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Ouverture d’un dialogue entre les élus de Corse et le gouvernement

Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni reçus par Manuel Valls

Témoignages.re / 20 janvier 2016

Lundi à Paris, les élus corses et le gouvernement ont acté la création de trois groupes de travail.

Les élections de décembre dernier en Corse ont porté au pouvoir une coalition d’autonomistes et d’indépendantistes. L’investiture du Conseil exécutif et de l’Assemblée de Corse avait vu des actes symboliques. Les membres du Conseil exécutif ont prêté serment sur un livre de Pascal Paoli, un des pères de la République corse. Puis lors de la première séance de l’Assemblée, l’hymne corse a été joué et le discours du président Simeoni s’est fait uniquement en corse.

En première réaction à ces événements, la France, par la voix de son Premier ministre, avait fait part de sa volonté de dialogue avec les élus corses. Mais quelques jours plus tard sur un plateau de télévision, Manuel Valls a changé de ton, disant en substance que la Corse c’est la France, qu’il n’y a pas de peuple corse et que la seule langue officielle est le français.

Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif de Corse, et Jean-Guy Talamoni, président de l’Assemblée de Corse, ont été reçus lundi par le Premier ministre, Manuel Valls. Co-officialité de la langue corse aux côtés de la langue française, amnistie des prisonniers politiques et création d’un statut de résident pour lutter contre la spéculation foncière sont les principales revendications portées par les élus corses. Le désaccord sur plusieurs points n’a pas empêché la création de trois groupes de dialogue sur la langue, la question foncière et les institutions.

Trois groupes de travail pour débattre

Voici un compte-rendu fait par Gilles Simeoni cité par France3 Corse.

« Le Premier ministre nous a fait part de son attitude de fermeté par rapport aux revendications que nous portons. Nous avons réaffirmé en ce qui nous concerne le bien-fondé de celles-ci, notamment en ce qui concerne la co-officialité de la langue corse, la question du statut de résident, la question des prisonniers et celles du transfert de la compétence fiscale ».

« Nous avons constaté en l’état le désaccord, mais nous avons convenu de l’ouverture d’un dialogue avec la constitution de trois groupes de travail ».

Un premier groupe sera « consacré à la question de la langue » corse, un deuxième « à la question foncière et à la lutte contre la spéculation » et un troisième « sur les institutions de la Corse, le statut et la question notamment de l’intercommunalité »

Ces trois groupes se réuniraient « à intervalles réguliers » jusqu’en juin.

« Il s’agira pour nous de démontrer la pertinence de nos arguments et la nécessité d’aller vers une révision constitutionnelle pour permettre les mesures qui nous semblent indispensables, mesures pour lesquelles nous avons été mandatés par une majorité de Corses à l’occasion des élections territoriales de décembre ».

« Chacun campe pour l’heure sur ses positions mais le propre d’un processus de dialogue c’est de permettre à chacun d’écouter l’autre. Nous avons nous la volonté de nous inscrire dans une logique de dialogue ».

Point de vue du gouvernement

Pour sa part, le Premier ministre a publié lundi un communiqué dont voici quelques extraits :

« Le Premier ministre a redit la disponibilité de l’Etat pour accompagner la volonté de transparence du nouvel exécutif en matière de gestion publique.

Cette réunion avait ensuite pour but d’évoquer les partenariats possibles en matière de développement économique, d’emploi, de formation professionnelle et d’apprentissage. 

Elle a aussi été l’occasion d’aborder la mise en œuvre de la collectivité unique issue de la fusion des deux départements corses et de la CTC à l’horizon 2018. »

« Le Premier ministre a rappelé que la Corse, par son insularité, son histoire, sa langue, sa culture, est une région à statut particulier dans la République française. Toutefois, le Premier ministre a tenu à rappeler un certain nombre de principes :

-  Depuis la loi Jospin, la République reconnaît pleinement la langue corse, qui est enseignée dans l’éducation nationale et le gouvernement est tout à fait favorable à son développement. Mais la co-officialité de la langue corse priverait de leur droit tous ceux qui ne la pratiquent pas, notamment dans la fonction publique ou dans les rapports avec l’administration. Le français est la seule langue officielle de la République.

-  De la même façon, le gouvernement partage la volonté de lutter contre la spéculation foncière. Mais un statut de résident, qui consisterait à limiter l’acquisition de propriété à ceux qui pourraient justifier de cinq ans de résidence en Corse, serait une rupture d’égalité.

-  Enfin, le Premier ministre a rappelé de la manière la plus claire qu’il n’y a pas de « prisonniers politiques » en France, où personne n’est détenu pour ses opinions ou ses engagements. Par conséquent, aucune procédure d’amnistie particulière ne peut être envisagée. En revanche, il y a et il y aura des rapprochements géographiques de détenus, dans le respect des décisions individuelles de la justice et de l’administration pénitentiaire.

Le Premier ministre a annoncé la création de trois groupes de travail – des lieux de dialogue, d’échange et de débat – sur l’avenir et sur le développement de la langue corse ; sur la lutte contre la spéculation foncière et la fiscalité ; et sur la mise en place de la collectivité unique et des nouvelles intercommunalités ».

Accord pour dialoguer

Deux approches se confrontent. D’une part, les élus corses revendiquent le prise en compte du peuple corse avec sa langue, son histoire, ses spécificités et les difficultés qu’ont les Corses à pouvoir gérer leur territoire. D’autre part, le gouvernement défend la politique d’assimilation menée par la France. Pour surmonter les différends, les Corses proposent une réforme constitutionnelle pour que l’assemblée unique prévue le 1er janvier 2018 puisse avoir de nouvelles compétences.

Malgré les divergences, un dialogue est possible. Il se tiendra dans des groupes de travail où chacun pourra défendre son point de vue. En Europe, la Corse n’est pas la seule région à être dirigées par des indépendantistes. En Espagne, les dirigeants de la Catalogne souhaitent obtenir l’indépendance dans 18 mois. En Grande-Bretagne, les indépendantistes ont triomphé dans les circonscriptions écossaises aux dernières législatives. L’évolution du dialogue entre les élus corses et le gouvernement sera riche d’enseignements.


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