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Pour un vrai débat public

L’Alliance et la nouvelle route du littoral

Geoffroy Géraud-Legros / 22 juin 2011

Élus et représentants de l’Alliance informaient hier l’opinion des raisons de leur refus de voter le bilan de la consultation publique portant sur la nouvelle route du Littoral. Un rapport final dont ils dénoncent l’amateurisme et l’inconséquence. Paul Vergès a proposé que la Région publie et diffuse massivement ce document, ainsi que les contributions qui l’accompagnent, pour qu’un véritable débat ait enfin lieu sur cet enjeu fondamental.

« Un document visiblement rédigé dans la plus grande précipitation » : c’est en ces termes que Michel Lagourgue, membre du Conseil régional siégeant à la commission permanente, a qualifié le bilan de la consultation publique consacrée à la nouvelle route du littoral.

« Ce rapport ne reflète pas la réalité »

« Il y a des erreurs dans les chiffres, et de surcroît, notre proposition, celle du plus grand groupe d’opposition, n’est même pas intégrée aux annexes. On nous a expliqué que le temps avait manqué, ou je ne sais quoi ». Et le Dionysien d’énumérer les imperfections du document : « il n’y a pas un mot, dans ce rapport, des entrées de villes de Saint-Denis et de La Possession. Pas un mot sur la question des coûts, alors que plus de cinquante contributions font état de ces difficultés ». « De même : on ne parle pas de la question du tracé, pourtant soulevée par les contributions. On se contente de dire que certains contributeurs ont souhaité un tracé alternatif à celui qui est arrêté depuis bien longtemps par les experts ».
Le rapport est « léger », et même, « mensonger par omission ». À l’inverse, certaines conclusions vont « bien au-delà des contributions : par exemple, une référence au Trans-éco-express, alors que celui-ci n’apparaît dans aucune contribution. »
Sur la forme, affirme Michel Lagourgue, « le document ne reflète pas la réalité ». Sur le fond, le conseiller régional rappelle les critiques énoncées par l’Alliance à l’encontre du projet par lequel l’UMP a remplacé celui qu’avait préparé la majorité précédente. « Nous avons toujours considéré la route du littoral comme une priorité. Or, le dispositif que la majorité veut entériner aujourd’hui fait en réalité reculer la réalisation de la route du Littoral ». « Cette route, c’est la suppression de tout autre moyen routier à La Réunion. C’est, au surplus, une solution unique pour Saint-Denis-La Possession. S’il y a un problème, tout s’arrête entre les deux destinations. Il n’y a plus de tracé alternatif, comme nous l’envisagions : les bus sont mêlés à la circulation », précise M. Lagourgue, qui se demande avec ironie « combien seront ces bus, puisqu’il n’y en a plus 2.000, comme on nous l’avait indiqué ». Enfin, le passage de 2 fois 2 voies à 2 fois 3 voies pose des « problèmes techniques tels qu’ils allongent terriblement les délais », et soulève « de graves questions écologiques vis-à-vis de la barrière corallienne ».

« Ne pas laisser les transports à la merci du lobby routier »

Jean-Pierre Marchau, porte-parole de « Koopérative Ekologie Réunion » (KER) a rappelé la position de son mouvement, hostile dès le départ à la suppression du tram-train en faveur du « projet croupion » du Trans-Eco-Express. Le militant écologiste a soulevé combien ce choix politique se situe à contre-courant des évolutions contemporaines.
« Dans l’Hexagone », précise-t-il, « le Schéma national des infrastructures de transport » (SNIT) consacre aux transports en commun 85% de l’enveloppe de 170 milliards d’euros » qui sera employée d’ici à l’horizon 2030-2040. « Il y a, à La Réunion, le même usage de la voiture qu’aux États-Unis : c’est l’automobile individuelle qui assure 90% des déplacements. Les transports en commun ne représentent que 10%, contre 25% en Europe et 42% en Asie ». La CFDT, syndicat où milite Jean-Pierre Marchau, est à l’origine d’une enquête montrant que la voiture « est le premier poste de dépense des Réunionnais ». Or, rappelle-t-il, « le pétrole se raréfie. Selon les estimations les plus crédibles, le baril de pétrole devrait atteindre les 200 dollars. La dépense deviendra intolérable ». Sur le chapitre des coûts, l’écologiste rappelle que le projet sorti des cartons de l’UMP est « le troisième dans l’histoire ».
Chaque incarnation de la route littorale, avertit-il, a « occasionné des surcoûts de 70% : ce fut le cas de la première route, en 1963. Ce fut aussi le cas de la seconde en 1976. Avec l’immensité des réalisations qu’il prévoit, ce projet a toutes les chances d’excéder lui aussi les coûts. Or, Didier Robert a renoncé à la clause d’indexation, qui permettait de faire assumer les coûts par l’État. Le « mardi noir » de la semaine dernière et ses 17 kilomètres de bouchons ont rappelé quelle urgence il y a, de développer de résoudre le problème des déplacements à La Réunion. Les dernières élections ont vu la victoire du lobby routier. C’est lui qui a gagné en 2010. Ne lui laissons pas le problème des déplacements entre ses mains ».

« Il faut que l’opinion publique soit avertie »

Paul Vergès a tenu à rappeler le contexte dans lequel s’est déroulée cette étape du dossier "nouvelle route du Littoral" : celui d’une aggravation des conditions sociales, dont la suppression annoncée par le MEDEF de la prime COSPAR est l’une des dernières manifestations en date.
« Aujourd’hui, on a à faire à une politique de baisse accélérée des salaires, et d’augmentation des prix ». L’inflation est désormais plus forte à La Réunion qu’en France : le pouvoir d’achat diminue. C’est dans ce cadre, de déclin économique et social, que la procédure continue sur la route littorale. « La prochaine étape, c’est l’enquête publique, en octobre. Il faut que l’opinion publique soit avertie », demande le fondateur de l’Alliance, qui propose que « le Conseil régional édite d’urgence toutes les contributions. Leur diffusion massive permettrait aux Réunionnais d’apprécier les arguments et les analyses des uns et des autres. Ainsi, le débat pourra avoir lieu » sur cet enjeu qui, rappelle-t-il, « date d’un siècle ».
« Ce qui est en jeu, c’est la traversée de la montagne Saint-Denis et un réseau ferré de Saint-Benoît à Saint-Joseph. À l’heure de l’explosion de la production sucrière et du développement, les sucriers ont créé un port, et un chemin de fer. C’était à la fin du XIXe siècle. Ces éléments ont été fondamentaux pour le développement économique. À l’époque, à la fin des années 1950, nous avions dénoncé la suppression du chemin de fer et la création d’une grande voie de circulation sur la mer. J’ai vu la première route au pied de falaise, qu’il a fallu réformer. On en a fait une seconde, qui est l’actuelle. On veut en faire une troisième, en prenant la responsabilité d’arrêter toute forme de débats contradictoires sur le chemin de fer. C’est une décision politique. »
Évoquant un aspect essentiel de l’histoire récente de la route littorale, Paul Vergès a rappelé que le projet envisagé sous sa mandature était « l’œuvre de l’État, alors détenteur de la compétence en matière de routes nationales ». Depuis le transfert des compétences, le projet gouvernemental prêt à être engagé a été réformé. L’ambitieux tram-train a été remplacé par les bus du trans-éco-express. « On parle de priorité pour la route du Littoral : et c’est là tout le paradoxe. Cette prétendue priorité déclarée masque un retard de la réalisation de cet édifice d’importance décisive. Se rend-t-on compte de l’impasse dans laquelle on met La Réunion et son économie » ?

Geoffroy Géraud-Legros


Des chiffres au hasard ?

Recueillies à l’hôtel de ville de Saint-Denis et à La Possession, les opinions favorables et défavorables sont à peu près en nombre égal. Tout change pour lors qu’elles sont exprimées à l’hôtel de Région, où l’on recense 94 avis positifs, contre une dizaine seulement d’avis défavorables au projet…


Télé Première : boycott et diversion

Hier après-midi, Télé Première a boycotté la conférence de presse. Malgré tout, cette rencontre avec la presse a été évoquée dans le journal télévisé d’hier soir, mais pour un sujet sans aucun rapport avec celui abordé hier par les conseillers régionaux de l’Alliance. Télé Première a en effet affirmé que Paul Vergès avait déclaré sa candidature. Mais le service public télé a été bien incapable de montrer la moindre preuve de sa diversion, pour la simple et bonne raison qu’il n’était pas à cette conférence de presse.


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