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PCR : la baisse des prix un enfumage de plus !

Le porte-monnaie des Réunionnais en danger

Témoignages.re / 22 février 2016

Ce samedi à Saint-Pierre, le Parti communiste réunionnais a tenu une conférence de presse pour alerter sur les effets de la vie chère. La baisse des prix est un mythe pour les Réunionnais.

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Photo Toniox

La question des prix est un problème important à La Réunion. Une grande partie de la population souffre de la vie chère. Ce samedi à Saint-Pierre, Yvan Dejean, secrétaire général du PCR, Jean-Yves Grondin et Jean-Michel Folio, membres du Conseil politique, ont présenté l’analyse du Parti communiste réunionnais sur cette question, ainsi que les propositions du PCR.

Sur les prix à La Réunion : Tout et son contraire ont été dits. Mais quelle est la réalité exacte ? Pour le PCR, la réalité, c’est un comparatif des prix entre la France et La Réunion. Même enseigne et même produit de consommation courante et de grandes consommations. L’écart est de 93 % en moyenne.

Le QuotidienProduitsFrance : Leclerc St – EtienneLa Réunion : Leclerc Riv des PluiesEcart de prix France / La ,RéunionEcart de prix %
15.02.2016 Granola chocolat 1,21€ 2,18€ 0,97€ 80%
08.02.2016 Serviettes hygiéniques 1,57€ 3,05€ 1,48€ 94%
07.12.2015 Chammalows 1,11€ 2,68€ 1,57€ 141%
23.11.2015 10 lames de rasoirs 1,42€ 2,25€ 0,83€ 58%
09.11.2015 Perrier (6x1L) 3,34€ 6,99€ 3,65€ 109%
02.11.2015 Déodarant (200 ml) 2,66€ 4,20€ 1,54€ 58%
26.10.2015 Café soluble 1,70€ 3,56€ 1,86€ 109%
28.09.2015 Petit beurre 1,50€ 3,04€ 1,54€ 103%
14,51€ 27,95€ 13,44€ 93%

Extrait du comparateur des prix publié dans le Quotidien.

Le problème de l’approvisionnement

Et il est vraisemblable que certains de ces produits sont dans la liste du bouclier qualité – prix. Alors pourquoi ce décalage ? « Nous avons depuis toujours donné notre explication. Ce décalage s’est que l’ont s’approvisionne à 10000 km de La Réunion (France et Europe) ; donc le plus loin possible », rappelle Yvan Dejean, secrétaire général du PCR.

Cette source d’approvisionnement éloignée ne peut pas expliquer à elle seule le surcoût des produits. En réalité, c’est la poursuite de l’exclusive coloniale, le Colbertisme. Or, parmi les produits du tableau, certains d’entre eux d’aussi bonne qualité se fabriquent dans la zone, et coûtent beaucoup moins cher qu’ici.

Offre et demande

Mais le PCR souligne aussi une autre raison : la loi de l’offre et de la demande.

Le pouvoir a créé avec les compléments de revenus une couche de plus en plus nombreuse de clients solvables. C’est la sur-rémunération qui touche non seulement les fonctionnaires, mais aussi certaines professions libérales. La fiscalité joue également un rôle, estime le PCR. L’octroi de mer a certainement quelques effets vertueux : protection de la production locale dans une certaine mesure et recette pour les budgets communaux. Mais il recèle des effets pervers. C’est un impôt indirect qui frappe la grande masse des consommateurs. Et parmi cela il y a une grande majorité de pauvres.

Le PCR pointe aussi les marges bénéficiaires mais également les marges arrières, des ententes entre les monopoles, etc.

Le Parti communiste réunionnais ne dit pas qu’il faut arrêter tout de suite avec la sur-rémunération, ni l’octroi de mer. Il appelle à voir le problème dans sa globalité, à traiter le problème des revenus d’une manière générale, tout comme celui de la fiscalité et pas seulement de l’octroi de mer et de la maîtrise des coûts.

« Voilà pour nous les causes de la vie chère. Et le Président de l’Observatoire des Prix et des Revenus, M. Sébastien Fernandès dans son interview du 8 février dernier ne dit pas autre chose », indique le PCR. Le magistrat parle des générateurs de surcoûts.

Le mythe de la baisse des prix

« Comment alors expliquer l’écart de 93 % », interroge Yvan Dejean. En dehors des problèmes évoqués quel est l’impact des « sur-bénéfices » des monopoles d’importation et de distribution ?

« Sur cela nous n’avons aucun élément. Et quand ont a crée l’Observatoire des Prix et des Revenus, c’était d’abord pour aller au fond des choses. C’est-à-dire dans la formation des prix, de l’usine à la gondole de supermarché ».

Mais les informations sur la formation des prix ne sont toujours pas publiques. Tant que cela ne sera pas fait, « il sera illusoire de parler de la maîtrise des prix à La Réunion ».

Le PCR revient ensuite sur la parution d’une étude de l’INSEE qui a fait grand bruit cette semaine : en 2015, les prix ont baissé.

« On nous dit que pour la première fois depuis 60 ans les prix ont baissé à La Réunion. La raison est simple. Un des facteurs dans la formation des prix est le pétrole. Quand le baril de pétrole passe de 110 dollars à 38 dollars actuellement, mécaniquement cela entraine une baisse des prix », déclare le secrétaire général du PCR, « mais nous ne pouvons pas nous contenter de cela. Il faut aller au fond c’est-à-dire la structure des prix. Sinon c’est un mythe, c’est de l’enfumage ».

Et si le prix du pétrole repart à la hausse, alors tout augmentera en conséquence.

La bataille des prix

La population a déjà participé à de grandes manifestations contre la vie chère à La Réunion. C’était le cas en 2009 avec le Collectif des organisations sociales, politiques et associatives de La Réunion (COSPAR), où le mouvement a permis des avancées. Le PCR rappelle que pour lutter contre la vie chère le COSPAR a obtenu que premièrement une prime soit attribuée au bas revenu et deuxièmement qu’il y ait une baisse des prix sur plus de 200 produits. La lutte du COSPAR a porté ses fruits. Il y a eu une prime de 150 euros pour tous les bas revenus. Et sur les 200 produits il y a eu une baisse effective de 10 %.

D’autre part, le COSPAR a demandé la sélection de 16 produits de grande consommation sur lesquels doit être étudiée et rendue publique la structure de la formation de leur prix.

Tout le monde connaît la suite, le gouvernement a décidé de supprimer la prime COSPAR. De droite comme de gauche.

Comment se forment les prix ?

Au lieu de mener à bien l’étude sur les 16 produits, la liste COSPAR a disparu, remplacée successivement par le panier Jégo puis par le panier Lurel.

Ces dispositifs ont pour base une liste de produits issus d’un accord entre l’Etat et les distributeurs, ils n’augmenteront pas. « Mais quand il y a les discussions pour arrêter les prix et produits ils sont partis d’un prix à un instant T, il faut d’abord connaître la structure de ce prix au temps T 0 », précise le PCR, « si on décide de ne pas augmenter les prix mais que les marges ne sont pas remises en cause mais qui est gagnant dans l’affaire ? Voilà la réalité ».

Avant de parler de panier ou de bouclier, il est urgent de mener dans la plus grande transparence une étude sur la structure de la formation des prix : de l’usine à la gondole.

Le PCR regrette que l’OPMR de La Réunion n’ait jamais mené une étude réelle sur la formation des prix à La Réunion. « Tout le temps que cela ne se fera pas toutes les annonces sur les baisses ou stagnation de prix seront viciés dès le départ ».

Échanger avec nos voisins

À l’heure de la mondialisation, le PCR propose de mettre fin à l’exclusive coloniale ou Colbertisme. Dans la zone, des produits de même qualité sont beaucoup moins chers et c’est trois fois moins loin. Non seulement cela économise sur le prix d’achat, mais aussi sur le prix du transport sans oublier un bilan carbone plus favorable.

Le PCR milite donc pour une ouverture de La Réunion sur son environnement. « Encore faut-il que La Réunion dispose des compétences pour inciter à ces échanges internationaux et passer des accords avec des entreprises, des États », souligne Yvan Dejean. Mais les élus réunionnais ne disposent pas de ces pouvoirs. « Nous en revenons à notre revendication d’une Assemblée Unique avec des pouvoirs accrus en termes de coopération. Parce qu’il est évident que nous devons nous préparer à notre double intégration avec d’un côté l’Union européenne, la France et de l’autre notre bassin de vie, notre zone géo-économique ».

La vie est chère pour tout le monde

Toute aussi importante est une politique d’harmonisation des revenus à La Réunion. C’est un problème d’égalité. Egalité réelle. « comment pouvons-nous accepter qu’en vertu de l’égalité réelle, pour un même coût de la vie certains ont une prime et d’autres n’ont rien ».

Il est établi que près 50 % des Réunionnais vivent en dessous du seuil de pauvreté. Un des éléments de la pauvreté c’est la cherté de la vie. L’autre c’est bien sûr les revenus.

« Sur ce point en particulier nous demandons qu’il y ait une évaluation du coût de la vie », souligne Yvan Dejean. « Il y aura un différentiel par rapport à la France. La Cour des Comptes l’a évalué à 6 % ». Le PCR plaide pour une étude approfondie dans tous les domaines. Une fois la différence de coût de la vie avec la France établit, alors tous les revenus doivent bénéficier d’une augmentation pour compenser ce surcoût.

Pour une autonomie fiscale

Enfin, le PCR pose le problème de la fiscalité. Il est nécessaire de protéger la production locale, mais pas seulement en termes de fiscalité. « La menace des APE est réelle, il faut en conséquence une harmonisation de la fiscalité adaptée à la situation réunionnaise », indique le PCR.

« Là aussi il faut un pouvoir réunionnais pour répondre à la question : quelles politiques fiscales à La Réunion : fiscalité des revenus, fiscalité sur l’habitat, foncier, fiscalité sur l’importation. Nous plaidons pour qu’il y ait une autonomie fiscale à La Réunion », conclut Yvan Dejean.


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