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Notre crédibilité auprès de l’Europe est en jeu

Ceux qui refusaient de voter pour les fonds européens sont au pouvoir : 650 millions d’euros en retard d’utilisation

Manuel Marchal / 2 juillet 2012

Lors d’une conférence de presse vendredi, les conseillers régionaux de l’Alliance ont alerté sur les graves conséquences du retard pris dans l’utilisation des fonds européens. Ces élus sont prêts à participer à une réponse unitaire pour éviter que ces crédits échappent à La Réunion. Comment sommes-nous arrivés à cette crise ?

Jeudi, un coup de tonnerre : 650 millions d’euros de fonds européens n’ont pas été encore utilisés. Les conséquences immédiates et à plus long terme sont importantes. La Réunion pourrait en effet perdre un grand crédit dans son partenariat avec l’Europe.
C’est en effet la remise en cause d’une constante dans les relations entre l’Europe et La Réunion. Notre île a des besoins spécifiques, et ils s’apprécient d’abord à nos particularités géographiques : nous sommes en effet une île dans l’océan Indien, bien loin de l’Europe, avec des retards structurels considérables, conséquence de plusieurs siècles de colonisation.
C’est la reconnaissance de ce fait qui est à l’ordre du jour dès l’élection de Paul Vergès au Parlement européen en 1979. Tous ces efforts vont amener la visite d’une délégation du Parlement européen en 1985. 12 ans plus tard, en 1997, La Réunion est reconnue dans l’Union européenne en tant que région ultrapériphérique.

Un niveau exceptionnel pour 2006-2013

Parallèlement à cette intégration, La Réunion a droit à des crédits importants de l’Europe pour co-financer la construction d’infrastructures, soutenir l’économie et développer la formation. Notre île est en effet classée dans l’Objectif 1, devenu depuis Objectif Convergence, qui signifie que nous sommes parmi les régions qui ont le plus faible revenu par habitant de l’Union européenne. Mais avec l’élargissement de l’Union européenne vers l’Europe centrale et orientale, le plafond de l’Objectif Convergence a diminué. Des pays composés quasi-exclusivement de régions au niveau de vie inférieure à celui de notre île ont intégré l’Union européenne. Car en 2004, l’UE est passée de 15 à 25 pays, puis à 27 en 2007.
C’est donc dans ce contexte nouveau que s’étaient déroulées les discussions pour l’attribution des fonds structurels pour la période 2006-2013. Il y avait donc davantage de régions éligibles, avec autant, voire plus de retards structurels que La Réunion vis-à-vis de la moyenne européenne.
Dans de telles conditions, obtenir le maintien au même niveau des fonds structurels était une victoire exceptionnelle. Deux faits avaient appuyé les revendications réunionnaises. Tout d’abord, la gestion exemplaire qui avait permis de constater que tout ce que l’Europe apportait était intégralement utilisé selon ses critères. Ensuite, il y avait les projets présentés. Les programmes opérationnels européens pour cette période ont ainsi pu être maintenus au-dessus du milliard d’euros.

Des élus opposés aux fonds européens

Mais il y avait à La Réunion des forces politiques qui n’étaient pas d’accord avec cette vision de développement permettant de compter sur le soutien des fonds structurels. Le 13 février 2007, les conseillers régionaux avaient à se prononcer sur le tram-train, la nouvelle route du littoral, le Contrat de projet État-Région et les Programmes opérationnels européens.
Force est de constater qu’il n’y eut pas l’unanimité sur cette question. Du côté de l’UMP, deux élus ont refusé de voter pour : Thierry Sam Chit Song et Didier Robert. Quant aux élus du PS emmenés par Michel Vergoz, aucun n’a voté pour.
Comment alors s’étonner quand, trois ans plus tard, les mêmes protagonistes décidèrent d’empêcher la liste progressiste sortante d’être reconduite à la présidence. La victoire de l’UMP grâce au maintien de la liste PS n’était pas un fait conjoncturel, mais bien le résultat d’une convergence idéologique.

L’urgence de redresser la situation

Ce qui permet d’en déduire que le retard de 650 millions d’euros dans l’utilisation des fonds européens est une conséquence de tout cela. Car ce sont ceux qui avaient refusé de voter pour les Programmes opérationnels européens qui sont aujourd’hui en responsabilité pour œuvrer à leur emploi. S’ils ne sont pas sur une ligne de développement, comment pourrait-il du jour au lendemain se transformer en des bâtisseurs de La Réunion ? Un fait est révélateur : aucun lycée lancé par l’équipe en place depuis 2010 n’a été inauguré, et il y a fort à parier que cela reste comme cela d’ici 2013, date de fin d’engagement des fonds européens.
Voilà pourquoi toutes les bonnes volontés sont nécessaires pour ne pas que La Réunion perde auprès de l’Europe une crédibilité qu’il a fallu construire patiemment depuis 1979, c’est-à-dire depuis plus de 30 ans.

M.M.



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Messages






  • Au delà des dispositions financières non utilisées, il existe des textes de Zone Européenne de Développement Régionale, (ZEDR), en faveur des régions ultrapériphériques. A ce jour, il est regrettant de constater qu’aucun élu ne revendique cette mesure dont Madère, les Açores bénéficient. Ces Régions ont réduits leurs importations, développer des secteurs économiques, créé des entreprises, réduits leurs taux de chômage. Les élus des DOM refusent cette disposition car ils sont à la botte des monopoles d’importations. La Réunion, seul département à utiliser l’octroi de mer est plus ancré dans ce sytème pervers issu de la colonisation.
    Combien de fonds perdus servant au peuple afin de favoriser les plus riches à s’enrichir davantage ?

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  • L’heure est grave. Elle n’est plus aux querelles de clocher. Avançons !
    Avançons "pour un développement économique, écologique, social, plus juste et durable".
    Le montant est important et nous donne le vertige.
    "650 millions d’euros de fonds européens n’ont encore utilisés".
    Du jamais vu ! Notre crédibilité est en jeu , surtout en cette période de crise . Rectifions le tir au plus vite, avant même l’arrivée de "la délégation spéciale". Avançons.

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