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« NRL : des ravages, trop peu d’emploi et un coût qui dérape ! »

Plus de deux milliards d’euros seront-ils gaspillés ?

Céline Tabou / 15 novembre 2013

Lors d’une conférence de presse, quatre associations ont dénoncé le projet de nouvelle route du littoral (NRL), jugé trop coûteux, créant peu d’emploi et destructeur l’environnement. François Payet, de l’ATR-Fnaut, a alerté que « le prix à payer sur la nature et pour le contribuable sera sans commune mesure avec les faibles retombées sociales et économiques ».

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Des associations alertent sur le projet de NRL. Il est cher, peu porteur d’emplois et met en péril l’environnement.

Aux côtés de Jean-Pierre Marchau (Collectif « Non à la NRL !"), Stéphanie Gigan (Collectif pour la Protection de la Grande et de la Petite Ravine des Lataniers), Armand Gunet (Association « Réagissons ! »), Jean-Paul Panechou (ATR-Fnaut), François Payet a rappelé la consultation populaire publiée sur le site de la préfecture.

Face au réchauffement climatique, le niveau de la mer devrait augmenter plus rapidement que prévu. Les récents rapports publiés par des experts dans le climat, notamment le GIEC, ont averti de changement climatique extrême sur toute la planète. De plus, les études sur le plancher océanique de l’île ne font que commencer, alors « quel effet peut avoir, le mouvement de la croute terrestre à long terme et combinée à la houle, sur la stabilité des coulées volcaniques et dépôts sous-marins issue de la falaise et sur lesquels sera fondée la route en mer ? » , a posé François Payet.

Des risques majeurs pour La Réunion

Pour Armand Gunet, « la Région avait choisi seule de construire une route en mer » , en ne s’appuyant pas sur l’étude des variantes de tracés faite par l’État de 2006. Celle-ci mettait en avant un tracé de 11,3 km en digue sur 6,1 km et viaduc sur 1,7 km, proche du pied de falaise. Ce tracé débouchait alors à Saint-Denis par un tunnel de 3,6 km sur le pont Vinh San.

François Payet, a précisé que concernant les sites d’extraction, le maître d’œuvre EGIS a alerté la Région sur les risques de non-conformité notamment en matière de gros enrochements de délais et qualités de fourniture ; d’absence d’autorisation de carrière et des propriétaires des sites d’extraction et d’un point de vue administratif et juridique d’extraction d’andains sur l’environnement. Rappelant les propos de Jean-Pierre Marchau sur le non-respect des trois conditions à l’obtention d’une dérogation sur les espèces protégées.

Les associations dénoncent l’absence de prise en compte par la Région des avis du conseil scientifique régional du patrimoine naturel ( CRSPN), sur « les insuffisances de l’étude des espèces protégées et la minoration des impacts de la NRL ou de son chantier » . Pour le représentant de l’ATR-Fnaut, la Région « veut déroger à l’obligation de protection des espèces menacées au nom de Déclaration d’intérêt public obtenue par la NRL en mars 2012 » , alors qu’il existe des alternatives à cette NRL et que « la raison impérative d’intérêt public majeur » n’aurait pas lieu d’être.

Les associations s’insurgent de la non prise en compte de « l’impact mortel de la NRL sur les espèces endémiques rares » et de proposer en parallèle, «  des mesures compensatoires qui n’assurent pas le maintien des espèces protégées dans un état de conservation favorable  ». De plus, le Conseil national de la protection de la nature « ne voit pas de raison impérative à la NRL » , « ne valide pas les mesures compensatoires sur l’état de conservation favorable des espèces et « relève l’existence de variante » .

Le poids du «  lobby des majors du BTP  »

Pour François Payet, « la route en mer n’apporte pour service supplémentaire sur 12 km qu’une seule voie dédiée au bus et une piste cyclable qui ne seront livrées que dans 7 ans et pour plus de 2 milliards d’euros » , d’autant que le Transport en commun en site propre a été repoussé en 2020. Une certitude pour les associations, « les embouteillages ne disparaîtront qu’au prix d’encore hypothétiques financements pour l’entrée Nord de Saint-Denis » . D’ailleurs à l’époque, « l’État avait jugé l’entrée de Saint-Denis par le pont Vinh San et le Boulevard Sud plus appropriés » .

Pour l’ATR-Fnaut, « le lobby des majors du BTP semble peser davantage que l’avis du public dans les choix d’aménagement de l’État et de la Région ». Ce dernier a expliqué que l’attribution des marchés a « privilégié les groupes Vinci et Bouygues en éliminant leur challenger Eiffage » . « Dodin Campenon Bernard est une filiale de Vinci Construction tandis que Demathieu&Bard et Bouygues sont liés par leurs cadres et dirigeants qu’ils s’échangent » . Les associations s’étonnent « d’un tel choix », car « l’offre des majors nationaux sur le viaduc est anormalement basse à 132 millions d’euros TTC/km » et « l’offre des majors locaux, leur filiale, sur les digues est anormalement élevée à 133 millions d’euros TTC/km » .

« Contre toute attente, le coût du viaduc est sous-évalué et celui des digues se révèle même plus cher que prévu et plus cher que le viaduc » , a relevé François Payet. De plus, les élus de la majorité et de l’opposition, membres de la commission d’appel d’offres n’ont pas eu connaissance des offres faites par les entreprises. Ces derniers ont été invités à « prendre connaissance des conclusions succinctes du rapport ACT » .

Face à l’opacité de ce dossier de nombreuses voix se sont élevées, notamment le président de la FNTR, Jean-Bernard Caroupaye qui a dénoncé « la mainmise de multinationales sur tous les marchés » de la NRL. En effet, 75% du marché de construction à Bouygues, Vinci et leurs filiales locales GTOI et SBTPC. François Payet a d’ailleurs rappelé le contentieux entre la Région Réunion et Bouygues, concernant Tram-Tiss. En effet, en annonçant la suppression du tram-train, Bouygues avait fait recours contre la Région de plus de 170.000 euros. Un recours toujours en cours au tribunal administratif a expliqué ce dernier.

« Il manque d’ores et déjà plus de 150.000.000 € »

Dans un tableau détaillé, François Payet a recensé les marchés attribués, « ceux provisionnés ou prévus » et les marchés de travaux, qui devraient atteindre plus d’1,60 milliard d’euros avec la digue de La Possession. Mais « l’investissement total de la NRL dépassera les 1,76 milliard d’euros en comptant l’ensemble des acquisitions et marchés de services » , a-t-il indiqué. Dans une étude, il a mis en évidence « l’extrapolation linéaire des révisions de prix qui s’échelonneront jusqu’en 2020 portera la NRL à plus de 2,0 milliards d’euros puis à plus de 2,4 milliards d’euros avec les inévitables travaux supplémentaires » .

D’après les données fournies aux médias, la part de la Région devrait passer de 669 millions d’euros à 1.387 millions entre 2010 et 2020. « Des choses pas normales ont été détectées à partir des chiffres recensés et qui vont s’aggraver et introduire des dépenses inévitables » , a expliqué François Payet. De leurs côtés, l’État et le FEDER ont des enveloppes fixes quoiqu’il arrive, d’un montant de 532 millions d’euros pour le premier et 151 millions pour le second. Le Fonds de Compensation pour la TVA (FCTVA) devrait augmenter de 131 millions d’euros, selon les données de l’ATR-Fnaut.

« La part de la Région - initialement prévue de 669 millions d’euros – est déjà en 2013 estimée à au moins 813 millions d’euros. Il manque déjà plus de 144 millions d’euros que la Région devra financer seule. Sa part aura plus que doublé en 2020 » , a conclu François Payet.

Céline Tabou

5.000 embauches pendant moins de 5 ans

Ironisant, François Payet a félicité des jeunes qui « témoignent tous les jours dans la presse qu’ils auront du travail grâce à la NRL » , à l’instar des « 500 jeunes réunionnais qui ont déjà intégré le programme de formation BTP de la NRL » . Cependant, « à force de promesses indécentes sur la relance économique et l’emploi, la Région risque de voir les 12.000 personnes qui ont perdu leur emploi dans le BTP - avec la crise financière et l’arrêt des grands chantiers - se retourner contre les pompiers pyromanes » , a prévenu François Payet.

Ce dernier a souligné que le viaduc ne devrait demander que 400 embauches et 600 emplois nouveaux et/ou préservés pour réaliser les digues, « sur seulement 4,5 ans » . Des chiffres mis en avant par Alain Bonnot, président de Vinci et Philippe Amequin, directeur général de Bouygues. « On est loin des 2.500 emplois promis pendant 8 ans. Il n’y avait déjà plus que 1.100 emplois directs. Maintenant avec les emplois nouveaux et préservés on peut craindre encore moins d’embauches locales par la NRL pendant 4,5 ans » , a noté l’ATR-Fnaut.


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