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« Nous pouvons avoir les 7 députés de la majorité présidentielle »

Le PCR prêt à s’engager pour une victoire totale des forces du changement aux législatives

Manuel Marchal / 23 mai 2012

Lors d’une conférence de presse organisée hier à Saint-Denis, Paul Vergès et Élie Hoarau ont donné la position du Parti communiste réunionnais au second jour de la campagne officielle des législatives, et à moins de trois semaines du scrutin. Les enjeux, la tactique et les principes étaient à l’ordre du jour de cette rencontre avec les journalistes.

À l’occasion d’une rencontre avec les journalistes, Paul Vergès et Élie Hoarau ont clarifié la position du Parti communiste réunionnais sur plusieurs points clés des élections législatives qui doivent logiquement déboucher sur un changement de majorité au Parlement le 17 juin prochain.
Le PCR souligne tout d’abord « l’impression d’une rupture considérable entre le niveau du débat politique actuel et la gravité des rendez-vous devant nous ». Car jamais la Cinquième République n’a été dans la situation qu’elle peut connaître dans trois semaines. Tout d’abord, depuis le 6 mai dernier, le président de la République est issu de l’opposition. Cette même opposition a aussi la majorité au Sénat depuis l’an dernier, détient la présidence de la quasi-totalité des Régions, de la majorité des Conseils généraux et des grandes villes. À cela pourra s’ajouter dans trois semaines un changement de majorité à l’Assemblée nationale, en cohérence avec le résultat de la présidentielle.
Ce que Paul Vergès qualifie de « bloc institutionnel » est important, compte tenu des étapes qui marqueront le mandat de François Hollande, qui pourra éventuellement être prolongé jusqu’en 2022 en cas de réélection en 2017.
Ces dix prochaines années seront celles d’importants changements au niveau international et dans notre région. Madagascar comptera 30 millions d’habitants, la Chine disputera aux Etats-Unis le rang de première économie du monde, les effets du changement climatique seront encore plus présents, tandis que l’économie mondialisée continuera d’évoluer.
Voilà donc les défis auxquels sera confronté le nouveau pouvoir en France. Ce dernier a besoin d’une majorité parlementaire pour gouverner, c’est l’objectif recherché lors des législatives des 10 et 17 juin.

L’importance du programme

À La Réunion, ces élections se dérouleront dans un contexte de redistribution du paysage politique de La Réunion. À partir de l’élection présidentielle se dessinent les contours de la majorité présidentielle à laquelle appartiennent le PCR et le PS. L’opposition, c’est l’UMP. Quant au MODEM, il ne fait pas partie de la majorité présidentielle (voir encadré).
La Réunion a apporté une large contribution à la victoire de François Hollande. Si elle ne représente que 1% des inscrits, elle constitue plus de 10% de sa majorité (un écart de 172.000 voix sur un écart total de 1.139.000 de voix).
Le PCR estime qu’il est possible qu’au soir du 17 juin, la majorité présidentielle puisse obtenir sept députés sur sept à La Réunion.
Ces sept députés pourront soutenir le programme du président de la République. Paul Vergès rappelle que pour ce qui constitue le volet outre-mer, le PCR a contribué aux 30 propositions de François Hollande. Et pour l’aspect spécifiquement réunionnais, la lettre de François Hollande à Élie Hoarau.
C’est sur le programme que doit se porter le débat, afin notamment d’en finir avec les emplois aidés distribués à la veille des élections.
Pour le PCR, la proposition est très claire : « nous pouvons avoir les 7 députés de la majorité présidentielle, tout dépendra de nos partenaires, nous sommes prêts à aider ».

La question du désistement républicain

Pour atteindre cet objectif se pose alors la question de l’attitude à observer entre les deux tours. Désistement ou pas désistement ?
Pour Paul Vergès, ce point doit être clarifié, « cela joue entre allié, et contre les adversaires de la majorité présidentielle, y compris contre les deux dirigeants du MODEM local », Nassimah Dindar et Thierry Robert. Et de rappeler que si au premier tour on choisit, et au second on élimine, c’est la droite que l’on élimine et pour cela il faut qu’il y ait un danger venant de la droite.
Lors des dernières cantonales en 2011, et aux législatives de 2007, le PCR a appliqué la règle du désistement républicain. Mais en 2010, le PS avait décidé de ne pas respecter ce principe, ce qui permit la victoire de l’UMP avec les conséquences que tout le monde connaît (voir encadré). Ce refus du PS n’a toujours pas été expliqué.
Pour que la majorité présidentielle ait les 7 députés, il faut le respect du désistement républicain, dit en substance Paul Vergès qui s’adresse au partenaire du PCR : « Nous sommes prêts à appliquer ce principe, mais donnez-nous l’assurance que vous appliquerez ce désistement et que cela se fasse avec des engagements écrits, réciproques, publics, et après les explications ».

Manuel Marchal

2010 : le PS décide de ne pas respecter le désistement républicain

En 2007, Elie Hoarau et Pierre Vergès ne s’étaient pas maintenu et avaient appelé à voter pour les candidats socialistes arrivés devant eux. En 2011, le PCR avait soutenu Gérard Françoise arrivé devant Alain Zanéguy aux cantonales.

Aux régionales de 2010, le PS est très clairement derrière l’Alliance arrivée en tête, et l’UMP en seconde position. La priorité doit être de tout faire pour battre l’UMP. Les discussions vont même aller jusqu’à la direction nationale du PS, où l’application de la règle de D’Hondt permet de donner aux membres de la liste PS une juste représentation sur la liste d’union.

Il ne reste plus qu’à signer l’accord, et c’est quelques heures avant la signature prévue qu’Élie Hoarau apprend de Jean-Jacques Vlody que la liste PS ne viendra pas signer. Le PS a donc décidé de ne pas respecter le désistement républicain au profit de l’Alliance, ce qui a fait gagner l’UMP. « On a vu les conséquences : refus du tram-train, de la nouvelle route du littoral, de la MCUR, rejet des énergies renouvelables. Il n’y pas un tel exemple dans l’histoire de la République d’un cadeau fait à un adversaire pour nuire à un allié », rappelle Paul Vergès.

Deux ans après ces faits, ceux qui ont refusé le désistement républicain n’ont toujours pas donné d’explication.

Écarter la présidente du Conseil général et le maire de Saint-Leu

Dans le centre, il existe un parti, le MODEM, présidé par François Bayrou. Ce dernier a pris la position individuelle de voter pour François Hollande, mais a refusé d’engager son parti à soutenir le futur président de la République. Le MODEM se tient donc en dehors de la majorité présidentielle.

L’objectif des élections de juin sera de renforcer la majorité présidentielle, c’est-à-dire battre l’UMP et d’écarter tous ceux qui se refusent à se compter dans la majorité présidentielle.

Parmi ceux qui espèrent être élus figurent la présidente du Conseil général, responsable du MODEM, et Thierry Robert, MODEM proclamé.

« Si nous voulons faire l’unanimité des élus de la majorité présidentielle, nous devons écarter ceux qui n’en sont pas : la présidente du Conseil général et le maire de Saint-Leu », précise Paul Vergès qui s’interroge : « Pourquoi ces candidats ne disent pas qu’ils ne sont pas de la majorité présidentielle, pourquoi leurs concurrents ne le disent pas, y-a-t-il des arrangements derrière la cuisine ? »

Quel mandat choisiront les maires élus députés ?

Le gouvernement annonce que le vote d’une loi sur le non-cumul des mandats figure dans ses priorités. Un bouleversement s’annonce à La Réunion. « Tous les maires sont dans la catégorie des surémunérés », indique Paul Vergès. Et ils sont conseillers généraux pour la plupart.

La fin du cumul des mandats facilitera la montée de cadres nouveaux en donnant de la place aux jeunes et en permettant de réaliser la parité hommes-femmes. Tels sont les objectifs du projet de loi.

À La Réunion, « 10 maires sont candidats aux législatives, ainsi que 2 adjointes de Saint-Denis, le 1er adjoint de Saint-Paul, un adjoint à Saint-Louis », poursuit Paul Vergès.

Il rappelle qu’« à Sainte-Suzanne, nous destinons à Maurice Gironcel le mandat de député », il devra donc choisir. Au Port, c’est le même problème, ajoute Paul Vergès, qui reprend en substance les propos de Jean-Yves Langenier : « quand je serai élu je poserai le problème devant la section du parti et le Conseil municipal ».

« Mais que feront d’autres maires s’ils sont élus ? Que fera la présidente du Conseil général en cas d’élection ? Quel est le mandat qui sera choisi ? », ajoute en substance Paul Vergès. Comment expliquer ce « silence total » ? Est-ce dû à l’ignorance du programme présidentiel ?


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