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Nicolas Sarkozy ou Alain Juppé : ce qu’ils promettent aux Réunionnais

Remise en cause des acquis sociaux issus de décennies de luttes

Manuel Marchal / 27 mai 2016

Six mois après Alain Juppé, un autre prétendant aux primaires de la droite est en visite aujourd’hui à La Réunion, c’est l’ancien président de la République, Nicolas Sarkozy. À la lecture des programmes, force est de constater bien peu de différence. Tous les deux veulent opérer des coupes franches dans la fonction publique, offrir de nouveaux cadeaux fiscaux au patronat, remettre en cause le Code du Travail en laissant les entreprises faire chacune leur loi ce qui ouvre notamment la porte à une extension du temps de travail à 48 heures par semaine, limite fixée par une directive de l’Union européenne. Les électeurs potentiels de la primaire de la droite peuvent s’interroger : à quoi bon voter pour Nicolas Sarkozy ou un de ses anciens ministres ?

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Photo Toniox

Le 15 mars dernier, Victorin Lurel a présenté au ministère de l’Outre-mer un rapport présentant des propositions et des recommandations pour répondre à l’objectif d’égalité réelle dans l’Outre-mer annoncé en mai 2015 par François Hollande. Le 18 mars, le document a été présenté au Premier ministre. Manuel Valls a annoncé que ce rapport allait servir de base à une loi d’orientation votée d’ici la fin de l’année. Cela constituera de fait le programme de François Hollande pour l’Outre-mer si le président sortant est candidat à sa succession.

Parmi les autres candidats potentiels à l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy a été le premier à réagir. Cela s’est traduit dans un document publié à la suite d’une journée d’échanges du parti les Républicains sur le thème des finances publiques.

Première cible : les fonctionnaires

Ce document demande la suppression de la sur-rémunération et chiffre l’économie dégagée. Cette somme sera réintégrée dans le budget de l’État, dans le cadre d’un vaste plan d’austérité prévoyant notamment la suppression de 300.000 postes de fonctionnaire pour réaliser 7 milliards d’économie. Cette mesure viserait à contribuer à une réduction des dépenses publiques en dessous de 50 %, valeur qui serait inscrite dans la Constitution.

Cette proposition s’inscrit dans un programme qui comprend notamment pour les fonctionnaires les mesures suivantes : tout d’abord relever la durée de travail de 35h à 37h par semaine (payées 37) et de 37h à 39h pour les volontaires. Le candidat souhaite aussi revenir à la règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Mais il veut surtout mettre fin au statut systématique des fonctionnaires à vie. Et les règles de calcul des nouveaux fonctionnaires seront les mêmes que dans le secteur privé, ce qui mettrait fin à un régime spécial qui permet aux fonctionnaires en poste à La Réunion de cotiser pendant 3 ans pour une valeur de 4.

48 heures par semaine, nouvelle limite du temps de travail ?

Pour le dialogue social, l’ancien président de la République est dans l’esprit de la loi El Khomri. Le Code du Travail aurait pour but de garantir des droits fondamentaux, tout le reste se négocierait dans les entreprises. Ce serait le cas du temps de travail.

Avec Nicolas Sarkozy, fini la retraite à 60 ans. Dans ce cas, qui pourrait empêcher un patron d’imposer le maximum prévu par l’Union européenne, c’est-à-dire 48 heures par semaine ? L’âge légal passerait à 63 ans en 2020, et 64 en 2025.

Il veut aussi supprimer l’impôt sur les grandes fortunes, et réduire de plus de 10 milliards les cotisations et impôts payées par les entreprises.

Retraite : retour 35 ans en arrière

La visite de Nicolas Sarkozy dans notre île suit de quelques mois celle du favori de la primaire de la droite selon les sondages, c’est-à-dire Alain Juppé.

Pour la fonction publique, le maire de Bordeaux voudrait remettre en place le non-remplacement d’un départ en retraite sur deux. Pour les dépenses publiques, il promet un plan d’économies de 100 milliards et vise lui aussi de limiter leur part à 50 % du PIB.

Concernant le droit du travail, les discussions se feraient dans les entreprises. Cela implique que la durée du temps de travail peut allègrement dépasser 35 heures. La seule limite est le maximum fixé par une directive européenne, soit 48 heures.

Alain Juppé veut lui aussi supprimer la retraite à 60 ans et revenir à la situation d’il y a 35 ans : pas de départ à la retraite avant 65 ans.

Il veut lui aussi supprimer l’impôt spécifique payé par les plus riches, tout comme il est prêt à accorder également de nouveaux cadeaux fiscaux aux patrons.

Il est à noter que les programmes des autres candidats à la primaire de la droite ne s’écarte pas beaucoup de ses grandes lignes.

Cela pose une question aux électeurs potentiels du scrutin qui doit désigner le candidat de la droite à la présidentielle de 2017 qui sera soutenu par les Républicains.

Pourquoi préférer voter pour Nicolas Sarkozy plutôt que pour son ancien Premier ministre, François Fillon, son ancien ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, son ancien ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, ou son ancienne ministre de l’Écologie, Nathalie Kosciuzko-Morizet ?

M.M.


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