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Nucléaire : la France face au principe de réalité

Geoffroy Géraud-Legros / 17 juin 2011

En Allemagne, en Italie, et peut-être demain au Japon : le refus du nucléaire s’impose à l’agenda politique dans de grandes puissances industrielles. En France, le poids d’entreprises qui se confondent avec le pouvoir d’État étouffe toutes les alternatives.

C’est en Allemagne, vieille terre de militantisme écologiste, que la catastrophe de Fukushima a eu ses premières conséquences politiques visibles. Le 27 mars 2011, soit deux semaines après l’accident enregistré par la centrale nucléaire japonaise endommagée par le séisme et le tsunami meurtriers qui ont ravagé le Nord-Ouest de l’île de Honshu, les Grünen (Verts) ont pris le contrôle du Land de Bade-Wurtemberg.

Un enjeu politique désormais majeur

De l’avis général des observateurs, le thème de la sortie du nucléaire réactivé par la tragédie japonaise a été décisif dans le revirement d’un électorat qui, depuis près d’un demi-siècle, confiait le pouvoir aux chrétiens-démocrates de la CDU, parti de l’actuelle Chancelière Angela Merkel. Cette dernière avait pourtant tenté d’enrayer la dynamique antinucléaire en annonçant, trois jours après l’accident de Fukushima, un « moratoire » relatif à la prolongation d’activité des 17 réacteurs germaniques… mesure qu’elle avait pourtant elle-même arrêtée au mois de septembre 2010.
En Italie, le corps électoral était appelé le week-end dernier à se prononcer sur trois questions référendaires : la privatisation du service public de l’eau, les dispositions permettant à M. Berlusconi de ne pas assister à certains procès le concernant, et une éventuelle reprise du nucléaire, préfigurée par un moratoire d’un an annoncé par le gouvernement italien le 26 mars dernier.

France : le dogme de l’atome

En France, l’éventualité d’une sortie du nucléaire se heurte tout d’abord à l’affirmation d’“évidences” tous azimuts. Il y aurait, dit-on de manière fort consensuelle, une impossibilité drastique d’engager la transition énergétique, du fait de la prédominance du nucléaire sur les autres modes de production de l’électricité. A première vue, le constat est effectivement impitoyable : 80% de l’électricité est actuellement issue de source électronucléaire, contre 23% environ en 1980. A cette donnée on ajoute traditionnellement en France une justification d’ordre stratégique : le nucléaire est au fondement de la politique d’indépendance énergétique, lancée après la première crise pétrolière de 1974. Depuis lors, l’indépendance de la France a cru de 50%. En pratique, cette prédominance du nucléaire recouvre la domination de grands groupes. Au premier rang d’entre eux, les géants mondiaux AREVA et EDF, qui assurent l’essentiel de la production nucléaire du pays. La domination de ces grands groupes s’inscrit dans le temps long des relations de la France avec son ancien espace colonial. Ainsi, AREVA domine l’ensemble du circuit de production qui va de la mine d’uranium à la centrale, grâce à une présence enracinée au Niger, 5ème producteur mondial d’uranium. Le groupe y est le second employeur du pays, et y agit comme un véritable ministère ; il est par ailleurs soupçonné de se livrer à des manipulations des rivalités entre groupes sociaux, dans le but d’empêcher l’implantation de concurrents.

Inéluctable épuisement

Entre Françafrique, quasi-monopole sur la production électrique française et intégration au plus haut niveau des politiques de l’État, le pouvoir du nucléaire français est immense, et semble à jamais établi. Pourtant, le tout-nucléaire se heurte au principe de réalité. Malgré le flou qui résulte des ardentes controverses et les campagnes de communication qui opposent écologistes et puissant lobby nucléaire, il est possible d’estimer l’épuisement de l’uranium à la moitié du XXIème siècle. Une perspective qui fait du développement d’énergies renouvelables un impératif catégorique, que le cartel Etat-nucléaire ne pourra indéfiniment nier.

Geoffroy Géraud-Legros 


A La Réunion, l’élan brisé des énergies renouvelables

Si La Réunion n’est pas directement concernée par la problématique de la dépendance à l’énergie nucléaire, elle n’en est pas moins astreinte à développer des énergies renouvelables et “propres”. Un impératif qui découle tant du constat d’une dépendance accrue aux importations d’énergies fossiles qu’à la nécessité de faire baisser le coût généré par ces dernières, qu’à celle de participer à l’effort planétaire de réduction des gaz à effet de serre. En un peu plus d’une décennie, le taux des énergies renouvelables s’est hissé à hauteur de 30%, contre 8% environ en France hexagonale. Un effort porté par des instruments institutionnels (PRERURE, ADEME), par des mesures de financement et une politique volontariste en matière de chauffe-eau solaires. Dans le cadre du plan d’autonomie énergétique et de la réalisation de vastes infrastructures non-polluantes telles que le tram-train (alternative au tout-automobile), le détachement de l’île de la dépendance envers les matières fossiles aurait dû intervenir aux environs de 2030. Un élan brisé par les décisions prises au niveau étatique et régional, telles que la suppression du tram-train, l’abandon de la géothermie, les coups portés à l’énergie solaire et l’étouffement des initiatives réunionnaises par un GERRI imposé d’en haut pour finalement ne pas être financé.



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Messages






  • est ce que vous avez vu les infos sur le séisme qui s’est produit hier à la Réunion ? Il y en a en France justement qui confonde nucléaire énergie et nucléaire militaire et d’autre qui voudrait voir fermer les deux et mettre en péril la sécurité nationale et internationale, est ce le choix à faire, sachant que la France reste un pays allié et sachant qu’il y a un mois de ça, la plus grande firme militaire de la sécurité mondiale en Amérique a subit une cyber attaque qui a foutu la zizanie dans tout leur système informatique et que depuis ils l’ont traqué.

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