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PCR : Défendre La Réunion auprès des Ministres

Conférence de presse

Céline Tabou / 19 juin 2014

Trois secrétaires généraux du Parti Communiste Réunionnais ont tenu une conférence de presse afin d’apporter leur analyse à la veille de la visite à La Réunion des Ministres de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, et des Outre Mer, Georges Pau Langevin.

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Ary Yée Chong Tchi Kan, Yvan Dejean et Maurice Gironcel ont rencontré hier les journalistes (photo C.T.)

Les ministres « arrivent à La Réunion à un moment où l’exacerbation des contradictions des politiques menées ici depuis des décennies atteint son paroxysme », a expliqué Maurice Gironcel, pour qui « les Outremers, et La Réunion, sont oubliés. Il faut rappeler à nos dirigeants parisiens que les problèmes que l’on rencontre sont différents de ceux qui la population franco-française rencontrent ».

« Il faut faire une autre politique »

Yvan Dejean a constaté que lors de cette visite ministérielle, « aucune force vive de La Réunion ne rencontrera les ministres ». D’autant plus qu’il s’agit des treizième et quatorzième ministres qui viennent à La Réunion, sans pour autant « connaitre leur bilan au cours de ces deux années passées ». Ce dernier a pointé du doigt les 72% de votants pour François Hollande, lors de la présidentielle, « durant deux ans, les ministres et les députés se sont chargés de mettre en œuvre leur politique, dont 7 députés réunionnais ; à majorité socialiste ».

Des députés, dont « aucun n’a fait le travail d’explication que les électeurs attendent. Les électeurs ont droit au respect et à la considération de la part de ceux qui sont bien payés pour agir en leur nom », a indiqué Yvan Dejean. Ce dernier a souhaité un bilan du premier gouvernement de Jean-Marc Ayrault, après le remaniement, qui a vu Victorin Lurel, céder sa place à Georges Pau-Langevin.

« Le fond est de dire à ces deux ministres arrivent à un moment où la politique menée depuis des décennies a atteint ses limites ». D’ailleurs, « tous les indicateurs économiques et sociaux sont dans le rouge et l’aggravation de la situation en France et en Europe n’offre aucune possibilité de redressement dans l’immédiat et les années à venir », a indiqué Yvan Dejean.

Ce dernier a rappelé la « situation hors norme », mise en avant qui ne demande pas « d’apporter quelques petites modifications ici ou là comme par exemple donner un petit plus d’emplois aidés pour faire face au chômage ». Pour le PCR, « la question est de dire qu’il faut une autre politique pour éviter le désastre qui parait inévitable. Le changement se doit être maintenant ».

Les conséquences de 1946

A la question, « pourquoi en sommes nous arrivés là ? », Yvan Dejean expliqué que « la politique gouvernementale menée à La Réunion depuis 1946 » a un impact direct dans la vie des Réunionnais, avec notamment la hausse des inégalités. Mais aussi, « la transition démographique qui n’a jamais été prise à sa juste mesure ».

Rappelant la politique des revenus établie dès 1946, le secrétaire général a mis en exergue la sur-rémunération des agents de l’Etat, à laquelle s’ajoute des avantages sur le plan matériel comme les congés payés, primes d’installation, impôts bonifiés, régime de retraite particulier. A contrario, « les autres catégories de la population ne percevaient pas ces avantages. Donc dès le départ une grande inégalité s’est installée entre une grande partie de la population et les agents de l’Etat ».

Un système qui s’est par la suite généralisée dans les autres services, a expliqué Yvan Dejean, ajoutant que la départementalisation a « vu s’installer et se développer rapidement les services administratifs ». Ces services sont devenus considérables par rapport aux autres secteurs d’activités, car aujourd’hui 84,5% contre 1,5% pour le secteur primaire et% pour le secteur secondaire, a-t-il indiqué.

Evoquant une série de chiffres (voir encadré), Yvan Dejean a expliqué que « ces chiffres sont le résultat d’une crise structurelle qui prévaut à La Réunion depuis des décennies. Cette crise structurelle, combinée à la crise conjoncturelle en France et en Europe notamment sur les plans financiers et économiques, aboutit à l’exacerbation des contradictions ». Raison pour laquelle, le PCR se demande « quelle sera la politique menée ici compte tenu de la crise en France ? ».

Céline Tabou

« Quelle sera la politique menée ici » ?


Pour Yvan Dejean, Maurice Gironcel et Ary Yée Chong Tchi Kan, « il faut que les ministres le disent », car les mesures gouvernementales annoncées auront des conséquences pour La Réunion, ont-ils indiqué. Compte tenu de la baisse des crédits au sein de l’ensemble des ministères, la diminution des dotations de l’Etats aux collectivités et les 6 millions annoncées en moins dans le budget des Outremers, les perspectives sont moroses pour les réunionnais, ont déploré les trois secrétaires.

De son côté, Ary Yée Chong Tchi Kan a évoqué les problèmes immédiats à La Réunion, et particulièrement la fin des quotas sucriers en 2017, la poursuite et l’extension des Accords de Partenariats Economiques (APE), l’incertitude sur l’octroi de mer et les problèmes de logements.

« La filière canne sucre est gravement menacée et d’une manière générale toute la production réunionnaise », a expliqué ce dernier. « Alors que la coupe va commencer, enfin il est dit aux gens que les quotas seront terminés en 2017 », mais les prix garantis aussi, a-t-il ajouté. Le secrétaire général du PCR a souhaité connaitre « le point de vue du gouvernement concernant l’avenir de la canne à La Réunion. On connait la position de Stéphane Le Foll, ministre de l’agriculture. Il a décidé à l’Union Européenne de mettre fin aux quotas en 2017 alors qu’il était possible d’aller jusqu’à 2020 ».

Avec la venue des deux ministres, le PCR leur propose « de travailler avec l’ensemble des acteurs de la filière, afin de s’en sortir. Mais dans leur programme de visite, il n’y a pas de rencontre avec les personnes concernées, ni même les maire », dont 23 ont sur leur territoire des terres agricoles.

Concernant les APE, Ary Yée Chong Tchi Kan a mis en avant l’opacité autour des négociations faites par l’Union Européenne avec les pays voisins pour créer une zone de libre échange. Aujourd’hui, « on n’a plus le temps, parce que dans l’Est de l’Afrique, des accords intermédiaires ont été mis en application. Comment progresser alors, quel est l’avenir de La Réunion dans la zone ? », a posé ce dernier.

Le poids des décisions politiques réunionnaises


Ary Yée Chong Tchi Kan a évoqué plusieurs dossiers qui pèseront sur les générations à venir. Tout d’abord, la Nouvelle Route du Littoral, le PCR réitère la demande du groupe de l’Alliance au Conseil Régional, pour une expertise économique et financière, car « le milliard 600 millions annoncés au départ est une farce. Cela ira bien au-delà des 2 milliards et le coût sera à la charge des contribuables de La Réunion et mettra la Région dans une situation financière périlleuse ».

Autre point crucial pour le PCR, la réforme territoriale. « On ne peut plus appliquer mécaniquement une réforme conçu pour les régions françaises », indiqué Maurice Gironcel. Ce dernier a évoqué le regroupement de régions fait en France, qui ne peut pas se faire à La Réunion, car « on n’a qu’une seule région ». De plus, « ici notre environnement géo économique est composé de pays indépendants dont certains connaissent ou connaîtront dans un proche avenir une progression économique et démographique rapide. La Réunion doit s’inscrire dans cet environnement ».

Raison pour laquelle, Yvan Dejean rappelle le souhait du PCR : « Un territoire, une assemblée, un projet de développement ». « Il faut un pouvoir réunionnais pour mettre en place un projet de développement qui réponde à l’urgence sociale, développe durablement La Réunion et qui gère les flux financiers qui arrivent ».

Yvan Dejean a tenu à rappeler aux ministres « la réalité des choses »


Les inégalités sont « insupportables en matière de revenus ». En effet, à La Réunion, 20% des plus riches concentrent 47% des richesses et 20% des plus pauvres concentrent quant à eux 7% des richesses, a-t-il indiqué.

S’ajoute un niveau de vie très bas, 42% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté national et un taux d’illettrisme record avec 116 000 illettrés. Le PIB par habitant est de 17.700 euros à La Réunion, soit 40% inférieur au PIB français.

Cette inégalité découle, entre autre, du taux de chômage « le plus élevé de la République », avec 30%. Avec l’augmentation de la population, ce taux « s’aggravera encore plus puisque dans les 15 ans à venir la population active augmentera de 50.000 personnes ». D’autant plus que le taux d’emploi à La Réunion est « très faible », soit 44%.

Dans le domaine de la santé publique, « La Réunion détient le triste record d’être au sixième rang mondial concernant le taux de population atteint du diabète » a indiqué Yavan Dejean, ajoutant que le taux de mortalité infantile est de 7,6 pour mille à La Réunion contre 3,8 pour mille en France.


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