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Nouvelle route du littoral : un prêt sans garantie de recettes ?

La transparence ou la manipulation de l’opinion ?

Manuel Marchal / 12 décembre 2011

Le projet de nouvelle route du littoral voulu par Didier Robert ne dégagera aucune recette, mais il a signé un prêt d’un demi-milliard d’euros pour la financer. Dans le contexte de crise actuel, qui peut croire qu’un banquier peut s’engager à prêter 500 millions d’euros sans être sûr que l’emprunteur a de nouvelles recettes pour rembourser ? Il est donc urgent de faire toute la transparence sur les tenants et les aboutissants de cette opération, à moins de vouloir amplifier les soupçons de manipulation de l’opinion et des élus réunionnais qui commencent à se manifester.

Dans notre édition de samedi, il a été question d’une évolution inquiétante, qui aura des répercussions sur les finances de la Région. D’une part, le gouvernement a décidé de geler les dotations versées aux collectivités territoriales, donc les recettes venant de l’État n’augmenteront plus. D’autre part, la dernière note de l’IEDOM souligne une baisse des recettes de l’octroi de mer. Ce sont donc des rentrées en moins pour la Région. Enfin, plusieurs décisions du gouvernement dans le logement et les énergies renouvelables, ainsi que l’arrêt des grands chantiers décidé par la Région, ont fait exploser le chômage. Plus de 150.000 Réunionnais sont inscrits à Pôle emploi, il est donc illusoire de miser sur une hausse de la fiscalité locale pour compenser la stagnation des dotations de l’État et la diminution des recettes de l’octroi de mer.

Le tram-train rapporte de l’argent

Mardi dernier, Didier Robert est allé à Paris pour signer un prêt qui endette la Région de 500 millions d’euros. Selon les informations parues dans le "JIR" du lendemain, ce prêt est à taux variable et 80% de la somme serait pour le chantier de la nouvelle route du littoral.
Parmi les questions qui se posent vient celle, capitale, de la capacité de la Région à rembourser le prêt. Car une chose est sûre, ce projet s’il était réalisé n’apporterait aucune recette nouvelle, mais ferait encore gonfler des dépenses de fonctionnement qui ont lourdement augmenté depuis que l’UMP a pris la direction de la Région.
Il est important de rappeler que le Protocole de Matignon signé par Paul Vergès avec le Premier ministre prévoyait l’accès à des financements à taux préférentiels. Cette confiance des banquiers pouvait s’appuyer sur plusieurs points.
Tout d’abord, l’État était co-contractant jusqu’au bout, c’est-à-dire qu’en cas de dépassement du budget du chantier de la nouvelle route du littoral, il s’engageait à contribuer à proportion de sa participation initiale.
Ensuite, les emprunts finançaient deux projets qui apportaient des recettes nouvelles. Pour le tram-train, c’était les recettes d’exploitation, comme la vente de billets. Pour la route du littoral, c’était le péage voulu par l’État, à l’époque responsable des routes nationales.

Le projet Didier Robert n’apporte rien

À son arrivée à la Région, Didier Robert a stoppé le chantier du tram-train, et il a décidé de changer le projet de route du littoral par une utopie beaucoup plus chère. Là où l’État prévoyait un péage, il a décidé de le supprimer. Il n’y aura donc aucune recette d’exploitation de cette nouvelle route.
Or, mardi dernier, Didier Robert a signé un prêt qui endette la Région d’un demi-milliard à taux variable. Manifestement quelque chose cloche. Car pour obtenir un prêt, il est nécessaire d’avoir des garanties, mais il est démontré que la nouvelle route du littoral version Didier Robert ne peut pas apporter le moindre euro de recettes, où est donc la garantie ?
Et on veut faire croire aux Réunionnais qu’une banque a la capacité de prêter 500 millions d’euros à une personne qui n’a aucune capacité de nouvelle recette.
Plus que jamais, la transparence est nécessaire, car les soupçons de manipulation de l’opinion et des élus réunionnais ne cessent de s’amplifier chaque jour.

M.M. 


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