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Nouvelle démolition d’un projet de développement durable

Confirmation de l’abandon de la géothermie

Manuel Marchal / 14 juin 2010

Après la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise, après le tram-train, c’est au tour de la géothermie de recevoir un coup d’arrêt. Alors qu’aucune usine ne devait voir le jour sur la Plaine des Sables, la nouvelle direction de la Région a décidé de donner un coup de pied dans un des moyens de l’autonomie énergétique. La ressource estimée est pourtant plus importante qu’en Guadeloupe, où la géothermie fournit 10% de l’énergie consommée.

Mercredi dernier, Didier Robert avait annoncé que la Région avait écrit au préfet pour lui faire part de son désintérêt pour la géothermie. Samedi, le "Quotidien" annonce que le 14 avril dernier, le 1er vice-président de la Région avait fait part de cette intention au président du Parc National. Cette lettre allait dans le sens d’une promesse faite par Didier Robert durant la campagne électorale.
La décision signifie donc le rejet d’un nouveau projet de développement durable. La géothermie, c’est en effet une source d’énergie indépendante des aléas climatiques, et qui peut produire de l’électricité 24 heures sur 24.
Comme toute décision, elle a des conséquences. C’est tout d’abord le gaspillage de l’argent des études, soit 1,3 million d’euros. Ensuite, c’est l’investissement lié à la construction de la centrale qui est remis en cause. En Guadeloupe, la construction d’une tranche de 10 mégawatts mise en service en 2005 avait permis d’injecter plus de 34 millions d’euros dans l’économie du pays. Or à La Réunion, la ressource estimée pouvait être de 20 mégawatts.
Enfin, c’est un des moyens permettant d’atteindre l’autonomie énergétique qui est négligé. Même le gouvernement a reconnu l’utilité de la géothermie Outre-mer, et le Conseil interministériel sur l’Outre-mer s’est conclu en particulier sur le lancement d’une campagne de forages « dès 2010 », selon le discours tenu par le chef de l’État.
Le prétexte invoqué est de préserver les atouts de La Réunion, notamment dans la perspective d’une deuxième candidature, après le maloya, au Patrimoine mondial de l’humanité. Cette candidature doit être examinée le mois prochain. Mais alors pourquoi ne pas attendre la réponse de l’UNESCO pour décider ? Car si l’UNESCO dit "non" le mois prochain, alors La Réunion aura perdu sur toute la ligne. De plus, la future centrale ne doit pas être construite à la Plaine des Sables, ce qui veut dire un impact nul dans le paysage. Pourquoi alors opposer géothermie et protection du paysage alors qu’une réponse permettant de dépasser cette opposition a été trouvée ?
Arrêter la géothermie, c’est en fin de compte favoriser la dépendance aux énergies fossiles que les Réunionnais doivent importer. Chaque mégawatheure produit par la centrale géothermique aurait été un mégawatheure de charbon brûlé en moins. Au final, la facture de l’abandon de la géothermie sera lourde, et elle sera payée par les Réunionnais.

Manuel Marchal


« Des forages dès 2010 »

Une des conclusions du Conseil interministériel sur l’Outre-mer, c’est d’accélérer l’exploitation de la géothermie Outre-mer. Voici comment cette mesure était formulée par le président de la République le 6 novembre dernier.

« Sur le plan de l’environnement d’ailleurs, il est tout simplement incompréhensible que le potentiel fantastique de nos Outre mer ne soit pas davantage mobilisé, notamment au service de la production énergétique. Nous avons des îles qui, aux Antilles ou à La Réunion, sont formées autour de volcans. Peut être pourrait on imaginer d’y développer la géothermie ? On me dit que, aux Antilles, par exemple, l’exploitation optimale de la géothermie permettrait de couvrir la quasi totalité des besoins en électricité. Alors faisons le. Je demande donc au Bureau de recherche géologiques et minières de procéder à des forages Outre mer dès 2010 afin d’établir une cartographie précise des sites qui pourraient accueillir la géothermie. Une fois cette cartographie réalisée, l’État accompagnera cette production d’énergies propres en mobilisant ses ressources, notamment via l’ADEME ».


Géothermie : une ressource identifiée

Voici ce qu’affirmait en 2003 le groupe d’experts chargé de la première campagne d’exploration en 2002.

« La nouvelle campagne magnétotellurique, associée aux études précédentes, permet de définir une zone d’environ 20 kilomètres carré avec une probabilité d’existence d’un réservoir géothermique à haute température qui est la plus élevée dans l’ensemble de l’île. C’est la seule zone qui remplit au mieux les quatre critères MT généralement retenus pour caractériser une telle ressource potentielle. Il ne s’agit pas d’une anomalie MT idéale pour nos experts néo-zélandais en raison de sa forme, de sa taille, de la profondeur de la base de l’anomalie conductrice et de la concurrence entre les processus d’altération hydrothermale et les transformations de faible métamorphisme. L’anomalie du Piton des Neiges/Salazie n’est pas définitivement abandonnée et semble favorable à l’exploitation à long terme en Hot Dry Rock.
La zone retenue comme prioritaire pour l’exploitation d’une ressource Haute-Enthalpie est située à l’Ouest du Piton de la Fournaise. De manière indépendante, la gravimétrie permet d’affirmer l’existence d’un corps dense situé entre 2 et 5 km de profondeur qui pourrait constituer la source de chaleur alimentant le système dans la partie Sud de cette même zone. Enfin, la polarisation spontanée (PS) montre des comportements anomaliques de cette région, qui ne peuvent être expliqués par la seule hydrologie de surface et de moyenne profondeur ».


10% de l’énergie est géothermique en Guadeloupe

16 MW de puissance installée, la centrale géothermique de Bouillante produit depuis 2005 environ 10% de la consommation de la Guadeloupe. Pour cela, plus de 34 millions d’euros ont été investis à Bouillante.
Cet investissement permet de produire 24 heures sur 24 une énergie propre qui ne dépend pas des apports extérieurs.


350 centrales dans le monde

Dans son dossier "Géothermie", l’ARER dresse un état des lieux de la production d’électricité à partir de la chaleur du sol.

« On dénombre aujourd’hui un peu plus de 350 installations géothermiques haute et moyenne énergie dans le monde. La puissance mondiale de ces centrales électriques est d’environ 8,9 GW (contre 8 en 2000), ce qui ne représente que 0,3% de la puissance mondiale électrique installée sur la planète. Très loin derrière l’hydroélectricité, en nombre de MWh produits, la géothermie reste cependant, avec la biomasse et l’éolien, l’une des trois autres sources principales d’électricité par énergie renouvelable dans le monde.
L’utilisation actuelle de cette ressource n’est pas équilibrée sur la planète. La disparité géographique de la production découle en partie de celle des ressources. Les principaux pays producteurs se situent sur la périphérie du Pacifique : six dans les Amériques pour 3.921 MW, cinq en Asie pour 3.291 MW, deux en Océanie pour 441 MW. L’Europe compte six pays producteurs, pour une puissance de 1.123 MW, et deux seulement en Afrique pour 134 MW. La géothermie couvre 0,4% des besoins mondiaux en électricité. Toutefois, dans certains pays sa contribution aux besoins nationaux peut être bien plus élevée et atteindre plusieurs pourcents ».


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