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Paul Vergès : « que s’ouvrent les portes d’une véritable civilisation » 

30 années plus tard ces propos sonnent toujours aussi juste

Jean / 13 novembre 2017

17 février 1987 : Paul Vergès « Le choix est entre la barbarie, même scientifiquement sophistiquée, ou la civilisation enfin pour tous. » 5 novembre 2017 : Stephen Hawking « L’humanité doit se préparer à quitter la Terre »

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L’hypothèse de Stephen Hawking est-elle réaliste ou exagérée ?

Avant de revenir à ce sur quoi, dès 1987, Paul Vergès, définissait comme capital pour l’avenir de l’humanité, le mérite de l’hypothèses d’Hawking réside dans le fait qu’il…

1 –… nous incite à ne pas renoncer à notre capacité d’anticipation en nous berçant d’illusions confortables telles que : “ça a toujours existé, ça existera pour des millénaires encore, on verra bien, etc.”

2 –… nous oblige à réfléchir à l’utilisation que nous faisons aujourd’hui de notre planète et de ses ressources.

3 –… nous pose la question de notre vision de l’intérêt de tout le vivant.

4 –… nous permet d’entrevoir l’ultime barbarie vers laquelle nous marchons : si nous continuons à vivre comme maintenant, qui, par qui, et sur la base de quels critères seront désignés les quelques humains jugés dignes d’échapper à un cataclysme de l’ampleur de celui annoncé ?

En février 1987, après 7 années d’un travail sur la Faim dans le monde, intervenant devant le Parlement Européen, Paul Vergès concluait : « Le choix est entre la barbarie, même scientifiquement sophistiquée, ou la civilisation enfin pour tous. »

En février 1993, six années plus tard, paraissait un livre d’entretiens avec Brigitte Croisier : « D’une île au Monde ». Paul Vergès concluait ainsi le dernier entretien :

« Les guerres, par leur fracas, attirent l’attention, mais le système économique actuel tue tous les jours autant sinon plus, que la guerre, et là, la presse en parle peu. C’est ce que j’appelle la “barbarie civilisée”, alors que l’Occident est convaincu de personnifier la civilisation. Un système qui se maintient dans et par de telles conditions ne peut-être la civilisation.

Un Occidental qui, sachant qu’à deux ou trois heures d’avion, des gens meurent de faim ou vivent dans des conditions épouvantables, ne fait rien, accepte sans se l’avouer, l’idée que “ces gens-là” ne sont pas des êtres humains. Quelle différence entre cet Occidental et les foules qui, dans les arènes romaines, assistaient au spectacle des combats de gladiateurs et avaient sur ces êtres humains le droit de vie et de mort ?

La barbarie, c’est le refus de l’universalité de la Dignité et de l’Égalité humaines.

C’est s’arrêter aux frontières de son monde, érigé en forteresse protégée.

Si on veut éviter le suicide, le choix n’est plus entre civilisation et barbarie mais entre civilisation et suicide.

C’est au moment où se pose le problème de la mort, du suicide, de la disparition, que s’ouvrent les portes d’une véritable civilisation. »

1987 - 2017. Trente années plus tard ces propos sonnent toujours aussi juste.

Un an après la disparition de ce grand Réunionnais, le plus bel hommage à lui rendre ne pourrait-il être, prenant appui sur ses enseignements, de nous attacher à privilégier tout ce qui contribue à unir afin d’œuvrer à l’essentiel : « que s’ouvrent les portes d’une véritable civilisation » ?

Jean