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Outre-mer : c’est aux peuples de décider

La responsabilité pour mettre fin aux errements de l’intégration

Manuel Marchal / 15 juillet 2017

Mardi soir, le Comité central du Parti communiste réunionnais a donné la position du PCR sur les Assises des Outre-mer. Le PCR ne participera pas à une opération qui reproduit les mêmes errements que ceux qui ont conduit à la crise actuelle. C’est aux Réunionnais de décider ce qui est bon pour eux et ce droit ne saurait être délégué à un gouvernement situé à 10.000 kilomètres.

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Malgré les spécifités reconnues par l’Europe, le quota sucrier de La Réunion a été supprimé, avec toutes les conséquences que cela implique.

C’est en 1960 que le gouvernement propose une première loi-programme. Ce texte de 25 pages avait été soumis au Conseil général, et de nombreux élus n’avaient d’ailleurs reçu le projet que la veille. 14 ans après l’abolition du statut colonial, la promesse de l’égalité était loin d’être réalisée. Notre île avait encore un secteur agricole très développé. Plus de 24.000 livreurs de canne à sucre étaient capables de récolter régulièrement plus de 2 millions de tonnes de canne, tandis que la production sucrière dépassait les 200.000 tonnes. Ce secteur faisait vivre 100.000 personnes, soit près du quart de la population. Le géranium était encore là, avait plus de 5.000 planteurs. La vanille et le tabac étaient également des cultures qui fournissaient encore de nombreux emplois. Mais la crise était déjà là.

Rappel historique

Depuis cette date, les gouvernements qui se sont succédé ont proposé des lois pour les outre-mer. Celle du pouvoir en place en 1986 avait voulu utiliser la défiscalisation pour dynamiser les investissements. Cette orientation s’est toujours poursuivie depuis. Sans remonter au siècle dernier, il est à noter que chaque changement de gouvernement a donné lieu à des textes censés placer les outre-mer sur la voie du développement économique. Il y eut la loi d’orientation pour l’outre-mer (LOOM) en 2001, puis la LOPOM (loi-programme pour les Outre-mer) sous le gouvernement Raffarin. Avec la présidence de Nicolas Sarkozy, la LODEOM a été un véritable serpent de mer. Annoncée dès 2007, il fallut qu’un mouvement social touche les outre-mer en 2009 pour accélérer le calendrier. Cette crise avait débouché sur l’organisation des EGOM (Etats généraux de l’outre-mer) qui avaient lancé une nouvelle formule : le lancement d’une concertation par Internet au nom de la promotion de la démocratie participative. Ces EGOM avaient donné la LODEOM.

Puis avec la présidence de François Hollande, un « big-bang » pour les outre-mer était annoncé à en croire le rapporteur du projet de loi sur l’égalité réelle, Victorin Lurel. Comme pour les EGOM, la démocratie participative via Internet a donné l’illusion que les citoyens pouvaient directement contribuer à l’écriture du projet de loi. Cela s’est conclu sur un texte qui n’a fait qu’inscrire dans la loi des mesures qui devaient depuis longtemps s’appliquer dans les outre-mer dans le domaine de la protection sociale. C’est uniquement cet aspect qui a valu au projet de loi une adoption à l’unanimité.

Le précédent de la Guyane

Loi-programme, LOOM, LOPOM, LODEOM, égalité réelle : autant de textes qui se sont succédé sans que la situation ne puisse fondamentalement s’améliorer pour l’économie des outre-mer. C’est un comble car l’objectif de ces lois est justement de dynamiser l’économie de ces territoires.

La loi dite d’égalité réelle est révélatrice de cette impasse. Elle tente toujours de régler les problèmes par des aménagements du système existant. Et surtout elle marque la fin des marges de manœuvre à la disposition des gouvernements qui se sont succédé depuis le changement de statut de La Réunion en 1946. En effet, elle comprend des mesures d’égalité sociale dont l’application outre-mer avait été retardée. Il ne faut donc plus compter sur cette égalité sociale promise dès le 1er janvier 1947 mais survenue bien plus tard dans les faits pour vendre aux outre-mer une loi de progrès social.

Quelques semaines avant l’élection présidentielle, les Guyanais ont lancé un grand mouvement social. La grève générale a fait émerger des revendications qui touchaient toute la société, ainsi que le besoin de plus de responsabilité. Grâce à la lutte, ils ont obtenu d’importantes avancées dans les négociations, sur la base de leurs propositions. Ce qui est acté en Guyane apporte donc des gains plus important que ce qui était contenu dans la loi dite d’égalité réelle. L’essentiel avait donc été fait, et il n’est ensuite guère étonnant que la présidentielle y fut marqué par un taux d’abstention encore plus important qu’à La Réunion. L’important n’était plus de se prononcer sur le programme de tel ou tel candidat, mais de se concentrer sur la défense de ce qui a été obtenu, quel que soit le pouvoir en place.

Laisser les peuples décider

Comme ces prédécesseurs, ce gouvernement veut laisser dans l’histoire son texte pour les outre-mer. Il faut donc s’attendre à une consultation sur Internet qui comme toujours utilisera l’alibi de la démocratie participative pour donner une caution citoyenne à un texte qui sera déjà ficelé. Les rapports entre Paris et les outre-mer ne sont pas remis en cause, l’initiative vient donc du pouvoir central. C’est aux forces vives des outre-mer de se conformer au cadre proposé, qui est l’intégration.

L’histoire souligne que cette stratégie conduit à l’échec. Elle rappelle que c’est uniquement quand les outre-mer ont mené le jeu que des changements structurels ont pu être obtenus. C’est en effet des outre-mer qu’est partie la revendication de l’abolition du statut colonial. C’est ce qui avait abouti à la loi du 19 mars 1946 qui prévoyait l’égalité sociale. Cette initiative venait de l’analyse d’une situation par les responsables politiques des outre-mer : le cadre colonial ne pouvait plus régler les problèmes posés par les séquelles de la guerre, et était un obstacle à l’extension de toutes les avancées sociales promises par le Conseil national de la Résistance. De cette analyse avait découlé un mot d’ordre dans notre île : Réunion département français. Il s’était traduit par une loi adoptée en 1946 à l’unanimité de l’Assemblée constituante. Mais le refus par le gouvernement d’appliquer ce texte à la lettre avait rapidement amené les communistes à constater l’impossibilité de la départementalisation. 13 ans après ce vote, le Parti communiste réunionnais était créé avec comme revendication un nouveau cadre : l’autonomie. Il s’agissait de laisser aux Réunionnais le droit de gérer leurs affaires par l’intermédiaire d’une assemblée.

Sortir de l’intégration

Aujourd’hui, le cadre actuel ne peut pas faire face aux problèmes urgents qui minent la société. La Réunion a une situation sociale hors-norme. Le niveau de son intégration à la République ne lui permet pas non plus de disposer des moyens nécessaires pour protéger son économie dans le contexte de la mondialisation. Les règles de la concurrence mondiale s’appliquent. Les aménagements permis par la reconnaissance de la spécificité au niveau européen ne sont pas suffisants pour écarter les menaces. C’est ce que montre la suppression du quota sucrier de La Réunion, avec toutes les conséquences que cela implique.

Devant ce constat, le PCR rappelle que dans notre île, des voix toujours plus nombreuses se font entendre pour appeler un autre cadre. C’est pour cela qu’il appelle à la création d’un congrès des élus et des forces vives pour qu’elles puissent s’exprimer et s’entendre sur un projet concerté. C’est en laissant l’initiative aux outre-mer que la situation pourra s’améliorer, pas en les enfermant dans des Assises qui veulent continuer sur la voie de l’intégration.

M.M.



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  • Je me connecte pour la 1° fois sur le site et aurais aimé préciser que la Nouvelle-Calédonie devra d’ici 2018 voter pour ou contre son indépendance, changer de statut, suite aux accords de Nouméa votés en 1998. Ainsi nous verrons bien ce que ce peuple d’outre-mer choisira. Il est multi ethnique, composé pour rappel : de mélanésiens, les canaques (ou Kanaks), comme l’ancien footballeur Christian Karembeu, présents depuis au moins 3000 ans, puis des descendants de bagnards libérés, les caldoches venus de métropole, des opposants à la colonisation de l’Algérie, des antillais dans une moindre mesure, puis encore des réunionnais, qui implantèrent les litchis, la canne, hélas sans succès car la terre est moins fertile là bas, puis des polynésiens, qu’ils soient tahitiens, futuniens, wallisiens, des javanais et un petit peu même des japonais. Souvent, là bas, j’ai appris que l’on utilise l’expression "vivre ensemble", ou encore "destin commun", ce qui est vrai. Si des personnes sont intéressées, elles peuvent faire des recherches sur le net, aller voir le journal local "Les Nouvelles Calédoniennes", pour comprendre les enjeux en cours, découvrir les fameux accords, en espérant que les armes, comme hélas durant les années 80’ restent hors service le plus longtemps possible, la solution est le respect de l’autre, le partage en bonne intelligence, voilà. Désiré.

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