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Pénurie de logements et crise humanitaire : « Droit dans le mur »

Conférence de presse du Parti communiste réunionnais

Céline Tabou / 30 juillet 2011

À l’occasion d’une conférence de presse à l’hôtel Austral de Saint Denis, le Parti communiste réunionnais a fait le bilan de l’actualité actuelle, notamment la visite du secrétaire d’État au logement, Benoist Apparu et la crise humanitaire, non loin de La Réunion, en Somalie.

Analyse politique de l’actualité

La situation actuelle est gravissime

« Nous vivons une situation exceptionnelle de gravité, marqué par la situation en Europe, les gens se demandent comment va se terminer la crise grecque ? Va-t-il y avoir un effet domino ? », a déclaré Elie Hoarau, secrétaire général du Parti Communiste Réunionnais. Le député au Parlement européen a évoqué la possibilité pour les Etats-Unis de se retrouver en cessation de paiement, d’ici quatre jours.

« Nous risquons de voir le pays le plus important et puissant de la planète être en pleine faillite, si le pays ne pourra pas rembourser ses dettes, quelles conséquences auront-elles sur le monde, c’est la grosse interrogation, et on ne sait pas si le problème va être réglé » a alerté Elie Hoarau au sujet du blocage institutionnel aux États-Unis. Cet événement est un point majeur autour duquel s’articule d’autres faits inquiétants.

Benoist Apparu traite à la légère les problèmes réunionnais

Dans notre contexte économique et social, le logement et l’emploi sont des problèmes majeurs à La Réunion, « un ministre qui arrive pour vendre du vent sur un problème récurrent à La Réunion, et qui fait croire que le système de défiscalisation du logement social est plus efficace que la LBU est inadmissible. Ce n’est pas dans un contexte de crise que les problèmes de La Réunion doivent être pris à la légère ».
Comme l’a expliqué Elie Hoarau, il n’y a eu aucun écho positif à la venue du ministre du Logement, comme l’indiquent les déclarations des syndicalistes et des bailleurs sociaux.
« L’attitude de ce ministre décrédibilise les visites ministérielles car il y a des problèmes sociaux aussi importants traités à la légère, en ne rencontrant pas les acteurs économiques et du BTP ». « C’est éclairant pour l’opinion publique » que le ministre fait peu cas de la situation réunionnaise.

Et la LBU ?

Benoist Apparu a déclaré que la baisse de la LBU de 20 millions d’euros pourra être palliée par la défiscalisation avec une recette de 143 millions d’euros pour 4.000 logements. « Mais alors pourquoi cette recette ne peut pas être mise sur la LBU, qui est un outil financier nécessaire pour la programmation des réalisations de logements sociaux », interroge Élie Hoarau.
Le secrétaire général du PCR a rappelé qu’il fallait une réelle volonté politique, et que l’Etat ne devait pas se désengager. Le retrait du pouvoir central entraine au fur et à mesure une diminution du nombre de constructions et ne devrait pas répondre aux attentes croissantes des demandeurs de logement social.
« On va droit dans le mur, car l’État se désiste dans le logement social mais dans les vingt ans à venir, il va y avoir la hausse démographique, l’État devra rehausser la LBU car ce n’est pas la défiscalisation qui permettra de compenser le manque en matière de logement » a conclu Elie Hoarau.

Céline Tabou


Prendre en compte le foncier dans la structure de la LBU

La situation actuelle est alarmante, « après la visite du ministre Benoist Apparu, nous pouvons retenir les fausses annonces et la non prise en compte des problèmes de fond ». Maurice Gironcel a mis en évidence la baisse des crédits de paiement de la Ligne Budgétaire Unique, passant de 216 millions d’euros de crédits de paiement en 2010, 195 millions en 2011.
Le membre du secrétariat du PCR a fustigé le désistement de l’État dans le financement du logement social dans l’Outre-mer, « cette baisse de 10% touche donc la subvention que l’État verse aux constructeurs de logements sociaux ». La Réunion connait une pénurie de logements sociaux, et voit plus de 25.000 foyers Réunionnais faire des demandes sans réponse.
Pour pallier au manque de crédit de la LBU, le ministre du logement, Benoist Apparu a indiqué que la défiscalisation pouvait prendre la relève. Cependant, « la défiscalisation à La Réunion a été un échec depuis sa création. La défiscalisation du logement social est une manœuvre du gouvernement qui marque la réalité de la baisse de la LBU ». Au-delà, des problèmes de défiscalisation et de la baisse de la LBU, Maurice Gironcel a indiqué que « le coût du foncier à un impact sur les terrains, en dépit de ces problèmes, l’État n’a toujours pas pensé à l’aménagement du foncier ».


Hausse du chômage dans le BTP

« Cette absence de construction et l’arrêt des grands chantiers, tels que la Rocade du Tampon et tous les projets lancés depuis ces dernières années ont contribué à la hausse du chômage à La Réunion », notamment dans le BTP, dans lequel 10.000 emplois ont été supprimés depuis 2010. C’est ce qu’a, une nouvelle fois, rappelé Maurice Gironcel.
En effet, avant la récession, c’est-à-dire jusqu’en 2008, le secteur comptait 22.000 employés, aujourd’hui seuls 10.000 Réunionnais ont un emploi dans le BTP. Les derniers chiffres de l’INSEE ont annoncé en 2010 que le nombre de travailleurs inscrits à Pôle emploi a augmenté de 13,1%. « Fin décembre 2010, 62.650 Réunionnais étaient inscrits à Pôle emploi en catégorie A, B, C depuis plus d’un an. Ils sont 15.150 de plus par rapport au même mois de l’année précédente, soit une augmentation de 31,9%. »
Face à cette catastrophe dans le secteur de l’emploi à La Réunion, le PCR demande « un moratoire sur le secteur public, notamment dans l’éducation nationale, afin de donner la priorité à l’emploi sur 15 ans, comme ce fut le cas ». Un exemple est celui du recrutement spécifique d’instituteurs selon des règles dérogatoires, à l’époque où des moyens ont été enfin dégagés pour permettre la scolarisation de masse de tous les Réunionnais.


Production de logements en chute libre

La construction globale de logements à La Réunion est passée de plus de 13.000 logements livrés en 2008 à moins de 7.000 en 2010. Les besoins en construction neuve de logements, est à hauteur de 11.500 logements par an selon la FRBTP, dont la moitié en logements sociaux, soit 5 à 6.000 logements neufs /ans.
Sur la base des ratios actuels de la contribution de l’Etat, la construction de ces logements sociaux nécessiterait 100 millions d’euros d’aide à la pierre (LBU) et environ 200 millions d’euros d’apport en défiscalisation.
A titre indicatif, pour l’année 2011 le montant annoncé de l’aide à la pierre pour le logement neuf serait de 63 millions d’euros (sur un montant global de LBU de 94,5 millions d’euros) et l’apport en défiscalisation attendu de 143 millions d’euros.


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