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Ombres sur la visite présidentielle à La Réunion ?

Manipulations des ultras

Geoffroy Géraud-Legros / 16 décembre 2009

La visite du Chef de l’Etat a été annoncée les 17 et 18 janvier prochains. Didier Robert et ses alliés tenteront-ils de réduire sa visite à une quelconque inauguration de bâtiment public dans un écart du Tampon ?

La question peut au premier abord paraître provocatrice. Pourtant, l’exemple des déplacements récents de membres du Gouvernement montre que la manipulations des visites officielles est une arme politique de prédilection pour les conservateurs. Certains signes peuvent laisser penser qu’aujourd’hui, la faction qui phagocite l’UMP pourrait tenter de manipuler le voyage présidentiel lui-même.

A qui profitent les "fuites" ?

Le déplacement d’un Chef de l’Etat est un évènement majeur, qui donne lieu à des préparatifs et à des enquêtes préliminaires minutieuses et… tout à fait secrètes. Or, à peine acquise la certitude de la visite présidentielle, dès l’arrivée des envoyés de l’Elysée, des "fuites" ont opportunément apporté un nombre inhabituel de renseignements à la presse réunionnaise, à tel point que notre confrère "le Quotidien" en a fait sa une. La divulgation de ces informations a certainement pour but d’influer sur le contenu de la visite… et peut-on dire sans trop se tromper, au vu des évènements récents, d’en orienter le programme.
Qui a pu avoir intérêt à l’existence même de ces "fuites" d’une rapidité suspecte ?

Contrôler les visites gouvernementales et leurs significations.

Rétrospectivement, il apparaît que les déplacements officiels qui se sont succédés depuis une année ont été organisés de manière à permettre à certains dirigeants politiques de garder autant que possible le contrôle sur les gestes et les discours que pourraient accomplir dans notre pays les représentants du Gouvernement. Les visites du Premier ministre, François Fillon au mois de juillet dernier et le récent voyage de Marie-Luce Penchard fournissent un excellent exemple de cette pratique.
Posant le pied sur le sol de notre île le 9 septembre dernier, le Premier ministre s’était immédiatement retrouvé face à face avec des manifestants rassemblés à l’initiative de Joël Mongin, porte-parole des gros intérêts du transport routier. En l’absence —troublante— de réaction des forces de l’ordre à ce premier incident, le Premier ministre avait dû quitter les lieux avec quelque précipitation. Le même jour, les mêmes "manifestants" procédaient au blocus du siège de l’Assemblée régionale. But de la manœuvre : tenter d’empêcher le Président de l’institution, Paul Vergès, de se rendre en compagnie du représentant du Chef du Gouvernement à l’inauguration de la Route des Tamarins. Sur le site même de cette cérémonie, on retrouvait encore les camionneurs, venus faire diversion… encore une fois sans intervention des forces de l’ordre. La suite du programme a confiné la visite du Premier ministre aux communes administrées par des élus d’Objectif réunion : Bras-panon, Saint-Pierre, mais surtout Le Tampon, quartier général de Didier Robert. Visant le contrôle de la structure UMP, ce dernier avait alors tout intérêt à donner l’impression d’une entente aussi bonne que possible avec le représentant de son Gouvernement. Mais plus que tout, il lui fallait atténuer les manifestations de réussite du partenariat institutionnel que consacrait de manière éclatante l’inauguration de la Route des Tamarins.

Tous les chemins mènent au Tampon.

Un scénario comparable fut mis en œuvre lors de la visite de Marie-Luce Penchard, les 23 et 24 novembre dernier. Arrivant dans notre île deux semaines à peine après les conclusions du Conseil interministériel de l’Outre-mer (CIOM), la Ministre de l’Outre-mer nouvellement nommée par Nicolas Sarkozy venait en expliquer les orientations. Dès son arrivée, elle se retrouva mise au pied du mur par Didier Robert. Sommée de prendre position vis-à-vis du Tram-train, elle fut de surcroît entraînée dans des visites et dans un programme de second ordre, au cours duquel ses hôtes ne la mirent pas en mesure d’accomplir sa mission. Arrivée pour rendre compte de décisions capitales pour La Réunion, la Ministre se retrouva à inaugurer une extension de crèche… sur la commune du Tampon, là encore privilégiée par les organisateurs de la visite.

Jusqu’où iront les ultras ?

Ces manœuvres pourraient à première vue sembler contradictoires : quels intérêts ont les manipulateurs et leurs alliés à contôler le déroulement et le sens symbolique des déplacements des membres du Gouvernement, alors même qu’ils vont systématiquement à l’encontre des orientations arrêtées par Paris ? Le paradoxe n’est qu’apparent : en rupture avec la direction parisienne de l’UMP, les dissidents réunionnais tenants de la ligne "dure", regroupés aujourd’hui dans "l’Union" autour de Didier Robert, ont plus que jamais besoin de la légitimité que procure le label "Majorité présidentielle", sans lequel ils ne seraient rien. Ainsi, il est plus que jamais vital à leurs yeux de masquer à l’opinion publique la reconnaissance par les autorités de la République des projets de développement réunionnais.
La perspective du déplacement présidentiel pose donc une question de taille : après avoir affermi leur contrôle sur l’UMP dimanche dernier, Didier Robert et les dirigeants de "l’Union" iront-ils jusqu’à appliquer leur stratégie au déplacement du Chef de l’Etat ?

Geoffroy Géraud


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