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Où sont les « rats » ?

Alors que le nouveau président de la Région annonce la suppression des grands chantiers

Geoffroy Géraud-Legros / 17 avril 2010

Lorsqu’il s’agissait de déstabiliser la Région dirigée par l’Alliance, Joël Mongin était très bruyant. Au plus fort de la crise, on n’entend plus le « justicier » atoproclamé d’hier. Sans doute parce qu’avec l’arrivée de l’UMP au pouvoir, sa mission est accomplie.

Au mois de novembre 2008, les luttes pour la baisse du prix des carburants ont démarré à La Réunion. Répercutées dans d’autres DOM, elles ont donné une impulsion décisive aux grands mouvements qui ont parcouru l’Outre-mer il y a une année.
Dans notre pays, cette mobilisation a fait l’objet d’une tentative de détournement par l’UMP, bénéficiant à tout le moins de la "compréhension" du Préfet . Instrument de cette manœuvre, Joël Mongin entraînait derrière lui les « gros » transporteurs. But : substituer à une revendication d’intérêt général — la baisse de 20% du litre de carburant, une baisse de 20 centimes pour les seuls représentants de sa corporation. Publiquement, le Préfet d’alors, Pierre Henry Maccioni, accorda son « feu vert » à Mongin et ses amis pour assiéger le siège de la Région Réunion. Il s’en suivit un siège de deux jours de la Pyramide inversée.

Blocage politique

Quelques mois plus tard, le même scénario se répétait : à l’occasion de la visite du Premier ministre François Fillon, venu inaugurer la Route des Tamarins le 19 Juillet 2009, Joël Mongin et ses alliés entreprirent un nouveau blocage de l’Assemblée régionale. Là encore, le soutien du Préfet était manifeste. Prenant appui sur une urgence bien réelle — la pénurie d’emplois dans le BTP — des propriétaires d’engins de transport organisaient le blocus contre une collectivité engagée dans la réalisation de travaux d’intérêt publics d’une ampleur sans précédent à La Réunion. Là encore, une demande sociale légitime était détournée dans un but politique : déstabiliser la présidence de la Région.

Tonalité fasciste

Cette épreuve de force prit une tonalité bien plus agressive encore que le blocage du mois de novembre précédent. Aux dires de Joël Mongin et de ses alliés, tous les élus étaient des « rats ». Les « manifestants » abandonnèrent d’ailleurs dans leur sillage une banderole portant ce slogan, ornée de caricatures animalières des élus réunionnais, dignes de l’imagerie fasciste des années 1930.
Aujourd’hui, Didier Robert annonce l’enterrement du Tram train. Avec la suppression de ce grand chantier poutant tout prêt à démarrer, c’est la perspective d’une enveloppe de 520 millions réservées aux seules PME réunionnaises dans le secteur du BTP qui disparaît. La Route du littoral demeure donc le seul grand chantier en vue : dans le meilleur des cas, l’ouvrage ne devrait pas commencer avant trois ans...si toutefois les affirmations de Didier Robert sont crédibles.

Joël Mongin trompe les travailleurs

Pourtant, Joël Mongin demeure parfaitement silencieux ; celui qui posait hier au défenseur des "petits" n’a guère l’air d’être ému par le sort des petites et moyennes entreprises actrices d’un secteur où les faillites se multiplient.
Ce ne sont pourtant pas les appels au secours et les avertissements qui manquent. Il y a 10 jours, l’intersyndicale du bâtiment alertait sur les risques d’« explosion sociale » liés à la destruction des emplois dans la construction. Cette inquiétude est aujourd’hui partagée par la majorité des acteurs dans ce secteur, a sein du monde ouvrier comme dans les rangs des rentrepreneurs…
Que fait donc Joël Mongin, qui se complaisait tant dans le costume de justicier qu’il avait été surnommé « Zorro » ? Où sont les engins et les camions, qui devraient plus que jamais porter la colère devant les institutions où l’on détruit l’emploi et où l’on ferme les chantiers ? Où sont passés les « rats » ?

Geoffroy Géraud-Legros


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