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Portugal : la charité plutôt que l’équité

Sur le blog de Pierre Vergès

Témoignages.re / 31 août 2011

Cet article est paru sur le site du "Courrier International" en date du 25 août 2011. À méditer. J’avais eu raison d’écrire en décembre 2010 sur mon blog un article sous le titre "Le gouvernement veut-il privatiser la sécurité sociale ?"

Le nouveau gouvernement vient de lancer un programme d’urgence sociale destiné à venir en aide aux trois millions de Portugais les plus pauvres. Mesure phare : la cession d’une quarantaine d’infrastructures publiques aux institutions caritatives.
Un retour à la logique à l’œuvre sous la dictature estime le quotidien Público qui y voit « un risque pour les droits sociaux ».

En 1960, seuls 879.000 Portugais sur un total de 3,3 millions d’actifs bénéficiaient d’une protection sociale, la grande majorité s’en remettant aux institutions caritatives.
Il a fallu attendre la Révolution des Œillets (1974) pour qu’elle soit étendue à l’ensemble de la population.

Le sociologue Manuel Villaverde Cabral estime que l’on se dirige vers « un système minimal de protection sociale qui en finirait avec l’universalisme. Les dépenses en matière de santé et de financement de la retraite augmenteront pour ceux qui peuvent. Les autres devront se contenter d’une assistance minimale ».

Une assistance en partie aux mains de l’Église catholique, puisqu’elle chapeaute 75% des institutions caritatives.


Commentaires

Est-ce que cette situation pourrait être applicable à la France ? Sur le fonds oui, sur la forme non.
Sur le fond, il est bien évident que les mesures prises par Sarkozy/Fillon le 24 août vont y contribuer.

En effet :

- la hausse des cotisations d’assurance complémentaire,

- l’alourdissement de la taxe sur les conventions d’assurance (TCA), lesquelles représentent désormais la quasi-totalité des contrats proposés par les mutuelles ou les assureurs privés,

- l’inévitable déremboursement de médicaments et la baisse du taux de remboursement de certains autres,
tout cela va obligatoirement creuser le fossé des inégalités vis-à-vis de l’accès aux soins, fossé déjà considérable aujourd’hui.

Le président de la Mutualité française a rappelé que les complémentaires financent aujourd’hui 50% des soins de premier recours. Il juge particulièrement injuste de faire peser sur les usagers de la santé une grande partie de l’effort budgétaire.
Selon lui, la mesure ne tardera pas à aggraver les inégalités à l’accès aux soins. Il déplore déjà un nombre croissant de souscriptions de contrats moins coûteux et, de fait, moins protecteurs.
Les Français « les moins favorisés ne s’assurent que pour le gros risque, c’est-à-dire l’hospitalisation, en faisant l’impasse sur tout le reste » note-t-il.

Sur la forme, maintenant. Pour l’instant, l’idée n’a pas été émise de confier cette possibilité aux associations caritatives (le mot est d’ailleurs extrêmement péjoratif, alors disons aux associations de solidarité).
Mais transférer au secteur privé une partie des compétences jusque-là assurées par l’État en matière de santé, cela existe déjà. Et ce n’est pas fini. La preuve ? La gestion du 5e risque, la dépendance…


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