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Paul Vergès lance un appel au sursaut réunionnais

Face à l’accentuation de la crise

Manuel Marchal / 12 mai 2010

Les conséquences de la crise mondiale se manifestent au moment où s’amplifient à La Réunion les effets de la crise structurelle. Paul Vergès lance un SOS. Face au risque de délitement de la société, c’est maintenant qu’il faut réagir et saisir toutes les occasions de créer de l’emploi. Autrement dit, comment dans une période actuelle prendre la décision de refuser le tram-train et ses 1,6 milliard d’euros d’investissements ?

À La Réunion, la délocalisation à Maurice de l’usine d’Orangina, la rachat par un groupe mauricien des fleurons de l’hôtellerie réunionnaise et la vente de l’industrie sucrière réunionnaise à des producteurs de betterave ont été des révélateurs d’un transfert vers l’extérieur du pouvoir de décision sur l’économie réunionnaise. Mais la brutale aggravation de la situation économique en Europe va encore davantage plonger notre île dans la crise, car les retards liés au sous-développement ne sont pas comblés, et la croissance démographique continue sa progression inexorable vers le million d’habitants.
L’évolution de la situation en Europe conduit le gouvernement à dévoiler une stratégie liée à un contexte différent de notre île. Appliqué mécaniquement à La Réunion, le train de mesures envisagé aura des conséquences catastrophiques.
Quelles seront les retraites des Réunionnais si la réforme conduit à un allongement de la durée de cotisation et à un report de l’âge de départ ? L’espérance de vie dans notre île est inférieure à celle observée en France, et la pénurie d’emploi est telle qu’à ce jour, plus de 34% des retraités sont contraints de toucher un complément pour atteindre le minimum vieillesse.
Mais plus généralement, c’est la structure de l’économie réunionnaise qui fait craindre le pire.
Un résultat du non-développement, rappelle Paul Vergès, c’est une économie dominée à 80% par les services, et où le secteur qui créé le plus d’emploi est celui de la fonction publique d’État, du fait de l’accroissement démographique. Une fonction publique d’État dont les agents touchent, sur décision de l’État, une surrémunération, ajoute le président de l’Alliance.
Mais pour ce qui concerne les services, mais aussi l’agriculture et l’industrie, force est de constater que l’État intervient massivement par le biais d’exonérations de charge, de subventions, de défiscalisations et contribue aussi de manière importante à la commande publique via des engagements contractualisés tels que le Contrat de projet État-Région, ou la dotation pour la construction de logements sociaux.

L’économie découle de décisions du gouvernement

L’autre conséquence essentielle du non-développement, c’est l’exclusion de plus de la moitié de la population, contrainte de vivre sous le seuil de pauvreté et dépendant donc d’un revenu minimum fixé par l’État.
« Toute l’économie de La Réunion découle de décisions du gouvernement », analyse Paul Vergès, « l’essentiel des flux financiers découle de décisions du gouvernement ».
La situation de non-développement de La Réunion place donc notre île à la merci des projets de restrictions budgétaires qui seront payés par la population à cause de la crise. Face à l’imminence du danger, Paul Vergès lance un appel aux professionnels : « vous êtes menacés directement. Où sont ceux qui ont manifesté devant la Région, où sont ceux qui ont été manipulés, que les Réunionnais se rassemblent ».
Le président de l’Alliance rappelle l’acquis obtenu par le Protocole de Matignon, signé en 2007 avant la crise, et qui signifie pour notre île 3 milliards d’euros d’investissements au cours actuel de l’euro pour deux grands chantiers. Paul Vergès conclut en soulignant la nécessité de saisir toutes les occasions de créer des emplois, tout en signifiant la responsabilité des élus qui s’empressent de casser des projets en pleine crise : les 110 millions d’euros de la rocade du Tampon, les 80 millions de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise et l’annonce de la volonté de supprimer les 1,6 milliard d’euros du tram-train. Tout cela ne peut que déboucher sur un sursaut réunionnais, seule alternative à l’explosion sociale et au délitement de notre peuple réunionnais.

Manuel Marchal


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