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Panama Papers : le plus grand scandale de corruption jamais rendu public

La plus importante fuite parue dans la presse dévoile la face cachée de la mondialisation ultra-libérale

Manuel Marchal / 5 avril 2016

Panama Papers est la plus grande fuite jamais parue dans la presse. Révélée dans des journaux d’une centaine de pays, elle fait apparaître la mondialisation de la corruption. Au cœur du scandale, 11,5 millions d’enregistrements qui exposent la face cachée de la finance, avec des milliards d’euros dissimulés dans des paradis fiscaux par le biais de plus de 200.000 sociétés écrans créées par un seul cabinet d’avocat d’affaires basé au Panama. Autant dire que ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Parmi les noms divulgués dans cette première grande révélation, d’importants responsables politiques dont des chefs d’État et de gouvernement.

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Quel est le point commun entre Mauricio Macri, président de l’Argentine, Pedro Porochenko, président d’Ukraine, Salman bin Abdulaziz bin Abdulrahman Al Saud, roi d’Arabie Saoudite, Khalifa bin Zayed bin Sultan Al Nahyan, président des Emirats arabes unis, ou Sigmundur Davíð Gunnlaugsson, Premier ministre de l’Islande ? Tous ces chefs d’État et de gouvernement actuellement au pouvoir apparaissent dans ce qui apparaît déjà comme le plus grand scandale financier de l’histoire : les Panama Papers.

C’est la plus grande fuite de l’histoire de la presse. Plus de 2.800 giga-octets de données ont été transmises au Consortium international des journalistes d’investigation. Les informations ont été vérifiées par plus de 370 journalistes de 76 pays. Ces données ne concernent qu’un seul cabinet d’avocat d’affaires installé au Panama : Mossack Fonseca. Le résultat est la diffusion depuis dimanche de ces informations dans une centaine de journaux partout dans le monde.

Pertes considérables pour la population

Le scandale est en effet à l’échelle de la planète. C’est une véritable internationale de la corruption qui est dévoilée, impliquant plus de 140 dirigeants politiques et hauts responsables d’institution.

Dans son édition d’hier, l’Humanité rappelle l’ampleur de la perte engendrée par l’utilisation des paradis fiscaux pour les fraudeurs qui refusent de payer leur contribution à l’État qui leur a permis de faire fortune.

« On connaissait l’indécence des chiffres. L’évasion fiscale, c’est au bas mot 25 000 milliards d’euros planqués dans les paradis fiscaux.

- 15 fois le PIB français

- plus de 2 fois la dette cumulée de tous les pays européens

- 10 fois la dette cumulée des pays dits du tiers monde…

- ou encore la totalité des pertes subies lors de la crise des subprimes et du krach financier qui s’en est suivi.

Il faut aussi avoir bien conscience que le fléau de l’évasion fiscale touche autant les pays du nord que du Sud. Oxfam rappelle que « chaque année l’évasion fiscale coûte ainsi aux pays pauvres plus de 170 milliards de dollars, alors que 400 millions de leurs habitant-e-s n’ont même pas accès à des services de base en matière de santé. » »

Plus de 140 responsables politiques ou de grandes institutions

Ces sommes sont donc détournées des impôts qui servent à financer les investissements ou la solidarité nationale. Elles montrent la responsabilité d’une classe de dirigeants dans les politiques d’austérité payées par les plus pauvres.

Ce sont en effet les plus faibles qui paient le prix de la réduction des services publics, ou des attaques contre les prestations sociales. Ce sont les pauvres qui sont montrés du doigt, accusés de profiter de l’assistance. Pendant ce temps, une classe d’ultrariches ou de responsables politiques qui utilisent leurs positions de pouvoir n’hésitent pas à frauder pour s’enrichir encore plus.

La totalité des 11,5 millions de fiches est loin d’être encore exploitée. La Réunion est-elle épargnée par la mondialisation de la corruption ? Les prochains jours apporteront encore leurs lots de révélation. Souhaitons que ce coup de pied dans la fourmilière soit le point de départ d’une vaste opération anti-corruption qui obligera enfin les mauvais payeurs à passer à la caisse.

M.M.


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