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Pourquoi défendre une politique à l’opposé des promesses ?

Demain, les Etats généraux du PS

Manuel Marchal / 2 octobre 2014

Lors de la présidentielle, François Hollande a obtenu 71 % des voix sur la base d’un contrat passé à la population. Ce n’était pas seulement « le changement c’est maintenant », c’était la prise en compte des préoccupations de la population. Deux ans après, rien ne s’est passé comme promis et plus grave, le gouvernement a pris des décisions aggravant la situation des couches populaires. Dans ces conditions, comment expliquer qu’à La Réunion, les soutiens du gouvernement soutiennent une politique à l’opposé des promesses faites à la population ?

Après avoir évoqué hier les relations entre le PS et le PCR, ce qui amenait à s’interroger sur la signification du mot « partenaire » chez les socialistes, « Témoignages » met aujourd’hui en débat une autre question qui a toute sa place dans une manifestation type « etats généraux » : comment expliquer qu’en à peine 2 ans, l’opinion réunionnaise ait totalement changé de position vis-à-vis de ce gouvernement ?
En juin 2012, François Hollande obtient 71 % des suffrages au second tour. C’était la conséquence de l’engagement du PCR à soutenir sa candidature dès les Primaires citoyennes, puis à rester cohérent en appelant à voter pour le candidat Hollande dès le premier tour de la présidentielle. Cet engagement n’était pas un chèque en blanc. Dès les Primaires, des engagements écrits ont été contractés par le candidat vis à vis du Parti communiste réunionnais.

1800 euros par an enlevés aux travailleurs pauvres

A La Réunion, cette présidentielle s’était déroulée dans un contexte de très grave crise sociale. En 2009, des dizaines de milliers de Réunionnais étaient dans la rue pour manifester contre la vie chère et pour que les plus bas revenus puissent bénéficier tout de suite de 200 euros, c’était le COSPAR. Le gouvernement a alors cédé sur les prix des carburants et du gaz, sur les loyers des HLM. La grande distribution s’est engagée à baisser les prix de 257 produits de grande consommation. Les banques ont également pris des engagements pour faire baisser le prix de leurs services. Sur le plan des revenus, les salariés payés en dessous de 1 4 SMIC ont pu obtenir de l’État une prime de 100 euros, le RSTA. A cela s’ajoutait pour les autres salariés une prime de 50 euros, avec prise en charge des cotisations par l’État. Pour les jeunes chômeurs, et pour les pauvres, pas de hausse de salaire. Il était donc certain que la colère allait de nouveau se manifester.
C’est ce qui s’est passé en février 2012 avec toujours comme point de départ une revendication sur les prix. Cette fois, le pouvoir n’a pas cherché à discuter, il a arrêté une centaine de jeunes et les a jetés en prison. Rien n’était réglé et c’est là qu’est arrivée la campagne de la présidentielle.
Pour les Réunionnais, l’espoir du changement était bien réel. Il a eu lieu, mais en négatif pour les pauvres et les jeunes. En effet, la première mesure a remis en cause les avancées sur les prix obtenues par le COSPAR pour y substituer un bouclier qualité-prix dit « Panier Lurel » bien moins performant. Mais en 2013, un coup encore plus redoutable allait être porté. C’est la décision par ce gouvernement de supprimer le RSTA, et le soutien de l’État à la prime COSPAR. C’est une ponction de 1800 euros par an sur des revenus inférieurs à 1,4 SMIC. Aucun gouvernement n’avait jusqu’alors pris une mesure aussi grave. Un comble pour un pouvoir qui avait mis le pouvoir d’achat au centre de ses préoccupations.

La population n’est pas dupe

Ces mesures s’inscrivent dans un plan d’austérité. L’alternance au pouvoir n’a pas infléchi la compression des dépenses publiques. Il l’a accentué. Le budget 2013 était présenté comme d’une austérité sans précédent, celui de 2014 allait encore plus loin et celui de 2015 confirme la tendance avec 21 milliards d’économies.
Pour s’opposer à cette politique, les Réunionnais ont constaté qu’ils ne pouvaient pas s’appuyer sur les 7 députés pour les défendre. Cette réprésentation parlementaire pléthorique n’a jamais manifesté par des actes sa volonté de faire passer les intérêts des Réunionnais avant ceux du gouvernement. Même pas la moindre menace de démission alors que la politique menée est à l’opposé des engagements pris.
La population n’est pas dupe, et elle a ramené à 15 % le poids électoral du PS et de Bello réunis et elle a manifesté son indifférence à la visite du président de la République. Cela n’a semble-t-il pas servi de leçon puisqu’aucun député ne s’est opposé à la confiance au nouveau gouvernement, alors que les mesures clairement annoncées vont faire souffrir encore davantage les plus pauvres.
Comment expliquer ce soutien des socialistes au contraire de ce pour quoi les Réunionnais ont massivement voté ? Nul doute que cette question à toute sa place dans des Etats généraux.



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  • Vu la situation actuelle sur le plan économique, social , qui n’incite guerre à l’optimisme mais sans tomber dans le fatalisme, le débat doit dépasser le cadre des personnes et à l’image du sénateur vergès , élevons le débat, mais sans perte de vu les adversaires du progrès.
    Bien sur il persiste des craintes, des mécontentements face à toutes sortes
    de mesures, d’accords, tractations injustes mais pour autant nous ne devons nullement abandonner la lutte mais remettre en cause toutes actions risquant de favoriser les adversaires du progrés et là aussi et surtout il ne point se tromper de camps !

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