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Patrick Lebreton : « Pourquoi je quitte le groupe socialiste à l’Assemblée Nationale »

« Face au 49-3, le 97-4 » : le Président du Progrès démissionne du groupe PS

Témoignages.re / 12 mai 2016

La décision du gouvernement d’utiliser l’article 49-3 de la Constitution pour adopter le projet de loi El Khomri a déjà une importante répercussion politique. Patrick Lebreton, président du Progrès, a décidé de démissionner du groupe socialiste à l’Assemblée nationale. Il a adressé hier aux médias un communiqué pour expliquer ce choix. En voici le contenu.

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Patrick Lebreton

« Le 49-3 est une brutalité, le 49-3 est un déni de démocratie, le 49-3 est une manière de freiner ou d’empêcher le débat ».

Ces mots, clairs et forts, étaient ceux d’un député socialiste, en 2006, face au passage en force du CPE opéré par le gouvernement Villepin.

C’était il y a 10 ans et ce député s’appelait… François Hollande.

Aujourd’hui, le gouvernement tue le débat parlementaire pour imposer un texte légitimement rejeté par la rue, par de nombreux socialistes, par une grande partie de la gauche.

Ajoutant l’insulte à l’offense, le premier ministre a choisi de faire cette annonce le 10 mai, jour-anniversaire de la plus grande victoire socialiste de la Ve République : celle de François Mitterrand à la présidentielle de 81. Cette annonce se fait également 80 ans après mai 36 et le Front Populaire.

C’est donc l’affront populaire et la trahison des valeurs que l’exécutif nous offre en cadeau, pour célébrer ces deux moments de l’histoire dont je nous croyais tous héritiers.

Mon engagement officiel au sein du PS ne date pas d’hier…mais d’il y a 34 ans.

J’avais créé, en 1982, la section du Mouvement des Jeunes Socialistes de Saint-Joseph.

Je n’ai donc pas besoin de rappeler mon attachement aux valeurs qui avaient jusqu’à présent été portées par le parti socialiste : celles de l’égalité des chances et du progrès social. Ce sont ces valeurs qui ont permis les 39h, puis les 35h, la 5e semaine des congés payés, la retraite à 60 ans, le RMI ou encore le 20 décembre férié, chômé et payé.

Que deviennent ces valeurs, au moment où l’on nous impose brutalement cette loi El Khomri ? Ce texte destructure le droit et les acquis sociaux, et ce au prétexte d’une modernité qui nous fait davantage reculer qu’avancer. Cette loi El Khomri, évidemment, ne figurait pas dans le programme présidentiel de François Hollande en 2012, celui plébiscité par plus de 75 % d’électeurs à la Réunion.

Je n’ai pas fait campagne pour voir reculer le droit des travailleurs et l’emploi des Réunionnais.

Je n’ai pas fait campagne pour voter la facilitation des licenciements économiques,

Je n’ai pas fait campagne pour faire prévaloir des accords d’entreprise sur les protections prévues par la loi,

Je n’ai pas fait campagne pour que le taux de rémunération des heures supplémentaires effectuées par les travailleurs soient minorées,

Je n’ai pas fait campagne pour que les conseils des Prud’hommes ne deviennent de simples instances de validation des décisions patronales,

Je n’ai pas fait campagne pour que les CDD, qui sont une porte d’entrée sur le marché du travail, soient surtaxés au risque d’asphyxier les petites entreprises et exclure encore davantage les travailleurs du monde de l’emploi,

Je n’ai pas fait campagne, enfin, pour brader l’héritage de François Mitterrand, pour renier le Conseil National de la Résistance ou pour trahir Léon Blum et le Front Populaire qui sont les piliers de Notre Idéologie Socialiste.

Pour toutes ces raisons, je ne peux suivre le gouvernement. J’ai été loyal tant que cela était possible. Cela ne l’est plus dès lors que l’exécutif choisit d’être déloyal envers ses électeurs.

J’ai choisi de ne pas voter la motion de censure déposée par la droite, qui en appelle à un texte encore plus anti-social qu’il ne l’est.

Mais au regard de mes exigences politiques et morales, je ne cautionnerai pas les dérives de ce gouvernement et du Parti Socialiste, qui confondent aujourd’hui l’autorité et l’autoritarisme, le « modernisme » social et le reniement des valeurs.

C’est pourquoi, solennellement, je démissionne du groupe socialiste à l’Assemblée Nationale.

C’est un moment douloureux mais nécessaire.

L’esprit de caste, les logiques d’appareil ou la soumission à un parti ne peuvent prendre le pas sur les valeurs et les engagements.

Je suis un Réunionnais avant tout et je suis de gauche. Qu’on ne me demande pas de renier ce que je suis. Qu’on ne m’impose pas d’oublier tous ceux que je défends.

Au 49-3, j’oppose le 97-4. Debout. Avec et pour les Réunionnais. »

Patrick Lebreton



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Messages






  • Je salue ici la démarche de Patrick Lebreton. Cette démarche n’est pas que courageuse. Elle est marquée profondément par la lucidité et l’honnêteté. Une majorité de français et plus encore de réunionnais ont cru que Monsieur François Hollande saurait tenir ses engagements de candidat et plus encore de représentant de la gauche. Nous le voyons, le gouvernement s’enferre et s’enferme dans des mesures qui sont loin de contribuer à la préparation de l’avenir de nos petits enfants. Une once de démagogie se glisse même dans certaines décisions, telle celle qui a consisté à donner aux retraités de la fonction publique une ridicule augmentation de leurs retraites pouvant aller jusqu’à 1,5 euros par mois, mesure qui coute globalement à l’Etat plusieurs centaines de millions d’euros !. Lorsque nous sommes élus, ce n’est pas pour gouter aux conforts de fonctions bien indemnisées. Nous devons avoir le courage de transformer la société dans ses profondeurs. Oui, il s’agit aujourd’hui de préparer la société de demain, celle que vivront nos petits enfants.
    Merci à toi Patrick, d’avoir su dire aux Valls et autres que nous ne pouvons pas les cautionner.
    Raymond Lauret

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    • A mon humble avis, il est normal et recommander de dire son mécontentement quand son parti défendre une ligne politique , une idée contraire à son engagement, à sa bataille politique surtout dans le camp des Humanistes, progressistes , de la gauche ! Meme sans couverture médiatique ; sa lisibilité personnelle est parfois plus saine.
      Mais au-delà de ce juste combat, toutes personnes ayant le pouvoir de nouer ou de dénouer des accords, ont-elles toujours compris le combat du peuple qui luttent , combattent pour faire en sorte que la Réunion reste dans le camp des Humanistes, progressistes, de la GAUCHE ?
      Et malheureusement les résultats de ce mépris nous ramène au temps des pires luttes pour sauvegarder sa dignité.

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