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Organiser les victimes pour sauver La Réunion

Un défi de 2013

Manuel Marchal / 29 janvier 2013

Plus de 162.000 demandeurs d’emploi à la fin de l’année dernière. Le cadre actuel n’offre aucune perspective de reprise et le nombre des victimes va encore augmenter en 2013. Désormais, la seule solution est dans la lutte pour en finir avec la souffrance imposée à notre peuple. La déception grandit, car la population a perdu confiance dans les institutions actuelles.

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« Un État totalement en faillite », ce sont les mots lâchés dimanche matin sur les ondes d’une radio française par le ministre du Travail. Cette expression était utilisée à l’appui d’un propos qui affirmait que l’austérité est nécessaire. Même si le gouvernement a voulu atténuer les propos du ministre, tandis que ce dernier a voulu dédramatiser en situant son affirmation dans le registre de l’ironie, il est certain que l’année 2013 sera une année de restrictions budgétaires.

À La Réunion, les 60 années d’intégration à la France ont amené une quasi-disparition de l’industrie. Notre île est devenue essentiellement une société de services, alimentée par les transferts financiers venus de l’ancienne métropole. En conséquence, c’est la commande publique plus que l’investissement privé qui est le principal moteur de la création de richesse. La consommation, l’autre moteur de la croissance, repose quant à elle en grande partie sur les flux financiers venus de France. Ce modèle n’est pas viable, d’une part, parce qu’il exclut la moitié des Réunionnais de la production, d’autre part, parce qu’il suffit que la France connaisse des difficultés indépendantes de notre volonté pour qu’aussitôt, des restrictions soient imposées aux transferts.

Des centaines de millions déjà perdus

Depuis 2008, la France est touchée par la plus grave crise économique subie par l’Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Les décisions prises par Sarkozy ont aggravé la situation, car les baisses d’impôt ont brutalement creusé le déficit public. Pour freiner l’augmentation de la dette, Paris, comme d’autres gouvernements européens, décide d’appliquer un plan d’austérité. Les dépenses publiques sont compressées. Les conséquences se sont faites immédiatement sentir à La Réunion.

Ce fut le désengagement de l’État dans la politique du logement avec la remise en cause de la défiscalisation qui permettait de produire 10.000 logements par an. Puis le coup le plus dur a été porté par les démolisseurs de projet : l’arrêt de la rocade du Tampon, du tram-train, du Pôle océan, du Zénith, de l’hippodrome, le report de la route du Littoral, la baisse des subventions au photovoltaïque représentent des centaines de millions d’euros que l’État devait investir à La Réunion.

Depuis le changement de gouvernement, rares ont été les interventions de ses représentants pour demander la relance des grands projets, mises à part les promesses faites au sujet d’une route du littoral impossible à réaliser. Les 7 députés se contentent de faire de l’accompagnement.

La fin des dernières illusions

Du côté de l’opposition, c’est le même cas de figure. C’est ce qu’ont confirmé hier les vœux de Didier Robert à la presse.

Au moment où le chômage explose à La Réunion, qu’annonce le président de l’institution chargée de la planification économique ? Pas moins que le retrait de la Région de trois instances : GERRI, l’Agence de développement et le Comité régional pour l’innovation. Une telle décision ne va pas favoriser la confiance, elle ferme encore les perspectives.

Représentants du gouvernement et de l’opposition montrent leur incapacité à proposer des solutions à la crise. C’est bien la preuve qu’il n’y a plus rien à attendre de ces créations de l’intégration à la France. Cela signifie que les exclus de notre société, la moitié de la population, n’auront une chance de s’en sortir que s’ils arrivent à s’organiser. Une des responsabilités des communistes, c’est d’œuvrer pour favoriser cette organisation, car elle est en phase avec les besoins du peuple.

M.M.

Les origines de GERRI

En mars 2011, "l’Express" confirmait que GERRI avait été conçu uniquement pour contrer la politique d’autonomie énergétique menée sous l’ancienne mandature de la Région. Pilotée par l’État, GERRI coiffait tout ce que la Région avait fait, au lieu de l’accompagner. Après l’arrivée de Didier Robert à la Direction de la Région, l’État a changé d’attitude : « Le sort du GIP GERRI illustre très concrètement cette situation en trompe-l’œil. Le groupement d’intérêt public n’a toujours pas de président, ni de bureau ou de secrétariat, encore moins de budgets. Une coquille vide ! Jean Ballandras sur le départ a du mal à cacher son amertume.
Pour sauver GERRI, puisque l’État est aux abonnés absents, l’idée consiste aujourd’hui à confier le bébé à la Région. Confidence d’une des parties : “le GIP avait été créé pour faire adhérer le Conseil régional à l’affaire tout en empêchant Paul Vergès d’en prendre la barre. Didier Robert ayant été élu, il paraît plus acceptable de lui laisser les manettes”.
Evidemment, le nouveau président de la Région ne s’est pas fait prier ».


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