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Pacte de responsabilité : députés de La Réunion au pied du mur

Examen aujourd’hui à l’Assemblée nationale

Manuel Marchal / 29 avril 2014

Aujourd’hui, l’Assemblée nationale examine le Pacte de responsabilité et de stabilité annoncé le 16 avril par le Premier ministre, Manuel Valls. Ce dernier a reçu hier officiellement le président des députés PS et quelques membres du groupe socialiste. Quelques corrections marginales ont été apportées à un projet qui fixe la feuille de route du gouvernement pour la dernière partie du mandat présidentiel, jusqu’en en 2017. Quelle sera l’attitude des députés de La Réunion aujourd’hui ?

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Le texte du gouvernement entrainera une aggravation de la situation des plus pauvres. Les députés seront-ils solidaires des Réunionnais ou du gouvernement ? (photo Toniox)

C’est à 18 heures aujourd’hui que le Premier ministre va intervenir devant l’Assemblée nationale. Moins d’un mois après son discours de politique générale, il va de nouveau demander la confiance des députés sur son application. Le Pacte responsabilité et le plan d’austérité de 50 milliards d’euros d’économies sont à l’ordre du jour.

Le 16 avril dernier, le projet a été adopté par le Conseil des ministres. Il a suscité de vives oppositions au sein même de la majorité, et quelques adhésions du côté de l’opposition. En effet, le gouvernement n’a pas réussi à obtenir de la Commission européenne un nouveau délai pour atteindre l’objectif de réduction du déficit public annuel à 3% du PIB. Bruxelles a maintenu l’échéance à fin 2015. Il reste donc peu de temps à Paris pour agir, d’où des coupes importantes dans les dépenses publiques.

L’État va réduire ses dépenses de 18 milliards, les collectivités seront privées de 11 milliards et 21 milliards seront retirés à l’action sociale. C’est le cadre fixé pour les trois années à venir, c’est-à-dire la fin du mandat du président de la République, et la première moitié du mandat des maires qui viennent d’être élus.

Réunion avec des députés à Matignon

Face au mécontentement dans ses propres rangs, le Parti socialiste a pris une série d’initiatives. La pression est mise sur tous les députés pour qu’ils votent le texte. Car s’il est rejeté, c’est la crise de confiance qui ne pourra se résoudre que par une dissolution de l’Assemblée nationale et de nouvelles élections législatives.
Hier s’est tenu un bureau national extraordinaire du PS pour réaffirmer la conduite à tenir. Pour sa part, le Premier ministre est entré lui aussi dans la mêlée.

Hier matin, Manuel Valls a reçu à Matignon Bruno Le Roux, président du groupe PS à l’Assemblée nationale, accompagné d’une délégation de députés de ce groupe. Trois heures plus tard, la réunion s’est conclue sur une lettre du Premier ministre aux parlementaires de la majorité dans laquelle Manuel Valls indique en substance avoir pris note des protestations et modifié quelque peu le projet initial.

Lettre aux parlementaires de la majorité

Estimant que ce vote constitue « un moment de vérité », Manuel Valls souligne que « la confiance réciproque, c’est la condition de notre unité ». Il annonce alors quelques concessions. Tout d’abord, le gel des retraites du régime général ne s’appliquera qu’aux bénéficiaires de pension d’un montant supérieur à 1.200 euros. Il indique aussi que la prochaine augmentation du RSA prévue le 1er septembre prochain ne sera pas reportée comme annoncé le 16 avril dernier. Enfin, il laisse la porte ouverte à une possible réévaluation du point d’indice des fonctionnaires : « le gel (…) fera l’objet d’un réexamen chaque année au regard de la croissance et des résultats du redressement économique de notre pays ».

Ces nouvelles dispositions ne prévoient pas de changement pour les autres coupes budgétaires prévues. Toutes les autres prestations sociales seront gelées pendant un an et les collectivités devront faire au moins autant avec une diminution de l’argent des subventions de l’État.

Le bilan des députés se décide maintenant

C’est donc une feuille de route redoutable qui est sur la table aujourd’hui. La responsabilité des députés de La Réunion est écrasante. Compte tenu de la situation sociale de La Réunion, la moindre baisse des fonds alloués à l’action sociale est une catastrophe beaucoup plus importante qu’en France. Car dans notre île, la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, et 30% des travailleurs sont au chômage. La proportion atteint 60% chez les jeunes.

Les députés qui vont voter engagent donc leur responsabilité pour les trois prochaines années, car c’est la portée des textes en débat aujourd’hui à l’Assemblée nationale. S’ils soutiennent ou s’abstiennent, alors ils auront contribué à renforcer les difficultés des Réunionnais. Et ils devront trainer le poids de cette décision pendant toute la fin de leur mandat de député, car les prochains budget découleront directement du plan d’économies de 50 milliards d’euros.

 M.M.  


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