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On devient tous communistes… mais certains ne le restent pas

Quand le réflexe de classe est plus fort que la volonté de rupture sociale

Manuel Marchal / 24 septembre 2012

L’année 2012 va se terminer dans trois mois. C’était l’année du renouvellement du pouvoir en France. Elle a été marquée par plusieurs enseignements. Bien avant le premier tour de scrutin, le futur président de la République a reconnu la justesse de l’analyse du PCR. Cette analyse est partagée bien au-delà des limites d’un seul parti, ce qui signifie le triomphe d’une stratégie de rassemblement. Paradoxalement, c’est au moment où se dégage la voie vers le changement de société que des élus décident de quitter leurs anciens camarades de combats. Pourquoi ?

Le 1er avril 2012, François Hollande rend visite aux Réunionnais. Après avoir été instrumentalisé à Saint-Denis, c’est à Saint-Louis qu’il délivre le message authentique d’une nouvelle relation. Lors de son discours, il affirme son soutien aux principaux projets portés par le PCR et l’Alliance : autonomie énergétique et alimentaire, tram-train, gouvernance, emplois pour les jeunes Réunionnais à La Réunion. Il rend également un hommage appuyé à la démarche du Parti communiste réunionnais ainsi qu’à ses dirigeants dont il salue les mérites et la clairvoyance. Le soir même à la télévision, François Hollande renouvelait son message de soutien à la ligne du Parti communiste réunionnais. Jamais un candidat à la présidence de la République, à quelques jours d’être élu, ne s’est autant engagé vis-à-vis des Réunionnais, dans un contexte électoral qui a vu le peuple soutenir le principe du « respect de la parole donnée » à la municipale partielle de Sainte-Suzanne, 3 mois auparavant.

Un mois après son discours de Saint-Louis, François Hollande était élu président de la République. Pour la première fois, un chef de l’État s’affirme donc en phase avec la nécessité de créer les conditions du changement dans la société réunionnaise : oui à l’autonomie énergétique, oui au tram-train. Il sera encore plus clair quand il affirme : « Avec nos amis du PCR, j’ai pris des engagements ».

Quitter un parti pour un problème de personne ?

Le discours de Saint-Louis avait permis de préciser les orientations présentées par François Hollande dans sa lettre au PCR lors de la campagne des Primaires citoyennes, et dans sa réponse au courrier adressé par le Parti aux candidats à la présidentielle après la Conférence du 19 février.
Tout le monde pouvait donc constater que l’analyse du PCR bénéficiait du soutien du nouveau président de la République. C’est au moment où arrive ce triomphe idéologique et stratégique que des compagnons de route du PCR et de l’Alliance décident de faire défection. C’est une attitude classique dans tous les mouvements historiques : au moment décisif, les défections se multiplient. Ce qui est encourageant, a contrario, c’est que l’instant est imminent.

À ce jour, l’opinion attend toujours l’analyse officielle de ceux qui sont partis afin de mesurer la teneur véritable de leur divergence de fond avec l’analyse et les projets du PCR et de l’Alliance. Ce n’est pas cela qui est mis en avant.
A la place, les raisons invoquées tournent autour de problèmes de forme, d’organisation ou de personne, des aspects qui passionnent les médias, mais tellement éloignés des préoccupations réelles de la population qui souffre. Des projets du PCR sont attaqués sans que les détracteurs du PCR ne proposent un minimum d’alternatives. Mieux, un nouveau parti a été créé pour participer au scrutin électoral, mais le projet politique sera connu 5 mois après ! Peut-être.

Le réflexe de classe est plus crédible

Dans la société réunionnaise, les inégalités de revenus sont 2 fois plus sévères qu’en France, une minorité s’est installée à tous les niveaux des pouvoirs et alimente des monopoles qui font souffrir les pauvres. La majorité des personnes dispose d’un revenu tout juste au niveau du seuil de pauvreté nationale et ne dispose d’aucun pouvoir de décision.

Dès lors, une question se pose : est-ce que tous ces départs ne sont justement pas liés à une réalité, celle du triomphe des thèses du mouvement progressiste réunionnais, c’est-à-dire le droit au développement et à la responsabilité ?

Mais pour que ces thèses s’appliquent, toute la société est remise en cause. Le développement ne peut pas être fécond si la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, avec 120.000 illettrés, ou si les inégalités sont toujours aussi grandes.

C’est au moment où la rupture approche qu’ont lieu ces défections. Elles montrent qu’à cet instant, des personnes issues de la minorité, membres ou proches du PCR, ne sont pas prêtes à porter les solutions de rupture en faveur de la majorité. C’est là que se situe la divergence fondamentale, et elle se confond avec la ligne de séparation entre des couches de la population bien distinctes. Certaines croient qu’il est encore possible de s’accommoder du système actuel en essayant de négocier des aménagements plutôt que de rompre définitivement avec le modèle caduc. Dans ce cas, c’est le réflexe de classe qui prime, et c’est de cela que l’histoire se souviendra.
Ces tentatives de retarder l’échéance de la déchéance du régime obsolète ne pourront arrêter le mouvement en cours. Tous ces mouvements sont une bonne chose et permettent de relancer la réflexion, un aspect pas assez valorisé. C’est dans ces circonstances que se poursuit la reconstruction du PCR.

 M.M. 


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