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Paul Vergès : Rassemblement pour sauver l’avenir des jeunes de La Réunion

La Réunion concernée par des phénomènes planétaires immédiats, souligne Paul Vergès

Manuel Marchal / 16 juin 2016

Lors de sa conférence de presse hier, Paul Vergès est revenu sur les conséquences du changement climatique, de la démographie et de la mondialisation. Ces phénomènes mondiaux pèseront sur La Réunion et dessineront le monde dans lequel vivront les jeunes Réunionnais qui passent actuellement le bac. Mais les responsables politiques de notre île ne placent pas ces sujets parmi leurs priorités. D’où un cri d’alarme du sénateur, qui appelle à se rassembler pour sauver l’avenir de la jeunesse réunionnaise.

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À l’heure où l’actualité se tourne vers les plus de 11.000 Réunionnais qui passent le bac cette année, Paul Vergès a tenu une conférence de presse pour appeler au rassemblement le plus large pour garantir un avenir à cette génération.

Le sénateur a notamment abordé la question du changement climatique. Elle se traduit concrètement par exemple par des sécheresses au Canada, en Afrique du Sud. Les océans sont aussi influencés. Une étude à La Réunion pose la question de la survie du corail à La Réunion. Du fait de l’augmentation de la température et de l’oxydation des océans, le corail meurt dans la Grande barrière en Australie, mais aussi à La Réunion. Entre 10 et 30 % des récifs sont menacés. Si le corail meurt, il n’assure plus son rôle de barrière. Ce que la nature a mis des milliers d’années à construire, les activités humaines sont en train de le détruire. C’est pourquoi le sénateur interpelle les élus de La Réunion : quelles mesures prendre pour la survie des coraux ?

Toute initiative humaine concernant cette zone doit être réfléchie, indique Paul Vergès. Or à La Réunion, il existe le projet d’une route en mer. Ceux qui ont décidé de supprimer le chemin de fer et de construire la route du littoral, en avaient-ils prévu les conséquences ? Deux routes ont déjà été construites, et on s’attaque à une troisième. Cette liaison de 13 kilomètres est devenu le problème principal des transports à La Réunion. Les conséquences s’étendent à toute l’île. Elle est évaluée à 1,6 milliard. La Cour des comptes dit que la simple prise en compte de l’inflation fait passer le coût à 1,9 milliard. Si les matériaux manquent, alors se sera le tout viaduc. « On dépasse déjà 2 milliards d’investissements », constate Paul Vergès. À cela il faut ajouter les 500 millions d’euros annoncés pour le raccordement de la future route à l’entrée de Saint-Denis.

Les experts alertent sur le risque de disparition des baleines des eaux de La Réunion à cause des travaux. La presse confirme la condamnation régionale et nationale de ce chantier, qui remet en cause la biodiversité de La Réunion.

Crise à Mayotte et ses effets à La Réunion

Mayotte fait moins de 400 kilomètres carrés, elle est 6 fois plus petite que La Réunion. Cela correspond à la surface de Saint-Denis et de Saint-Paul, peuplées aujourd’hui par 250.000 personnes. Mayotte a officiellement 240.000 habitants. Si La Réunion avait la même densité, on aurait 1,5 million d’êtres humains à La Réunion. L’INED et l’ONU annoncent pour 2050 500.000 habitants à Mayotte. Avec la même densité, La Réunion en aurait 3 millions. Les projections annoncent pour 2100 700.000 habitants à Mayotte.

Le problème fondamental n’est pas celui des Anjouanais qui émigrent à Mayotte, mais celui de la démographie.

Or Mayotte est un département français. La Réunion sera-t-elle insensible à l’évolution de Mayotte qui connaîtra 500.000 habitants ? Les Mahorais n’auront-ils pas la volonté d’aller vers un autre département, sachant que le plus proche est La Réunion ?

Quelles seront les décisions des élus mahorais ? Du gouvernement français responsable de la situation. L’enjeu est immédiat. Il ne faut pas que le gouvernement prenne une décision impliquant La Réunion sans débat préalable, conclut Paul Vergès.

Enfin, le sénateur rappelle que la tendance est à la liberté du commerce mondial. À La Réunion, la principale conséquence porte sur le sucre.

Le prix mondial du sucre est inférieur de 20 % au prix d’intervention. Comment les producteurs de La Réunion feront-ils face à la concurrence avec une telle différence de prix ? Le problème est posé dans notre île. 25.000 hectares sont consacrés à la culture de la canne à sucre. C’est la plus grave menace sur l’agriculture réunionnaise depuis qu’elle existe.

Tout va changer

Enfin, le sénateur revient sur les annonces relatives à l’égalité réelle. « On décide du sort des Réunionnais dans les semaines qui viennent, et le monde politique n’en discute pas ». « Dans quel état seront les barrières coralliennes dans 25 ans ? Où en sera la NRL ? Que deviendra la biodiversité naissante à La Réunion ? Quelles relations avec les Mahorais et les pays voisins ? » Autant de questions importantes qui sont escamotées.

La loi sera votée avant décembre, et fixera la vie des Réunionnais jusqu’en 2042. À cette date, La Réunion aura un million d’habitants, Madagascar 45 millions, Mayotte 500.000. Tous ceux qui sont aujourd’hui à l’école seront des adultes, ils vivront cela.

Face à cela, ce sont toutes les diversions possibles qui visent à faire réfléchir les gens sur autre chose. Qui s’occupe des planteurs confrontés à un problème majeur ? Alors que la question est : comment éviter un effondrement du prix de la canne ?

Paul Vergès pousse un cri d’alarme : tout va changer dans les 25 ans, il faut un rassemblement de tous les Réunionnais, car il s’agit du sort de tous les jeunes à La Réunion. Jamais le sort de La Réunion n’a été aussi incertain. Il faut que les politiques réunionnais interviennent dans tous ces secteurs.


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