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Pour la jeunesse réunionnaise, le respect reste à conquérir.

Geoffroy Géraud-Legros / 25 novembre 2009

Face au mépris institutionnel, la mobilisation du plus grand nombre est nécessaire, pour concrétiser les annonces de refondation des rapports sur la base du respect.

« Nou lé pa plis, nou la pa mwin, respèkt anou » : au plus fort du combat pour l’Egalité sociale, cette formule lancée face à l’Assemblée nationale par le jeune député Laurent Vergès rappelait que le respect est au fondement du combat des Réunionnais pour la liberté. Respect des Réunionnais au sein de la République ; respect des Réunionnais dans leur propre pays. Un peu plus de deux décennies après cet appel, à la suite de la grave crise sociale qui a parcouru les Antilles et La Réunion, le chef de l’Etat a énoncé au cours d’une cérémonie solennelle la nécessité de refonder sur le "respect" la relation entre la République et les Outre-mers. Pourtant, les Réunionnais attendent toujours d’être respectés ; ce poids du mépris d’un autre temps pèse d’un poids insupportable sur la jeunesse.

La jeunesse méprisée.

Au commencement de l’année scolaire, le syndicat UNEF dénonçait dans les médias le recrutement de 150 professeurs des écoles en-dehors de l’Académie de La Réunion… où le nombre de postes ouvert au concours continue d’être tenu bien en deçà des besoins réels d’une population scolaire en augmentation. Comme par réflexe conditionné, c’est par le mépris et la condescendance que l’administration rectorale a immédiatement réagi aux doléances des représentants de la jeunesse réunionnaise. Ce n’est qu’après avoir successivement opposé le silence, la moquerie, les raisonnements tortueux aux demandes renouvelées de transparence, que l’Administration a fini par concéder une « erreur » dans le recrutement des professeurs des écoles à La Réunion.
Erreur ? Il semble plutôt qu’un véritable système soit à l’oeuvre : les travaux du Sénat tenus pendant les Etats généraux ont montré que le recrutement des professeurs des écoles ne constituait que la partie émergée de l’iceberg. Selon le rapporteur du Sénat Eric Doligé, pour près de 1000 postes créés à La Réunion chaque année, 900 sont pourvus par des candidats extérieurs…Si ce système perdure, ce sont donc près de 18.000 emplois qui échapperont aux Réunionnais au cours des deux prochaines décennies. La visite, la semaine dernière, du Ministre de l’Education aurait dû permettre d’explorer les moyens de remédier à ces graves dévoiements du système : pourtant, c’est la déception fut au rendez-vous, les services ministériels n’étant visiblement pas préparés à affronter les problèmes de fond. Le moins que l’on puisse dire est que l’Administration locale n’a rien fait pour pallier à ce manque de préparation. Là encore, les responsables du Rectorat ont opposé à leurs interlocuteurs un dédain ostensible, tournant en dérision les conclusions sénatoriales et ironisant sur les revendications émises par les étudiants.
Dans les services de l’Etat responsables de l’école, le mépris et l’infantilisation des Réunionnais semblent intégrés à la gouvernance quotidienne de notre pays. Les orientations énoncées au plus haut niveau de l’Etat il y a un peu plus de deux semaines ont manifesté une volonté de refonder les relations sur la base d’un respect mutuel. Le respect continuera-t-il malgré tout d’être absent de la vie matérielle des Réunionnais ? Sera-t-il longtemps encore refusé à la jeunesse réunionnaise ? L’histoire a montré que les Réunionnais savaient se mobiliser pour obtenir le respect de leurs droits, et qu’ils savaient combattre pour l’égalité républicaine : aujourd’hui, dans une conjoncture sociale explosive, le mot d’ordre de la jeunesse demeure plus que jamais : « nou lé pa plis, nou lé pa mwin, respèkt anou ».

Geoffroy Géraud.


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