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Plus de direct à la télé pour soutenir une grève à Air Austral

La compagnie réunionnaise est entrée dans le plus grave conflit social de son histoire

Manuel Marchal / 30 janvier 2016

Air Austral connaît depuis hier son plus grave conflit social de l’histoire. Si le lancement de la « grève » de 2010 avait pu bénéficier d’un direct dans le journal du soir de Réunion Première, le traitement médiatique du mouvement actuel, d’une ampleur inédite, est totalement différent. Au moment où il commence, les grévistes n’ont pas les honneurs du direct de la télévision dans le journal du soir, où la parole est donnée uniquement aux passagers touchés par les désagréments. Comment expliquer cette différence ?

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Retour en mai 2010, un mois après l’élection de Didier Robert à la tête de la Région Réunion. À l’époque, Paul Vergès était le président du Conseil de surveillance d’Air Austral, et Gérard Éthève du Directoire. Réunion Première ouvre alors son journal du soir sur un reportage en direct : une banderole et quelques personnes hostiles à la direction d’Air Austral sur le parking de l’aéroport. C’était la première fois que le lancement d’une grève était couvert en direct par une télévision dans son JT du soir, une heure de grande écoute. Pourtant, l’importance de ce mouvement était bien faible par rapport à celui qui touche aujourd’hui Air Austral. Il n’avait pas bouleversé le programme des vols. L’ancienne direction de la compagnie n’était donc pas dans la situation de l’actuelle, qui doit enchaîner communiqués sur conférences de presse pour faire état des mesures prises pour garantir au mieux l’acheminement des passagers.

2010 : une « grève » en pleine campagne contre l’ancienne direction

En mai 2010, la direction d’Air Austral était la cible d’une grande campagne de déstabilisation. Les arguments les plus divers étaient utilisés. Air Austral était accusée d’être mal gérée alors que ses comptes étaient plombés par un facteur sur lequel elle n’avait aucun pouvoir : le prix du baril de pétrole avait connu une brusque hausse pour se situer largement au-dessus de 100 dollars, soit plus de 4 fois le prix actuel.

Didier Robert avait en effet l’ambition de prendre le contrôle de la société réunionnaise qui faisait de l’ombre à Air France. Air Austral avait dans les cartons un projet révolutionnaire pour permettre aux Réunionnais d’être les maîtres du désenclavement de La Réunion : l’Airbus A380 de 800 places. Signe de la bonne santé de l’entreprise, Airbus était partie prenante dans ce projet et avait conclu avec Air Austral une commande ferme de deux appareils dotés de cet aménagement spécifique, avec une option sur deux autres. Cet avion était conçu pour faire baisser les prix de 30 % toute l’année pour tout le monde. Il réduisait donc à néant un volet de la politique clientéliste de Didier Robert, qui cherchait à se construire une popularité en distribuant des bons de réduction sur les prix des billets d’avion. Avec l’Airbus A380, c’était 30 % de réduction sans avoir besoin d’aller dans une antenne de la Région, et donc sans que le contribuable ne soit contraint de payer.

2012 : nouvelle direction et abandon du projet A380

En 2012, les adversaires du projet de l’A380 ont fini par atteindre leur objectif. Didier Robert s’octroyait la présidence d’Air Austral. Il rétablissait aussitôt l’exploitation de lignes déficitaires. Cela a accentué les difficultés d’Air Austral et créé un contexte qui a rendu l’ancienne direction impopulaire dans l’opinion. Elle a ainsi été rapidement congédiée. La conséquence immédiate était l’abandon du projet d’Airbus A380. Les compagnies françaises pouvaient dormir tranquille, rien ne les obligeait plus à baisser leurs prix pour essayer de s’aligner sur ceux de l’A380 à 800 passagers. Quant à Didier Robert, il allait pouvoir déployer sa politique clientéliste, lui donnant même un coup d’accélérateur lors de l’année des élections régionales. En effet en 2015, la Région Réunion a mis en œuvre un dispositif totalement pris en charge par le contribuable réunionnais pour financer une partie du prix des billets de ceux qui ont les moyens de voyager.

2016 : priorité aux désagréments subis par les passagers

Janvier 2016, la situation est totalement différente. Les conditions économiques sont en effet beaucoup plus favorables. Par rapport à 2010, le prix du baril de pétrole a été divisé par quatre. Pour une compagnie comme Air Austral qui exploite des vols entre La Réunion et la France, cette baisse considérable permet mécaniquement à la société d’améliorer sa situation financière. La campagne de presse contre Air Austral a cessé depuis que l’ancienne direction a été mise sur la touche par Didier Robert.

Mais la compagnie doit faire à une grève sans précédent. Les pilotes ont en effet publiquement évoqué des problèmes liés à la sécurité, ils demandent également une amélioration de la gestion du personnel. Cette grève est annoncée depuis plusieurs jours. Les négociations n’ont rien donné, et le mouvement a donc été lancé hier.

Le traitement de la grève atypique de mai 2010 insistait sur les revendications des grévistes.

Mais hier soir, le journal télévisé n’a pas, comme en 2010, offert un direct montrant quelques salariés en train de manifester contre la direction. Au contraire, il était uniquement question des désagréments subis par les passagers, sans donner la parole aux grévistes et sans rappeler les revendications. Un traitement qui n’est pas sans rappeler celui des mouvements sociaux dans les transports en commun en France, où l’angle choisi donne une image très négative de la lutte des travailleurs.

Entre la manœuvre politicienne de 2010 et le traitement du conflit actuel, sans doute existe-t-il un juste milieu qui facilite la juste compréhension des enjeux de la grève.

M.M.



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  • Ne pas oublier qu’entre temps, hélas, la ligne "Réunion-Nouvelle-Calédonie" a été purement supprimée alors que parmis la population de ce Territoire d’outre-mer de 250 000 habitants, 10% est originaire de la Réunion. Soit 25 000 ! Ce qui n’est pas négligeable mais de ça, de supprimer cette liaison sans penser à ces réunionnais caldéoniens que l’on nome "Boubonnais", appremment on s’en est moqué comme de la 1° brassière, pas de sécurité mais de l’époque où nous étions tous des bébés, futurs citoyens du monde, consommateurs voyageurs, c’est bien dommage de l’avoir oublié, est-ce révélateur d’un manque volonaire ?

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