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PCR : « le pouvoir aux Réunionnais »

Conférence de presse du Parti communiste réunionnais sur le 70e anniversaire de la loi du 19 mars et le projet de loi sur l’égalité réelle

Manuel Marchal / 19 janvier 2016

Le Parti communiste réunionnais a rencontré hier les journalistes à la suite de son Conseil politique du 15 janvier. Pour le PCR, « un mois après les élections régionales, la situation s’aggrave, rien n’est réglé ». Un autre point était à l’ordre du jour : le 70e anniversaire de la loi du 19 mars 1946. Quelles perspectives ouvrir pour la population ? Le PCR propose que le projet de loi sur l’égalité réelle soit une loi pour la responsabilité et le développement. Il revendique que l’égalité réelle soit définie par l’égalité du PIB par habitant avec la France au terme d’une période de 20 ans. Le PCR propose une assemblée unique élue à la proportionnelle dotée de compétences permettant notamment aux élus réunionnais de négocier avec les pays voisins. Il demande que les partis, les parlementaires et les élus contactés pour faire part de leurs propositions sur l’égalité réelle rendent publiques leurs contributions. Le PCR a également dévoilé une déclaration issue de son Conseil politique du 15 janvier résumant ces différents points. Le Parti célébrera également le 70e anniversaire de la loi du 19 mars 1946 par des débats, et une grande conférence le 19 mars 2016.

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Ary Yée Chong Tchi Kan, Yvan Dejean et Maurice Gironcel, secrétaires généraux du PCR, ont présenté hier les propositions du Parti communiste réunionnais.

Cette année 2016 marque le 70e anniversaire du vote de la loi du 19 mars 1946 qui a aboli le statut colonial et transformé la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique et La Réunion en départements. C’est pour le PCR l’occasion d’un bilan, et d’ouvrir de nouvelles perspectives. C’est ce qui a fait l’objet d’un rapport lors du dernier Conseil politique du PCR qui s’est tenu le 15 janvier. La réunion de l’instance dirigeante du PCR a permis également d’analyser la situation économique, sociale et politique après les élections régionales des 6 et 13 décembre 2015.

« La droite dirige les deux collectivités. On retrouve souvent les mêmes des deux côtés », souligne Maurice Gironcel qui met en exergue la présence à la direction de la Région du président de la Chambre des métiers, de celui de la Chambre de commerce, de la présidente du Conseil départemental et de 14 maires sur 24. « Ces personnes dirigent La Réunion aujourd’hui. Les problèmes demeurent. Plus que jamais nous pensons que les années à venir seront celles de tous les dangers », affirme le dirigeant du PCR.

« Le PCR sait vers quoi aller depuis 1959 », souligne Yvan Dejean, qui note des aspects positifs après l’adoption de la loi abolissant le statut colonial, mais le système est bloqué. « L’avenir c’est quoi et qui doit définir l’avenir ? »

La Réunion socialement « hors-norme »

Ary Yée Chong Tchi Kan rappelle que la loi du 19 mars 1946 comporte trois articles. L’article 2 dit qu’au 1er janvier 1947, toutes les lois de France devaient s’appliquer dans les 4 nouveaux départements, les « Quatre vieilles ». « Ça n’a pas été fait. La décision de ne pas appliquer l’égalité est contraire au vote des Réunionnais le 21 octobre 1945 qui a vu la victoire des communistes Raymond Vergès et Léon de Lépervanche ».

Le gouvernement a choisi d’aligner les fonctionnaires réunionnais sur les avantages servis aux cadres métropolitains, alors pour l’égalité était refusée au reste de la population. « Dès le départ la loi du 1946 est faussée car au lieu de l’égalité, c’est un privilège pour une partie de la population. Cette décision crée une inégalité supplémentaire qui aggrave les tensions dans la société jusqu’à aujourd’hui ».

Le PCR note que 70 ans après la loi du 19 mars, plusieurs points sont positifs : éducation, hygiène, école, retraite… « Mais il reste à régler les contradictions que l’on traîne depuis 70 ans », poursuit le secrétaire général du PCR, « l’INSEE et le Conseil général disent que le département de La Réunion est socialement hors-norme ». Cela se traduit par un chômage structurel très important, et le problème des revenus avec une part importante de la population dans la pauvreté.

Nécessité d’un changement profond

« Tout s’aggrave. L’année prochaine, la garantie sur le quota et le prix du sucre, c’est fini. C’est le risque de l’effondrement de l’économie sucrière, 18.000 personnes font partie de cette filière », prévient Ary Yée Chong Tchi Kan, « où sont les promesses du président de la République ? »

En 1946, la balance commerciale était équilibrée, aujourd’hui le taux de couverture des importations par les exportations est à peine supérieur à 5 %. Si le sucre s’effondre l’année prochaine, les exportations seront quasiment à zéro, « comment redresser l’économie au moment où l’Europe signe avec les pays voisins un accord de partenariat économique avec abattement des frontières et suppression des taxes ».

« C’est pourquoi quand le président de la République a proposé un débat sur l’égalité réelle, le PCR a dit chiche ». Car pour les communistes, 70 ans après la loi du 19 mars, c’est la nécessité d’un changement profond avec des moyens institutionnels, des finances nouvelles et un projet.

« Nous avons contribué et appelons à la rédaction d’une loi de responsabilité et de développement. En 1946, on a axé les efforts sur l’alignement des lois sociales mais la partie développement n’a pas été suffisamment prise en compte », ajoute Ary Yée Chong Tchi Kan, « en 1959, tirant les leçons de l’expérience de 13 années, nos aînés ont créé le PCR. Le PCR est un accélérateur des contradictions et un acteur conséquent de cette période. Nous ne pouvons pas faire un bilan des 70 ans du 19 mars, sans prendre en compte les 57 ans du PCR ».

« Le système actuel est bloqué »

« 2016 sera l’année de nombreux défis », poursuit Maurice Gironcel, avec la fin des quotas et du prix garanti en 2017, 2016 sera la dernière coupe de cannes sous la forme actuelle. Le secrétaire général du PCR revient également sur le drame qui a touché un planteur de choux de la Plaine des Cafres, obligé de détruire ses choux à cause de produits importés à des prix défiant toute concurrence.

C’est la perspective ouverte par une « signature sans nous des APE », et « le système actuel est bloqué ».

Pour le PCR, « pas d’autres solutions que de changer radicalement de politique ». « Depuis 1946 à aujourd’hui, les différents gouvernements qui se sont succédé ont appliqué une politique qui a engendré les difficultés actuelles et que l’on arrive pas à surmonter dans le cadre actuel ».

Maurice Gironcel rappelle que « les communistes réunionnais ont senti venir le problème et ont créé le PCR en 1959 ». Cette création s’appuyait sur un projet basé sur l’autonomie, des pouvoirs, une aide globalisée comparable à un fonds de développement. À cela s’ajoutait la bataille pour la reconnaissance de l’identité et de la culture réunionnaises.

Depuis 70 ans, les transferts publics ont généré un marché qui a favorisé l’arrivée de monopoles. C’est l’exemple du tout-automobile avec la mise en place d’un monopole pour le carburant.

Égalité du PIB par habitant avec la France

Le constat du blocage a amené le président de la République à agir. Il a chargé Victorin Lurel de la concertation pour une loi d’égalité réelle. Pour le PCR, le chef de l’État reconnaît que la situation est bloquée, et que 70 ans après le vote de la loi du 19 mars, il n’y a toujours pas d’égalité réelle.

François Hollande a demandé aux partis politiques et aux parlementaires de faire remonter leurs propositions. « Le PCR, à sa connaissance, est le seul à l’avoir fait », constate Maurice Gironcel. Il note aussi que les autres partis politique s’en remettent à Paris, « ce n’est pas notre conception en tant que communiste réunionnais ».

François Hollande a demandé de définir ce qu’est l’égalité réelle.

« Il faut prendre en compte des données indiscutables : c’est le PIB par habitant », affirme le PCR. C’est le rapport entre la richesse crée en une année et le nombre d’habitant. Il y a un écart de plus de 10.000 euros par an et par habitant au détriment de La Réunion. « Créons un fonds de développement basé sur le manque à gagner d’environ 10.000 euros par habitant qui manque à La Réunion », ajoute Maurice Gironcel, en rappelant que le président de la République a dit qu’il était près à accompagner financièrement les pays d’outre-mer. Cela fait une somme de 8 milliards d’euros. François Hollande propose de réaliser l’égalité réelle sur 20 ans. C’est pourquoi le PCR propose d’étaler les 8 milliards sur 20 ans, pour abonder un fonds de développement.

« Le pouvoir aux Réunionnais »

« C’est nous Réunionnais qui devons être les maîtres de l’utilisation du fonds de développement », souligne Maurice Gironcel, qui rappelle que d’importants investissements sont nécessaires pour l’adaptation face au changement climatique, l’autonomie énergétique, et la sécurité alimentaire.

Outre le développement, l’égalité réelle doit aussi se décliner par la responsabilité. Le secrétaire général du PCR rappelle que la semaine dernière, une rencontre sous l’égide de la COI a décidé de faire de Madagascar le grenier des îles, qui a représenté La Réunion ?

« Nous devons avoir les moyens institutionnels de mettre en œuvre cette politique et avoir les moyens du développement », affirme le PCR. Le Parti est pour une révision de la Constitution. Il demande tout d’abord la suppression de l’alinéa 5 de l’article 73 de la Constitution. Ensuite, il plaide pour une assemblée unique élue à la proportionnelle afin que tous les courants de pensée soient représentés. « Cette assemblée doit donner les moyens à nos représentants d’être des interlocuteurs responsables auprès de nos voisins. Ce n’est pas le cas, comme l’a montré le dernier Sommet de la COI à Moroni », explique Maurice Gironcel.

Le PCR constate que La Réunion va connaître un million d’habitants pendant que la population de Madagascar dépassera les 50 millions.

« La Réunion ne doit plus être isolée dans son espace géoéconomique. Comment nous y intégrer tout en sauvegardant les avancées sociales obtenues par la lutte ? », poursuit le secrétaire général du PCR. Il note que cette idée est admise par beaucoup d’acteurs politiques. « Pour le PCR, il faut donner le pouvoir aux Réunionnais ». Maurice Gironcel souligne que l’on parle de plus en plus d’une certaine autonomie de gestion. Et de rappeler que sur proposition de l’Alliance, l’ancienne majorité régionale avait voté une motion sur l’autonomie fiscale. « Nos idées gagnent du terrain ».

« Aux Réunionnais de choisir leur destin »

Un autre élément, c’est la prise de position de Didier Migaut, premier président de la Cour des Comptes, qui estime que la départementalisation de Mayotte était une erreur.

« Il y a 70 ans, des Réunionnais ont trouvé une loi juste, avec d’autres acteurs, Aimé Césaire, Léopold Bissol, Gaston Monnerville, pour sortir les « 4 vieilles de la misère ». 70 ans après, la situation est bloquée et plus difficile. C’est à nous de trouver des solutions ».

Avec le débat parlementaire dans les semaines à venir sur l’égalité réelle, le PCR estime que « les Réunionnais doivent savoir ce que proposent les parlementaires et les partis politiques. D’où cet appel : publier vos propositions ». Pour sa part, le PCR avait adressé ses propositions au gouvernement au mois d’août dernier. « Ce que nous avons proposé est à débattre, débattons ».

Yvan Dejean insiste sur le fait que « la loi ne peut pas se faire en catimini. Pas question de reproduire les mêmes recettes que depuis 70 ans ». « Aux Réunionnais de choisir leur destin, il n’est pas possible de pondre un texte sans en avoir débattu avec les Réunionnais », déclare le secrétaire général du PCR.

Enfin, pour célébrer le 70e anniversaire de la loi du 19 mars 1946, le PCR prévoit une série d’activités marquée par des débats et une grande conférence le 19 mars 2016.


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