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« Nous sommes responsables de notre sort »

L’Alliance et les enjeux à venir

Geoffroy Géraud-Legros / 7 avril 2011

L’épisode des cantonales est clôt, déclarait en substance Paul Vergès en introduction à la conférence de presse donnée hier par l’Alliance dans son local dionysien. Entouré des conseillères régionales Aline Murin-Hoarau et Béatrice Leperlier, de Jean-Hugues Ratenon, président de l’Alliance des Réunionnais contre la pauvreté (ARCP), de Raymond Mollard et de Gilles Leperlier, dirigeant de l’Alliance des jeunes pour la formation et l’emploi à La Réunion (AJFER), Paul Vergès a évoqué les grands enjeux de la période qui s’ouvre, qu’il estime déterminants pour l’avenir.

Un contexte caractérisé par l’aggravation des problèmes économiques et sociaux et la montée corrélative des protestations : c’est le tableau d’où se détachent deux facteurs majeurs d’intensification des contradictions à La Réunion.

En premier lieu, celui des carburants : citant une tribune co-signée par Michel Rocard et des experts de l’Agence internationale pour l’énergie, Paul Vergès a rappelé le déclin irrémédiable et accéléré des ressources pétrolières, destinées à s’éteindre dans un avenir proche.

L’enjeu pétrolier

Un épuisement qui aura bien évidemment pour conséquence l’augmentation continue des prix du pétrole… Pour faire face aux hausses actuelles, les professionnels, qui voient le coût de leur activité augmenter, sont à la recherche de compensations. Encore faut-il que celles-ci soient compatibles avec l’intérêt général. Ce n’est manifestement pas le cas du Fonds de compensation alimenté grâce aux recettes de l’octroi de mer dont la création a été annoncée hier par la Région Réunion. En puisant dans les ressources perçues au titre de l’octroi de mer, avertit Paul Vergès, la direction régionale atteint directement les ressources des 24 communes de l’île.

Quelle route du Littoral ?

Après les problèmes liés aux hydrocarbures, l’Alliance a pointé la question de la « nouvelle » route du Littoral. Revenant sur la question centrale du financement des travaux, l’ancien président de la Région a évoqué devant la presse un échange avec Dominique Bussereau, alors ministre des Transports. « Êtes-vous prêts à réaliser une route sur digue et viaduc ? », demandait ce dernier à Paul Vergès qui, rappelle-t-il, répondit par l’affirmative… à la seule condition que l’État demeure la source de financement de l’ouvrage. Une condition indispensable, à l’heure où l’État était sur le point de transférer la compétence en matière de routes nationales, et où la perspective de l’inéluctable montée des eaux laissait prévoir le coût particulièrement élevé d’une telle installation. « J’ai demandé que l’État fournisse un engagement écrit… je l’attends toujours », ironise Paul Vergès. Quel sera le destin du projet actuel, aux ambitions démesurées, d’une route à 6 voies 20 mètres au-dessus des flots, censé de surcroît accueillir une voie ferrée ?

Le temps du changement

Ces questions d’actualité renvoient au choix du modèle de développement de La Réunion de demain : à un peu plus d’un an de l’élection présidentielle, c’est aux Réunionnais eux-mêmes de faire des propositions. « La question est : sommes-nous responsables de notre sort ? Ou devons-nous demander aux forces du changement de faire notre avenir à notre place ? », interrogeait Paul Vergès, assurant que l’Alliance serait présente et munie de propositions concrètes et précises, lors du moment, « très proche » où les forces susceptibles d’assurer le changement au sommet de la République « se pencheront sur la question de l’outremer ». « Nous avons épuisé tout ce qui pouvait être retiré de la départementalisation », rappelle-t-il, évoquant une structure sociale réunionnaise qui, en plus de compter une moitié de pauvres et plus d’un tiers des actifs au chômage, porte les fardeaux de l’illettrisme, de la dépendance aux hydrocarbures et aux importations alimentaires… Des contraintes héritées de l’histoire, auxquelles il est nécessaire de répondre par des programmes forts, tels que l’autosuffisance alimentaire, l’autonomie énergétique, et un programme de rupture avec un modèle à bout de souffle… « Nous sommes à la veille d’un changement historique », a conclu Paul Vergès : « après la liberté en 1848 et l’Égalité proclamée en 1946, arrive l’ère de la responsabilité ».

Geoffroy Géraud-Legros


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