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Obtenir un visa : première épreuve des Jeux des îles

Pourquoi tant de tracasseries pour de jeunes athlètes qui viennent découvrir La Réunion ?

Manuel Marchal / 30 juillet 2015

Faire sa demande au moins 45 jours avant l’arrivée prévue à La Réunion, c’est le délai recommandé par les autorités françaises aux athlètes de notre région invités à participer aux Jeux des îles de l’océan Indien à La Réunion. Tous les jeunes malgaches et comoriens invités aux JIOI 2015 vont-ils venir ? Voilà qui ne va pas donner une bonne image de La Réunion chez nos voisins.

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La Réunion organise les Jeux des îles. Les participants invités doivent avoir un visa.

Le 27 juillet, le Parti communiste réunionnais a pris position en faveur des athlètes invités aux Jeux des îles de l’océan Indien, victimes de tracasseries administratives pour venir à La Réunion. Les médias avaient rapporté les difficultés d’obtenir un visa dans les temps pour ces jeunes.

Hier, la préfecture a fait le point sur l’implication des services de l’État dans les Jeux des îles. Le communiqué indique que les délégations de Madagascar et des Comores ont fait chacune 300 demandes de visa. Manifestement, pas question de demandes groupées, puisque chaque demande doit s’accompagner de la présence au consulat du demandeur qui doit prendre rendez-vous et apporter toutes les pièces justificatives. « Il était demandé de déposer les demandes au moins 45 jours avant la date du déplacement prévu », ajoute le communiqué qui salue le travail des services consulaires « qui font tout leur possible pour délivrer un maximum de visas, malgré ces très fortes contraintes ». Un maximum de visas n’est pas la même chose que tous les visas. Tous les athlètes malgaches et comoriens invités aux JIOI ne sont donc pas sûrs de venir.

Quand la décolonisation divise

L’isolement de La Réunion dans l’océan Indien est un phénomène récent à l’échelle de son histoire. Pendant des siècles, il n’était pas question de visa pour entrer à La Réunion. Bien au contraire, l’économie réunionnaise avait besoin de main d’œuvre, et les collaborateurs des esclavagistes affrétaient des navires négriers pour amener les bras nécessaires. Après l’esclavage, le besoin n’a pas baissé. C’est alors le recours à l’engagisme. Cela signifie que pendant la majorité de l’histoire de La Réunion, une des prinicipales préoccupations était de faire venir un maximum d’immigrés.

Cette période a vu aussi le développement des relations entre les îles. Des Réunionnais ont eu un ou des parents partis à Madagascar ou aux Comores pour travailler, ouvrir des commerces. La décolonisation a amené la création de barrières. La plus célèbre d’entre elles est le mur invisible qui se dresse entre deux îles de l’archipel des Comores : Anjouan et Mayotte. En 1975, la France a refusé de reconnaître le résultat du référendum d’autodétermination qu’elle avait pourtant pris la responsabilité d’organiser. Elle a choisi d’interdire à Mayotte d’intégrer la République des Comores formée par les îles de l’archipel. Ensuite, le gouvernement français a décidé d’imposer un visa aux habitants de la Grande Comore, de Mohéli et d’Anjouan qui veulent se rendre à Mayotte. Ce « visa Balladur » est le point de départ de la tragédie des kwassa kwassa, de frêles embarcations sur lesquelles des êtres humains risquent leur vie pour se rendre à Mayotte.

Discrimination avec les Européens

La Réunion est également isolée des îles avec lesquelles s’étaient construites ses relations de toujours. Cela amène à des situations difficilement justifiables. En effet, toute personne ayant la nationalité d’un pays de l’Union européenne, entité située à plus de 10.000 kilomètres de La Réunion, peut entrer librement dans notre île sans visa, et y rester autant qu’elle le souhaite. Mais les habitants des pays les plus proches de La Réunion n’ont pas ce droit. Ils doivent se soumettre à un parcours du combattant pour obtenir un visa.

L’organisation des Jeux des îles de l’océan Indien a de nouveau fait surgir cette inégalité de traitement entre des pays éloignés et les voisins de La Réunion. La Réunion organise une manifestation qui est sensée être un exemple de rassemblement de la jeunesse, mais la France maintient la barrière du visa pour tous les athlètes invités, ainsi que les membres des délégations.

Quelle intégration ?

Que doivent alors penser nos voisins qui sont si accueillants envers les Réunionnais ? Maurice a plusieurs fois lancé des opérations où une simple carte d’identité suffisait pour séjourner dans le pays. À Madagascar, le visa est délivré à l’aéroport sans que soient demandés des extraits d’acte de naissance, des bulletins de salaire ou un relevé de compte bancaire.

Mais la réciproque n’est pas vraie. La liste des pièces nécessaires à la délivrance d’un visa pour un Malgache souhaitant se rendre à La Réunion est impressionnante. Le consulat insiste même sur le fait que les documents doivent être triés selon un certain ordre. Sans oublier que le demandeur doit au préalable payer 57 euros pour pouvoir déposer sa demande. Cette somme ne sera pas remboursée si la demande de visa est refusée.

Tant que subsistera cette barrière dressée par les autorités françaises entre La Réunion et ses pays voisins, il sera bien difficile de parler d’intégration régionale. L’Afrique orientale est pourtant reconnue comme une des zones qui tirera la croissance économique mondiale vers le haut. Mais si ses 650 millions d’habitants voient que La Réunion est une terre aussi inhospitalière, notre île ne sera-t-elle pas condamnée à être un caillou isolé dans un océan de prospérité économique ?


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