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PCR : Pour un Nouveau Pacte de Développement

Dans 48 heures, François Hollande à La Réunion

Parti Communiste Réunionnais / 23 juillet 2014

La Réunion : une situation économique et sociale d’une gravité exceptionnelle : plus de 40% de la population vit au dessous du seuil national de pauvreté ; près de 30% de la population active est au chômage. Quelles seraient les initiatives que prendrait le gouvernement si plus de 25 millions de Français vivaient sous le seuil de pauvreté et si la France comptait 10 millions de chômeurs ?

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Tournons le dos à ce système car à La Réunion, la moitié des Réunionnais vivent sous le seuil de pauvreté. Photo Toniox

Faillite d’un modèle vieux de plus de 60 ans

Il ne s’agit pas de nier les progrès réalisés dans les domaines des équipements publics, de la santé, de l’éducation ou dans le secteur agroalimentaire ou de l’import substitution depuis des décennies. Mais ce qui domine, ce sont les déséquilibres économiques et sociaux.

Situation sociale "hors norme"

Une économie désarticulée : Un Produit Intérieur Brut (PIB) par habitant de 17.700 euros, soit 40% inférieur au PIB français. 84,5% de la Valeur Ajoutée pour le secteur tertiaire, alors que les secteurs primaire et secondaire représentent d’un côté 1,5% et de l’autre 14% selon l’IEDOM en 2012.

Des inégalités sociales criantes : en 2008, selon les chiffres publiés par les services de l’Etat, les 20% les plus riches à La Réunion concentrent 47% des ressources ; les 20% les plus pauvres se partageant 7% du total des ressources ; le rapport inter-déciles des niveaux de vie est de 5,2 à La Réunion contre 3,3 en en France métropolitaine ; sur une population de 830.000 personnes en 2010, 343.000 personnes vivent sous le seuil national de pauvreté, 150.000 foyers regroupant 240.000 personnes dépendent de minima sociaux ; entre 22 000 et 27 000 ménages en attente d’un logement social ; la situation sociale à La Réunion est jugée « hors norme » par l’INSEE. 65% du personnel travaillant dans les collectivités locales, notamment dans les communes, ne peuvent être titularisés, compte tenu du coût de la sur rémunération. Globalement, les majorations de rémunération dans la fonction publique d’Etat, et hospitalière représentent un coût annuel à La Réunion estimé à plus de 500 millions d’euros. Malgré la scolarité obligatoire, La Réunion compte, 67 ans après la départementalisation, 110.000 illettrés pour 840 000 habitants.

Sur-rémunération et grande pauvreté

La situation que nous connaissons aujourd’hui est bien le résultat de la poursuite de l’application mécanique de la politique d’intégration économique en vigueur depuis 1946, date du classement des « 4 vieilles colonies » en Département. Pourquoi une telle appréciation de la situation ?
D’une part, le gouvernement a pris, dès 1947, au nom du coût de la vie à La Réunion, d’étendre à toute la fonction publique d’Etat, le statut colonial existant notamment la sur-rémunération. Il était prévisible et logique que certains services s’engagent dans cette même voie bénéficiant de sur-rémunérations de l’ordre de 30, 40, 50 ou 73% de plus qu’en France continentale.

Dans le même temps, et par les mêmes gouvernements, l’égalité sociale a été refusée au secteur privé pendant 50 ans. Cette formation officielle de cette inégalité institutionnalisée d’une part, et la sous-estimation de la transition démographique naturelle qui, sur un siècle, va voir la population réunionnaise passer de 240.000 habitants en 1946 à un million à l’horizon 2025 d’autre part, sont à la base de la crise structurelle sur tous les plans, qui frappe La Réunion aujourd’hui.

La France encore une métropole : 52% des importations

Certes, des lois d’adaptations ont été régulièrement votées et mises en œuvre notamment sur le plan économique. Force est de constater que malgré leurs mérites, elles n’ont pas permis d’effacer toutes les séquelles du modèle colonial de l’économie de comptoir et du colbertisme : 72 % de nos échanges proviennent de l’Europe à plus de 10.000 km dont 52% de France ; le taux de couverture des importations par les exportations est extrêmement faible : 6%.

Le système de « l’exclusive post coloniale », caractérisé par la dépendance vis-à-vis des monopoles d’importation, n’a pas permis à l’économie réunionnaise de trouver les voies d’une insertion dans son environnement géoéconomique. La croissance de notre économie n’a pas été suffisamment « endogène » pour générer des créations de richesses et d’emplois à la hauteur des besoins. Parallèlement, sur le plan social, le recours à différentes formules « d’emplois aidés », mis en œuvre par tous les gouvernements successifs, a également été impuissant à régler ce problème de chômage massif.

Aujourd’hui, le contexte de la diminution de la commande publique et de la baisse du rythme de progression des transferts publics a provoqué un fort ralentissement de l’activité économique. Le sentiment qu’il n y a plus de solutions dans le cadre actuel, que nous allons dans le mur si rien ne change, est de plus en plus partagé par les différents acteurs.

10.000 personnes de plus par an

On ne peut accepter le scénario programmé d’une société dont plus du tiers de la population – et déjà 60% des jeunes - sont condamnés au chômage. Telle est la réalité de notre situation et il faut en prendre la pleine mesure. Car il faut bien être conscient que la situation ne peut que s’aggraver.

Le premier facteur qui va jouer est celui de la poursuite de la transition démographique : La Réunion voit sa population augmenter de près de 10.000 personnes chaque année.
De 840.000 en 2013, la population réunionnaise se stabilisera à près d’un million en 2025. Durant cette période, tous les besoins vont augmenter, dans tous les secteurs.

Nos perspectives

En plus de cela et dans l’immédiat, La Réunion est confrontée à des échéances qui vont avoir un impact direct sur la vie économique et sociale. En juillet 2014, c’est l’expiration du régime actuel de l’octroi de mer. Quelle va être l’économie générale du futur dispositif ? Quels seront les arbitrages entre les intérêts contradictoires des collectivités locales, des consommateurs et de la production locale ?

Sur le plan de l’environnement géo - économique, La Réunion va être confrontée à l’impact des APE, (accords de partenariat économique), libéralisant les échanges entre l’Union européenne - dont nous sommes partie intégrante - et des pays de notre environnement : quelles sont les dispositions prises par le gouvernement pour qu’il soit tenu compte de notre situation ?

La Réunion va être confrontée à une échéance décisive en 2017, année de la fin des quotas sucriers. Comment préparer les planteurs à ce choc de compétitivité qui va livrer leur production à la concurrence du marché mondial ? Enfin, comment trouver des solutions au surendettement de milliers de TPE/PME réunionnaises, qui doivent verser au titre des cotisations sociales et charges fiscales un milliard deux cents millions d’euros ?

Pour un nouveau Pacte de Développement

La Réunion ne manque pas d’atouts. Mais il faut agir maintenant. Car c’est maintenant que se joue le sort de la génération à venir. Dans une génération, à l’horizon 2040, notre environnement géoéconomique sera totalement transformé. Les grandes puissances émergentes, l’Inde, la Chine… vont poursuivre leur développement s’appuyant sur leur puissance démographique. Et plus près de nous, l’Afrique du Sud et les pays de la côte orientale d’Afrique comme le Mozambique, la Tanzanie, le Kenya etc., connaissent également une forte progression démographique et une croissance économique remarquable.

Un pays émergent à 800 kilomètres

La Réunion et ses voisins des îles de l’océan indien se trouvent sur cet axe d’échanges émergeant entre l’Asie et l’Afrique. Madagascar passera de 24 millions d’habitants aujourd’hui à plus de 55 millions d’habitants en 2050. Avec Maurice, les Seychelles les Comores, La Réunion peut ainsi participer à un espace francophone de près de 60 millions d’habitants. C’est une nouvelle frontière pour notre développement qui se dessine. Tout dépendra de l’orientation qui sera prise par Madagascar. Va-t-elle faire le choix de conforter son héritage ou faire un autre choix ?
L’enjeu est capital pour La Réunion. Est-on conscient à Paris de cet enjeu historique ?

C’est dans cette perspective que nous plaidons depuis plusieurs années pour l’émergence d’une véritable université de l’océan indien, commune aux îles de la COI (Commission de l’océan indien).

La lutte contre le changement climatique

Le brassage des jeunesses de nos îles est une contribution au développement de nouvelles relations entre elles, fondées sur le principe du co-développement. Un co-développement qui permettrait à La Réunion de valoriser ses atouts dans les domaines de la santé, de la recherche en matière agricole, de ses richesses maritimes et de la pêche, de l’agriculture, des énergies renouvelables, de l’adaptation aux changements climatiques. Sur ce plan, la conférence de Paris sur le Climat en 2015 représente une opportunité pour les territoires ultramarins. La Réunion pourrait-elle initier un projet exemplaire en concertation avec les îles de la Commission de l’océan Indien : Madagascar, Maurice, les Comores, les Seychelles ?

Les objectifs stratégiques d’autonomie énergétique pour nos îles et de l’autonomie alimentaire, dans une stratégie de co-développement régional, ouvrent pour La Réunion des potentialités de développement considérables, sources de créations de richesses et d’emplois. Ils fondent les bases d’une économie de proximité répondant aux exigences du développement durable et de la cohésion sociale. C’est en ayant à l’esprit ces perspectives que nous devons concevoir et élaborer les outils juridiques, financiers et de la fiscalité pour permettre à La Réunion de s’insérer dans son environnement naturel. C’est cela qui constituera les fondements d’un nouveau pacte de développement.

En 2015, Paris va présider le Sommet Mondial sur le climat. Comment ne voit-il pas une contradiction flagrante entre cet événement et l’autorisation qu’il accorde à la réalisation d’une route en mer qui est un crime écologique ?


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