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Patrick Lebreton anticipe-t-il la décision de remettre en cause la sur-rémunération ?

La soudaine prise de position d’un des 7 députés de La Réunion contre la Cour des Comptes interroge

Manuel Marchal / 27 juin 2015

La sur-rémunération revient sous les feux des projecteurs par Patrick Lebreton. Ce dernier a publié un communiqué pour dire qu’il s’oppose fermement à la proposition de la Cour des comptes de refondre le système des sur-rémunérations outre-mer. Puisque la position de l’institution de contrôle des finances publiques est connue depuis longtemps, comment expliquer cette soudaine agitation ? Surtout que son premier président, Didier Migaud, est un ancien député socialiste.

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La prise de position de la Cour des comptes n’est pas nouvelle. Didier Migaud était à La Réunion le 22 avril, pourquoi Patrick Lebreton ne l’a-t-il pas interpellé à ce moment-là ?

À quelques mois des Régionales, Patrick Lebreton tente de se donner l’image du défenseur de la sur-rémunération limitée à une partie de la population. Mercredi, il a publié un communiqué où il prend à partie deux adversaires. Tout d’abord un lobby français indéterminé accusé de vouloir oeuvrer contre les intérêts des outre-mer.

Ensuite, Patrick Lebreton vise son ancien collègue Didier Migaud, premier président de la Cour des comptes. Ce dernier siégeait dans le même groupe parlementaire que le maire de Saint-Joseph. Avant de prendre la direction de l’institution de contrôle des politiques publiques, Didier Migaud était en effet un député socialiste, parti politique de l’alternance.

Quatre mois après, il réagit

La position affichée par la Cour des comptes n’est pas nouvelle. Le 11 février dernier, son rapport annuel avait consacré tout un chapitre à la réforme de la sur-rémunération. L’institution affirme que les sur-rémunérations versées ne sont plus en rapport avec le différentiel entre le coût de la vie en France, et celui du territoire où vit le fonctionnaire qui bénéficie de ce supplément de salaire. C’est pourquoi la Cour des comptes propose de calculer précisément ce différentiel, et d’en déduire la sur-rémunération qui sera versée aux agents de l’État. La loi oblige les collectivités à aligner les salaires de ses fonctionnaires sur ceux de l’État. Cela dégagerait plusieurs centaines de millions d’euros que la Cour des comptes recommande de laisser dans le territoire qui en bénéficie, pour l’utiliser sous d’autres formes que le versement des salaires.

Le 22 avril, Didier Migaud était à La Réunion pour participer à l’audience solennelle de la Chambre régionales des Comptes de La Réunion-Mayotte. La présence du premier président de la Cour des comptes était un événement exceptionnel. Lors de son séjour dans notre île, Didier Migaud n’a pas varié dans ses déclarations.

Comme tous les députés, Patrick Lebreton était invité à assister à cette audience solennelle. Il est donc dommage que le maire de Saint-Joseph n’ait pu donner une suite favorable à cette invitation. Il aurait pu interpeller directement le premier président de la Cour des comptes en présence des autres élus, des représentants des services de l’État et de toute la presse réunionnaise.

Que sait Patrick Lebreton ?

Puisque la position de la Cour des comptes sur la refonte de la sur-rémunération n’a pas changé depuis la publication de son rapport le 11 février, qu’elle est la même que lors du séjour de Didier Migaud à La Réunion le 22 avril, la date de la sortie du député Lebreton interpelle.

S’il a attendu aussi longtemps pour faire cette sortie, et qu’il fait le lien avec l’égalité réelle, Patrick Lebreton soulève donc de nouvelles questions :
– pourquoi fait-il le lien entre sur-rémunération et égalité réelle ?
– qui sont les personnes qui, en France, font du lobby contre les intérêts des outre-mer ?
– la soudaine prise de position du député signifie-t-elle qu’il dispose d’éléments laissant entendre que le gouvernement remettra en cause la sur-rémunération ?


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