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Objectif Réunion : manipuler les Réunionnais, ou… tromper Paris ?

Geoffroy Géraud-Legros / 15 octobre 2009

Moins de deux ans après sa formation, le mouvement dirigé par Didier Robert a accumulé un nombre considérable d’échecs. Par des durcissements successifs de sa ligne, cette organisation prend désormais le contre-pied des évolutions politiques et sociales de La Réunion.

C’est d’une guerre de palais qu’est né Objectif Réunion : on se rappelle qu’en 2008, un groupe emmené par Didier Robert avait tenté, sans succès, de renverser la présidente UMP Nassimah Dindar. Qu’était-il reproché à cette dernière ? L’incertitude demeure : déjà muets quant à leurs motivations au moment des faits, les protagonistes de la manœuvre n’ont pas depuis lors apporté de précision supplémentaires. Une telle absence de critiques de fond portant sur le bilan ou les compétences de la présidente du Conseil général laisse à penser que, confrontés à cet échec, les membres d’ Objectif Réunion et Didier Robert, son leader, affirmaient une volonté de dépassement. Il n’était alors question que de Congrès, de réflexion, d’élaboration programmatique, de dynamique nouvelle. Au fondement de cette initiative, la volonté affichée de se dégager la « droite départementaliste » de l’emprise de Paris.
On sait ce qu’il est advenu de cette ambition : le 24 janvier 2009, soit neuf mois à peine après la formation d’Objectif Réunion, Didier Robert acceptait d’occuper la place de secrétaire national au conseil national de l’UMP. Du jour au lendemain, le député-maire du Tampon passait ainsi de l’état de chef rebelle à celui de serviteur zélé des instances parisiennes… Reniement qui devait lui attirer dans son camp critiques acerbes et épithètes peu flatteurs. À la suite de ce retournement, Objectif Réunion apparaissait comme un label vidé de substance politique.

Échecs en série

Au cours des mois derniers, Didier Robert a mené son camp dans la bataille des élections partielles qui ont suivi l’annulation, par le Conseil d’État, des scrutins de Saint-Paul et de Saint-Louis, ainsi que des résultats du 1er canton de Saint-Leu et du 4ème canton de Saint-Denis. Cette direction politique et idéologique de Didier Robert, soutenue par Objectif Réunion, s’est soldée par un quadruple échec, les électeurs ayant confirmé et amplifié les victoires acquises en 2008 lors des scrutins des 28 septembre et du 4 octobre dernier.
Qui donc assumera la responsabilité de ces défaites ? L’enchaînement des évènements au cours des deux années précédentes pointe la responsabilité d’Objectif Réunion… c’est-à-dire celle de Didier Robert. Ce dernier apparaît, au-delà des nombreux titres et positions qu’il cumule, quelque peu dépassé par le cours de l’histoire politique. Ainsi, si l’UMP est restée au pouvoir au Conseil général, c’est… contre lui, après le coup de force manqué de 2008. Si les États-généraux ont été programmés et organisés, c’est sans lui. Très récemment, ses conceptions archaïques de la politique sont apparues clairement dans l’inflexion idéologique dure, voire "ultra" imprimée aux campagnes des élections partielles.

Postures archaïques

En témoigne par exemple l’invitation d’Éric Raoult, venu répandre injures et grossièretés contre la maire sortante communiste et son parti, comparant Saint-Paul à « Cuba » ou à la « Corée du Nord ». Sanctionnée durement par l’électorat de La Réunion, cette stratégie qui combine populisme et paternalisme a aussi été décriée par des dirigeants de premier plan de l’UMP. On a ainsi entendu Jean-Paul Virapoullé déclarer que « les Réunionnais n’avaient pas besoin de nénènes »… gageons que l’ancien maire de Saint-André, qui déplorait récemment « l’absence de pensée politique » dans notre pays, a dû voir là une confirmation de son analyse.
Et il est vrai que la pratique de Didier Robert témoigne d’un complet décrochage envers l’évolution de la société et de ses rapports avec l’Hexagone, caractérisée par une aspiration des Réunionnais à la prise de responsabilité. La grande transformation qui en découle s’inscrit dans un courant historique et sociologique si profond qu’il a modifié la vision de l’Outremer au sommet de la république, ou le président de la République a été amené à formuler le développement endogène. Or, non seulement la ligne impulsée par Didier Robert et Objectif Réunion ne reflète pas ces orientations, mais elle les contredit avec de plus en plus de dureté. On peut donc se demander si la fonction exacte d’Objectif Réunion ne se résume pas à tenter de répondre la confusion et les faux débats parmi les Réunionnais… et leurs interlocuteurs au sommet de l’État.

Geoffroy Géraud


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