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« Nous avons la preuve que la route du littoral ne se fera pas »

Coup de tonnerre à la Région

Manuel Marchal / 22 juin 2013

Hier en assemblée plénière, le Conseil régional a notamment débattu du compte administratif 2012 et d’une demande de crédits supplémentaires pour boucler le budget 2013. La lecture des chiffres présentés par la Région montre clairement qu’elle sera incapable de financer la nouvelle route du littoral à cause de l’envolée des dépenses de fonctionnement depuis l’arrivée de Didier Robert à la présidence de la collectivité.

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Les élus de l’Alliance votent pour la motion qu’ils ont présentée sur le RSTA. Le texte a été adopté hier à la Région.

Après l’annonce d’un transfuge, la lecture de plusieurs motions et le débat sur celle présentée par l’Alliance, les conseillers régionaux ont abordé le dossier stratégique : le compte administratif 2012.

Avant les premières interventions, Élie Hoarau a rappelé le contexte du débat. Les grèves se succèdent. Les contraintes budgétaires s’aggravent. Défiscalisation et exonérations sociales sont menacées. C’est aussi la présentation la semaine prochaine au Commissaire à la politique régionale d’un Pacte territorial par la Région, un document dont l’Alliance ignore le contenu. Élie Hoarau conclut en demandant un débat sur ces questions.

Puis après un bref rapport de Didier Robert, c’est Camille Sudre qui intervient. Il distribue aux élus les conclusions du rapport du cabinet Klopfer. Ce dernier a fixé le cadre budgétaire qui peut permettre à la Région Réunion de financer le projet de nouvelle route du littoral. Mais force est de constater que la Région ne cesse de s’écarter de la feuille de route.

En 2012, au lieu de l’objectif fixé à 342 millions d’euros, les dépenses de fonctionnement ont atteint 360 millions d’euros. Et pour 2013, elles atteindront sans doute 382 millions au lieu de 350… c’est terminé.

La Région finira-t-elle comme Le Tampon ?

En effet, si Didier Robert veut entretenir l’illusion de la promesse, il doit impérativement empêcher la dérive des dépenses de fonctionnement. La limite à ne pas dépasser est à 1,8%. Mais en 2012, la hausse a été de 26%. De plus, la "trajectoire budgétaire" interdit le recours à toute modification du budget prévisionnel en cours d’année pour éviter toute nouvelle dépense. Or, hier une décision modificative a eu pour conséquence un nouvel ajustement à la hausse des dépenses de fonctionnement.

Les faits sont têtus, et pour Camille Sudre l’analyse est claire : Didier Robert est « incompétent à gérer un budget ». Une répétition de la facture à payer des années "Didier Robert maire du Tampon", dit en substance André Thien Ah Koon.

Pour tenter de sauver ce qui encore l’être, Camille Sudre propose une solution de sagesse : le recours à la Mission d’expertise économique et financière du ministère des Finances (MEEF). Cette MEEF avait été sollicitée pour examiner la faisabilité financière du tram-train. Elle avait validé la capacité de la Région dirigée par Paul Vergès à financer ce grand chantier. Didier Robert serait donc bien inspiré d’avoir le même principe de précaution vis-à-vis de l’utilisation des fonds publics.

Réponse : les attaques personnelles

Car contrairement à ce qu’affirme l’ex-recteur Cadet, le dérapage des dépenses de fonctionnement n’est pas un accident de parcours. C’est ce qu’a démontré une autre universitaire, Maya Césari : 18% de hausse en 2011, 26% en 2012 par rapport à 2011, « comment croire qu’en 2013 on va atteindre cette trajectoire d’équilibre avec cette hausse continue. Comment changer de méthode de gestion ? Car les dotations de l’État et les recettes fiscales vont diminuer », précise la conseillère régionale de l’Alliance.

À ces faits précis et concrets, les réponses de la majorité ont été de trois ordres : tout d’abord des attaques personnelles contre Camille Sudre, ensuite le rappel qu’en 2011, la Caisse des dépôts avait signé avec la Région une convention prévoyant la signature possible d’un contrat de prêt de 500 millions d’euros. Didier Robert a annoncé que le contrat sera signé en août… tout comme était prévue la venue de Fillon à La Réunion pour signer un accord pour supprimer le tram-train ? Enfin, le président de Région affirme que suite à la lettre de l’Alliance demandant au préfet de saisir la MEEF, ce dernier aurait dit par écrit son refus dans une lettre qui n’a pas été montrée, et dont Jean-Louis Lagourgue ignorait la date… Bref, le spectacle d’une majorité ébranlée qui n’a pas été en mesure de prouver qu’elle tiendra la promesse de Didier Robert.

M.M.

La réécriture de l’histoire

Didier Robert n’a pas perdu son habitude de réécrire l’histoire. Selon lui, Paul Vergès n’a rien fait à la Région. Pour la route des Tamarins, le président de Région persiste à dire que l’Alliance s’est bornée à exécuter un projet initié par Pierre Lagourgue… Comment expliquer un tel acharnement ?

Didier Robert messager du préfet ?

Sous la signature de Camille Sudre, l’Alliance a écrit au préfet pour lui demander de prendre une mesure de sauvegarde des fonds publics : l’envoi d’une Mission d’expertise économique et financière pour dire si la Région est capable ou pas de financer la nouvelle route du littoral.

À ce jour, l’Alliance n’a toujours pas reçu la réponse du représentant de l’État. Faut-il alors croire que Didier Robert est le messager du préfet ? Il a en effet annoncé la réponse négative du fonctionnaire à la demande de l’Alliance. C’est même à Didier Robert qu’aurait été adressée la réponse du préfet à l’Alliance… Cette affirmation amène à s’interroger.
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