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Politique étrangère : Nicolas Sarkozy s’enlise

Geoffroy Géraud-Legros / 12 avril 2011

Entre guerres médiatiques improvisées et continuité néo-coloniale en Afrique et aux Comores, la politique étrangère impulsée à l’Élysée sape l’édifice de la politique étrangère française.

Face à un désaveu de plus en plus affirmé et à des défaites électorales qui se suivent, le Président de la République s’est engagé dans une politique d’intervention militaire à l’étranger. La méthode n’est pas nouvelle. Précipitée au plus bas des enquêtes d’opinion au début de sa carrière, Margaret Thatcher avait pu s’imposer durablement comme Premier ministre en faisant la guerre aux Argentins lors de la guerre des Malouines. En 2003, Georges Bush assurait sa réélection en attaquant l’Irak, bien que tout indiquât alors l’absence de liens entre le gouvernement de Saddam Hussein et les auteurs de l’attaque du 11 Septembre. Si elle correspond à des buts directement économiques — le contrôle des approvisionnements pétroliers —, la guerre conduite par Nicolas Sarkozy en Afrique du Nord poursuit elle aussi très visiblement des buts de politique intérieure.

Guerre médiatique en Afrique

Recherchant un peu de dorure médiatique pour un blason qui n’en finit plus d’être écorné, Nicolas Sarkozy pourrait bien subir un nouveau camouflet en Libye. Après l’échec relatif des bombardements et face à l’absence d’atrocités qui permettraient une intervention militaire redoublée, l’OTAN et les USA semblent, bon gré mal gré, s’orienter vers une solution politique. Si cette option venait à se confirmer, le Président français sortirait d’autant plus isolé de l’aventure libyenne que les puissances du Sud et la Russie plaident elles aussi pour un règlement négocié. Il en va de même en Côte-d’Ivoire : les véritables actions de guerre menées par des militaires français contre l’un des prétendants au siège de président, au profit de son rival, désignent à l’Afrique entière le visage d’une France plus accrochée que jamais à son “pré carré” néo-colonial. D’autant plus que les victoires-éclair attendues ne sont pas au rendez-vous : là où les communicants de l’Élysée voulaient faire retentir l’éclat des armes victorieuses, les médias du monde entier usent des formules les plus sinistres pour décrire les interventions françaises. En Libye, les raids aériens français furent ainsi qualifiés de « carnages » par l’“International Herald Tribune”, formule vite reprise aux quatre coins de la planète. De même, l’opinion africaine n’a pas tardé à refléter une forte opposition à l’intervention africaine en Côte-d’Ivoire, sentiment relayé entre autres par les dirigeants de l’Union africaine. Un sentiment que l’arrestation de Laurent Gbagbo par les forces françaises va sans doute porter à son paroxysme.
Enlisée en Libye, enlisée — depuis plusieurs années déjà — en Côte-d’Ivoire, la politique étrangère de la France s’enkyste aussi dans des aires géographiques moins placées sous le regard médiatique.

Comores : violation du droit international…

Le cas des Comores montre à l’extrême les conséquences de choix politiques électoralistes sur les relations internationales. Depuis près de 35 ans, un différend oppose la République française à l’État issu de la décolonisation qui exerce la souveraineté sur les îles de Grande Comore, de Mohéli et Anjouan. A plusieurs reprises, la France, qui continue d’occuper l’île de Mayotte, a été sanctionnée pour violation des règles internationales. Illégale au regard du droit, la situation s’est dégradée sur le plan humain après l’instauration, en 1995, d’un visa, surnommé « visa Balladur ». Un règlement qui a, du jour au lendemain, brisé les flux d’échanges humains entre l’île de Mayotte et l’île d’Anjouan, organisés traditionnellement en fonction des liens familiaux poussés entre les habitants des deux îles, ainsi que d’un système complexe de relations économiques. Conséquence : les départs désormais clandestins d’Anjouanais pour des séjours bien souvent temporaires à Mayotte sont désormais effectués via les périlleux kwassa-kwassa. Ces esquifs instables finissent bien souvent par sombrer dans les 70 kilomètres du bras de mer qui sépare les deux terres, devenu un véritable cimetière marin où ont péri plusieurs centaines de personnes en un peu plus d’une décennie.

… aggravée par les choix sécuritaires

L’accession au pouvoir de Nicolas Sarkozy a eu pour effet un durcissement sans précédent de politiques migratoires pourtant déjà pointées du droit pour leur inhumanité. Avec près de 26.000 raccompagnements annuels à la frontière, les quelques kilomètres qui s’étendent entre Mayotte et Anjouan comptabilisent autant d’expulsions d’étrangers que le restant de la République… alors même que la population d’Anjouan n’excède pas 200.000 habitants. Les débordements sécuritaires impulsés par Paris donnent ainsi lieu à un ballet kafkaïen, au cours duquel les forces françaises renvoient sempiternellement les mêmes personnes qui, à peine rentrées, tentent de traverser la mer une nouvelle fois afin, le plus souvent, de participer à des marchés et à des échanges de biens qui interviennent en amont des mariages, moments-clefs de la vie sociale des populations concernées. Plus grave : le blocage de cette frontière elle-même illégale solidifie des identités, faisant émerger un problème ethnique inexistant auparavant. Ainsi, près de 40% des habitants de Mayotte sont désormais des Anjouanais en situation illégale. Une situation totalement nouvelle dans l’île, que le dispositif devenu presque concentrationnaire du camp de Pamandzi ne peut régler. Rafles, marchands de sommeil, délinquance, racisme et exploitation de la main d’œuvre « immigrée » affligent désormais le quotidien des Mahorais. Il est à craindre que la départementalisation ne cristallise encore les problèmes dans un contexte où le nouveau ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, annonce une intensification de la politique anti-immigration. Un calcul politicien qui vient pourrir encore un peu plus les relations entre la France et l’Union comorienne.

Geoffroy Géraud Legros


Côte-d’Ivoire : l’aboutissement d’une stratégie néo-coloniale ?

Ce sont des soldats français qui ont directement procédé à l’arrestation du dirigeant ivoirien Laurent Gbagbo, après l’attaque conjuguée du palais présidentiel par les forces d’Allassane Ouattara et les troupes françaises de l’opération “Licorne”.
Un épilogue qui répond aux vœux de l’Élysée qui, immédiatement après l’élection, avait proclamé la victoire de M. Ouattara, sans vouloir examiner les graves irrégularités et les violences électorales imputées aux partisans de ce dernier lors du scrutin. Les intérêts français sont, il faut le rappeler, très présents en Côte-d’Ivoire, notamment au travers de l’entreprise Bolloré.


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