situation de l’emploi à La Réunion est d’une gravité exceptionnelle, pire que celle de l’Espagne ou de la Grèce qui préoccupent les instances européennes.
Présent inquiétant, avenir incertain avec l’arrivée supplémentaire chaque année de personnes actives sur ce qu’on appelle le marché du travail, et qui risque d’être le marché du chômage ! Les grands chantiers programmés par l’ancienne direction de la Région Réunion donnaient un ballon d’oxygène. L’actuel président affirme vouloir « purger le passé », n’est-il pas en train de « purger notre avenir », autrement dit de faire le vide et de creuser la fosse !
Il ne s’agit pas de croire au miracle d’une amélioration subite et totale de la situation dans 10 mois, après les élections présidentielles ; il s’agit que les politiques montrent à la fois leur conscience lucide de la crise et leur volonté d’ouvrir les pistes du véritable changement et cela sans attendre. Sinon ces politiques livreraient le peuple au désespoir, celui des violences quotidiennes, celui de l’abandon à l’alcool et à la drogue. Kréol i di byin : afors alé alo, kalbass i pèt !


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